Ganso, de Séville à Amiens, chronique d’un échec en Europe

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Avec Neymar, Paulo Henrique Ganso représentait le futur du Brésil, la 6e étoile de la Canarinha. Vainqueurs de la Copa Libertadores en 2011 avec Santos, le duo a connu des destins diamétralement opposés. Quand Ney est parti à l’assaut de l’Europe, son coéquipier a fait une escale mitigée à São Paulo avant de tenter sa chance sur le Vieux Continent il y a deux ans et demi. Mais ni à Séville ni à Amiens le meneur de jeu n’a su s’adapter aux exigences requises. Mais comment ce crack en est-il arrivé là ?

Et dire qu’à Santos il était considéré comme supérieur à Neymar ! Paulo Henrique Ganso n’a jamais su franchir le cap qui le séparait du très haut niveau. Pendant que Ney devenait une star et un produit marketing mondial, le meneur de jeu n’a pas connu de courbe de progression, limitée par des blessures et un mental défaillant. Arrivé à Séville en 2016, les amoureux de ballon se sont dits : enfin ! Après un départ houleux de Santos et une expérience en demi-teinte à São Paulo, Ganso débarquait en Liga avec, cerise sur le gâteau, un entraîneur sud-américain, Jorge Sampaoli, qui apprécie et sait mettre en valeur un tel profil de meneur à l’ancienne.

A Séville, de l’excitation à la déception

Séville est réputé pour choisir très méticuleusement ses recrues. Alors quand Ganso arrive au Sánchez-Pizjuán pour 10M€, on se dit que Nervión a reniflé la bonne affaire malgré une indemnité relativement élevée pour un joueur de 27 ans qui n’a jamais mis les pieds en Europe. C’est un flop : 863 minutes toutes compétitions confondues dont 485 en Liga (5 titularisations pour 2 buts -un doublé contre Granada quand le club nazarí était d’ores et déjà relégué- et une passe décisive). L’essentiel du temps, le Brésilien cire le banc ou regarde le match en tribunes. « Avec Sampaoli, il n’a jamais vraiment eu sa chance parce qu’il faut être honnête il a pas le niveau physique d’un professionnel, explique Marc du compte @SevillaFCFrance. Il rentrait parfois, faisait un éclair de génie et sortait. Il ne défendait jamais, était toujours en train de marcher. C’était insupportable pour ses coéquipiers ».

Quand 4 coachs ne croient pas en toi c’est qu’il y a un problème, surtout à Séville » @sevillafcfrance

L’arrivée d’Eduardo Berizzo sur le banc palangana aurait pu le relancer mais Ganso joue encore trop peu, d’autant que Séville est en crise et Vincenzo Montella, arrivé en cours de saison, n’est guère plus enclin à le faire jouer davantage : 734 minutes toutes compétitions confondues donc 523 en Liga pour deux petits buts inscrit lors des 2e et 3e journées respectivement contre Getafe et Éibar.

Ganso traverse donc deux saisons en Andalousie dans l’anonymat, sortant de l’ombre le temps d’une inspiration éparse qui alimente les compilations YouTube. La saison 2018-2019 était jouée d’avance pour l’international auriverde : « Avec Toto Berizzo, il a un peu plus joué mais il n’est jamais entré en jeu avec Montella, rembobine Marc. Pablo Machín l’a blacklisté directement. Quand 4 coachs ne croient pas en toi c’est qu’il y a un problème au bout d’un moment, surtout à Séville. Je me souviens d’un match contre le Real Madrid : il avait été catastrophique, pas une bonne passe à part des petits grigris à 20m de nos buts. Ganso, c’est un mec fait pour jouer dans les années 80-début 90 mais pas après 2000 parce qu’il n’a ni le physique ni le coffre pour ». Le directeur sportif Joaquín Caparrós cherche une porte de sortie et parvient à refourguer le Brésilien à Amiens sous forme d’un prêt payant de 2M€.

Comment un joueur qui était annoncé comme la nouvelle pépite du football brésilien 7 ans plus tôt, pouvait-il se retrouver à Amiens ? » Romain Péchon (le11amiénois.fr)

Attendu en Kakuta bis

Voilà le duo magique reconstitué ! Pas dans la même équipe certes, mais la Ligue 1 qui se paie le luxe d’accueillir Neymar et Ganso, sacrée publicité pour l’autoproclamée Ligue des talents ! Cela dit, en ce qui concerne la nouvelle recrute amiénoise, c’est la grande interrogation quant à son adaptation footballistique mais aussi climatique. Si c’est difficile à Séville au sein d’un club qui aime joué au ballon, comment relancer sa carrière dans une équipe qui joue le maintien dans un stade qui a défrayé la chronique pour la première saison au sein de l’élite pour son manque de sécurité (des investissements et de grandes modifications ont été apporté depuis, ndlr) ? « À son arrivée à Amiens, Ganso a suscité plus d’interrogations que d’attentes, explique Romain Péchon, rédacteur en chef du site Le11amiénois.fr. Comment un joueur qui était annoncé comme la nouvelle pépite du football brésilien 7 ans plus tôt pouvait-il se retrouver à Amiens ? Dans quel état physique et mental était-il ? Pouvait-il se relancer à l’instar d’un Kakuta et avoir un impact direct à Amiens ? ».

Évidemment, c’est la cohue en conférence de presse pour accueillir la star. De quoi faire estomper les doutes quant à l’intérêt sportif de cette signature ? « L’arrivée de Ganso a été couverte par une cinquante de journalistes. Jamais nous n’avions connu ça à Amiens. Alors que les doutes sur son niveau sportif étaient réels, sa présentation donnait le sentiment que nous avions affaire à une star, à un joueur qui allait porter Amiens sur ses épaules. Pour les journalistes brésiliens présents ce jour là, Amiens était même là dernière de leur préoccupation. À leurs yeux, Ganso n’avait rien à faire là. Les questions concernaient Neymar, le Brésil, Séville… Comme s’il y avait quelque chose qui ne collait pas. Comme si associer Ganso et Amiens était impromptu ».

Fatal Picard

Peut-on faire cohabiter sportif et marketing ? Pour le président amiénois, signer Ganso était l’assurance d’une belle promotion pour le club picard. Si, en plus, les résultats suivaient, c’était du bonus. Sur le terrain, le raisonnement n’est pas le même. Le Brésilien a un statut mais c’est avec des actes qu’on gagne sa place, peu importe le patronyme et le CV. C’est là que le bât blesse pour l’ancien de Santos qui, à l’inverse de Gaël Kakuta, ne parvient pas à remettre sa carrière à l’endroit à la Licorne. Pour Romain Péchon, « son profil de meneur de jeu à l’ancienne, lent et peu généreux dans les efforts défensifs, ne collait pas véritablement avec le jeu de transition et surtout exigeant sur le plan foncier prôné par l’entraîneur Christophe Pélissier. Avec lui, aucun joueur n’est exempt de repli et de pressing ».

Ganso est un joueur doté d’une technique extraordinaire mais il a 30 ans de retard sur son temps » Romain Péchon

De Séville à Amiens, tout a changé pour Ganso, hormis ses prestations. Arrivé dans la peau d’un titulaire, l’international se révèle plus intéressant quand il entre en cours de match. Insuffisant cependant pour pleinement convaincre le staff. Un air de déjà vu… « Les débuts de Ganso ont été un peu poussifs, poursuit Romain Péchon. S’il réussissait des entrées intéressantes, contre Lille par exemple, il n’apportait pas grand chose quand il débutait, comme face à Strasbourg. Pélissier ne lui a jamais donné la possibilité d’enchaîner des matches dans la peau d’un titulaire mais le Brésilien n’a jamais vraiment non plus su saisir sa chance quand on lui offrait du temps de jeu. Son match contre Monaco début décembre a finalement été le reflet parfait de son passage en Picardie. Il débute la rencontre, son impact est marginal dans le jeu. Il termine la rencontre exténué sans jamais avoir pesé. Il marche les 20 dernières minutes ».

En zone mixte, le joueur fait l’effort de s’arrêter et de répondre en français mais en Picardie, plus personne n’est dupe : l’aventure tire à sa fin, sans réellement avoir pu commencer. 72 heures plus tard, il n’est pas titularisé ; vexé, il décampe, n’assiste pas à la mise en place et repart comme un quidam, sans émotion ni d’un côté ni de l’autre.

518 minutes en Ligue 1 pour deux petites passes décisives : comme à Nervión, le « bon coup » s’est transformé en flop retentissant. En l’espace de 30 mois, Ganso a démontré toutes les limites de son jeu sur le Vieux Continent et de son implication au quotidien, tellement loin des espoirs placés en lui quand il soulevait la Libertadores en 2011. Selon toute évidence, son avenir devrait s’inscrire soit en Amérique du Sud soit dans un championnat exotique, au Moyen-Orient ou en Asie. « C’est un joueur doté d’une technique extraordinaire mais il a 30 ans de retard sur son temps, conclut désabusé Romain Péchon. En Europe et au haut niveau, son jeu n’est pas adapté. Il manque d’intensité et de force physique. Ganso, c’est un joli gâchis ».

François Miguel Boudet
@fmboudet

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