Le premier Messi du Barça, un sélectionneur national de football et de basket espagnol et 3 joueurs nés en Espagne dans le groupe pour la Coupe d’Asie : comment l’Espagne a inspiré le football philippin.

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Deuxième épisode de la série sur la Coupe d’Asie et les liens entre les pays engagés et l’Espagne. Après avoir retracé la politique du Qatar en matière football, place au pionnier du football en Asie du Sud-Est : les Philippines. Cet état insulaire, ancienne colonie espagnole n’est pas connu pour avoir un football local très développé. Pourtant le pays a connu quelques périodes dorées avec toujours pas loin : l’Espagne. Entre le premier D10S du football, un sélectionneur espagnol et des natifs d’Espagne dans la liste pour la Coupe d’Asie 2019, retour sur près d’un siècle d’histoire. 

Les Philippines, actuellement dans le top15 des pays les plus peuplés de la planète a été sous influence espagnole durant près de 400 ans. Miguel Lopez de Legazpi a fondé la première colonie sur l’île avant de fonder Manilles qui deviendra ensuite l’épicentre économique du pays en plus d’en devenir la capitale. Beaucoup de choses rattachent l’Espagne et l’état asiatique. Le football est arrivé très tôt dans le pays, on ne sait pas si c’est les marins anglais ou espagnols qui ont apporté le Balompié dans le pays de la bière San Miguel. Ce qui est sur, c’est qu’en 2018, le football philippin est clairement plus proche de l’espagnol que du britannique. En un siècle, les deux états se sont échangés énormément de choses en matière de balompié, morceaux d’histoires.

Paulino Alcantara, premier géant du Barça

En 1896, un petit bonhomme voit le jour aux Philippines alors encore sous l’égide de l’Espagne. Ce garçon n’est autre que Paulino Alcantara, un nom qui ne vous dit peut-être rien mais il est le premier géant à avoir porté le maillot du Barça dans une période où le football n’en étant qu’à ses balbutiements et le monde professionnel même pas envisagé. Preuve de son importance, aux Philippines la coupe nationale de football porte le nom de Paulino Alcantara.

L’année 1898 sera un tournant dans l’histoire de Paulino et des Philippines. C’est lors de cette année que le pays passe sous l’égide des Américains. Ce climat délétère pousse la famille Alcantara à venir en Espagne et plus particulièrement à Barcelone. Lors de la fondation du Barça un an plus tard, Paulino commence à peine à tâter le cuir dans les rues de la ville. Son histoire sera romanesque et monumental pour le football. A 14 ans, il rejoint les rangs du Barça pour son équipe de jeune, deux plus tard il fait ses débuts avec l’équipe et commence à écrire l’histoire du football.

Crédits : Filipino Intercollegiate Networking Dialogue

Il y a beaucoup de débats pour définir qui a été le premier géant du football. Ce qui est sur avec Paulino Alcantara c’est que son nom a traversé les frontières, qu’il fut un footballeur incroyable et un attaquant d’une trempe folle. Bien sûr le football de l’époque était moins strict et les scores souvent fleuves, sauf que Alcantara repoussera les limites et marquera notamment 369 buts en 357 matchs. Pour son premier match alors qu’il n’a que 15 ans l’attaquant va marquer un triplé et écrire son premier record. Cependant en 1916, Paulino retourne à Manille avec toute sa famille. Au pays sous la pression du paternel il poursuit ses études de médecine.

Quelques mois plus tard, Paulino contracte une grave maladie et fait du chantage avec son père pour retourner à Barcelone reprendre le football. Son père accepte, Paulino retourne à Barcelone et est rappelé par Hans Gamper pour refaire gagner le FCB. En 1923 à la suite d’une tournée des catalans en Grande Bretagne, le capitaine de Dundee parle de Paulino avec des étoiles dans les yeux : « Cet Alcántara est le meilleur joueur que je n’ai jamais vu. S’il était né ici, il serait devenu millionnaire en jouant dans le championnat anglais ». A la fin des années 20, Alcantara prend sa retraite et ouvre son cabinet à Barcelone. Jusqu’à sa mort en 64, beaucoup de faux malades se sont pressés dans sa salle d’attente simplement pour approcher l’attaquant à la frappe tellement puissante qu’elle pouvait transpercer les filets.

La bières San Miguel à la relance du football philippins

Paulino Alcantara fut même brièvement dirigeant du Barça et sélectionneur de la Roja dans les années 50. Cependant le football local philippin n’est plus vraiment à la mode malgré des débuts intéressants. Les philippines avaient une belle équipe de football et était dans l’un des pays fondateurs de ce qui deviendra par la suite l’AFC (l’équivalent de l’UEFA en Asie). Malgré le soutien de quelques grosses fortunes locales, c’est cependant le basket qui prend l’ascendant.

C’est là qu’en 1960, une des plus grandes compagnies du pays se décident d’investir pour faire revenir le football tout en haut de l’affiche aux Philippines. La San Miguel Compagnie, les fameux brasseurs de bières qui se sont lancés dans le commerce avec une subvention espagnole devenu par la suite l’entreprise la plus grande des Philippines et la plus riche. Lors de ces années 60, Andres Soriano Jr, descendant direct du fondateur de l’entreprise et PDG se met en quête d’Espagnols à importer au pays pour relancer la machine et inverser la tendance.

Juan Cutillas avec la légende Pelé.

Le dirigeant trouve son homme providentiel : Juan Cutillas. Ancien milieu de terrain de l’Atleti et médecin, Juan est donc invité à rejoindre les Philippines pour développer son football. Avec d’autres joueurs il va d’abord jouer des matchs d’exhibitions face à des clubs étrangers et des sélections nationales locales. Les investissements ne prennent pas vraiment et la plupart des joueurs rentrent au pays. Cependant Cutillas reste et deviendra même le sélectionneur national des Philippines. En plus de ça, Juan va aussi entraîneur le club de football fondé par la San Miguel Compagnie. La mission de l’Espagnol est simple : refaire gagner la sélection qui ne fait plus rien depuis son sacre lors des jeux de l’Extrême-Orient en 1913.

 

Sous la direction de l’Espagnol les Philippines vont se remettre à enchaîner quelques résultats intéressants. Celui qui sera par la suite professeur à l’université de Manilles et sélectionneur national d’autre sports comme le Basket-ball va battre avec sa sélection les Tornados de Dallas en 68 alors champion des US. Dans ses valises il va aussi amener quelques joueurs espagnols dont Manuel Cuenca qui est maintenant connu en Espagne pour être le premier football globe trotter du pays. Il explique : « J’avais 20 ans et les Philippines venaient avec beaucoup d’argent pour promouvoir le football. Le promoteur était Andrés Soriano Jr, propriétaire de la bière San Miguel, originaire de Manille. Ils ont engagé Juan Cutillas, ancien joueur de l’Atlético de Madrid, en tant qu’entraîneur, qui a sélectionné plusieurs jeunes joueurs. » 

L’époque dorée des années 70

Avec les 4 Espagnols et notamment un Chinois, la sélection des Philippines redevient attirante et elle est invitée à participer à des tournois reconnues. Les hommes de Culinas vont même réussir à battre La Thaïlande, Singapour et même la puissante Corée du Sud. Quelques années auparavant, les Philippines avait encaissés un cinglant 15-1 face au Japon preuve que le football semble redevenir intéressant sur l’île. Les gens se pressent aussi dans les stades. Manuel Cuenca explique :« Nous sommes allés jouer avec la sélection philippine de tournois d’exposition en Asie. Je me souviens que nous avons été reçu par le ministre des Sports . Nous avons joué des matchs non officiels, qui n’étaient pas qualifiés pour la Coupe du Monde contre des équipes asiatiques. L’idée était de faire du football le sport national des Philippines « 

« Ils (les espagnols) sont restés ici plus d’un an, y compris Tomas Lozano (passé par Lens). Nous sommes allés dans les provinces et avons amené des équipes étrangères à concourir ici. Nous avons battu la Thaïlande deux fois et Singapour deux fois. Mais la plus grande victoire a été la victoire 2-0 sur la Corée du Sud à Bacolod.” Juan Cutillaas, un peu nostalgique.

Cependant comme le dit Manuel Cuenca, ce n’est pas une sélection officielle du pays qui a ses résultats. L’important est ailleurs et on parle de nouveau du pays pour autre chose que pour son basket. Surtout que dans le même temps, Juan entraîne le club de football détenu par la San Miguel Compagnie. Là-bas il va être de très nombreuses fois champion national et faire progresser les meilleurs talents locaux dont Elmer Bedia. Cependant rapidement les fonds manquent, les espagnols partent et le football local perd en aura.

Juan Cutillas, personnalité majeure aux Philippines

Les années 80 sont une période de grands bouleversements pour le football philippin qui change de structure et tente de vivre sans des apports financiers importants malgré des soutiens d’entrepreneurs locaux. Juan Cutillas quitte le pays à cette période pour l’Australie. Sur une autre île, il va tenter de développer le football au Queensland notamment. Dans le même temps, au début des années 90 les Philippines sont de retour au premier plan avec une demi-finale des Jeux de l’Asie du Sud-Est en 1991. Pourtant c’est toujours la même rengaine et le football redevient mineur sur l’île.

Juan Cutillas revient en 1996 à la tête de la sélection sans grande réussite. Puis l’Espagnol est de nouveau rappelé entre 2008 et 2009 pour relever une sélection tombée presque tout en bas du classement FIFA. Rien ne va au pays et la fédération est gangréné par des luttes de pouvoir. Incapable d’avoir des résultats cohérent, Cutillas a des mots très dur envers son football d’adoption. Cependant il explique son projet pour faire progresser les Azkhlas : « Nous devrions recruter les 20 à 25 meilleurs joueurs locaux solides et solides, les regrouper, les entraîner en équipe, leur fournir des indemnités et un hébergement et les exposer à des compétitions à l’étranger », il poursuit. « Nous devrions également construire nos propres installations, un stade dont nous pouvons être fiers. Nous devrions renforcer notre ligue locale. Il y a tellement de choses à faire ».

Crédits : Twitter

Revenu aux affaires en échange d’un salaire modique, Cutillas ne voulait que redresser une sélection qui lui a beaucoup apporté. Cependant son départ sera dans un scandale retentissant. L’Espagnol avait demandé un budget pour ses déplacements, chose qui semblait avoir été accordé par sa fédération. Sauf que quelques mois plus tard, un joueur a déclaré dans la presse qu’il avait accordé un prêt à son sélectionneur pour qu’il s’achète une voiture, rajoutant que l’espagnol avait du retard dans les échéances de remboursement. C’est la chose de trop pour Cutillas qui démissionne de son poste. Après un court passage à la tête du Kaya FC, l’Espagnol c’est totalement retiré du métier. Cependant, il continue de distiller ses avis dans la presse locale.

Une sélection 2019 toujours à la sauce espagnole ?

Profitant d’un regain de forme mais surtout du format élargi de la Coupe d’Asie des Nations 2019, les Philippines se sont qualifiées pour la phase finale aux Emirats Arabes Unis. La formation menée par Sven Goran Ericksson ne fait pas partie des favoris et compte dans sa sélection des 23, trois joueurs nés en Espagne. Deux étaient titulaires pour le premier match face à la Corée du Sud perdu 1-0 face les Azkals. Le football local qui reste minoritaire dans la région et toujours considéré comme en développement par l’AFC alors qu’ils faisaient partie des fondateurs survie grâce à un contingent étranger important fortement composé d’espagnols. Une sélection qui fait aussi de plus en plus confiance à des joueurs nés et formés à l’étranger, dans la sélection qui se déplace aux EAU, des garçons avec la nationalité allemande ou anglaise sont aussi présents.

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Les trois philippins nés en Espagne sont : Carlie de Murga, Alvaro Silva et surtout Javier Patiño. Le premier joue dans le club philippin des Ceres Negros qui est le meilleur club du pays actuellement et totalement tourné vers l’Espagne. Coach par Risto Vidakovic passé par le Betis, les Busmen fondés en 2012 tentent de rattraper le temps perdu. Actuellement quatre Espagnols sont sous-contrat avec Ceres Negros. Les Busmen qui sont la propriété du leader national des déplacements en bus ont été les premiers à chasser en Segunda B pour se renforcer et grandir.

Alvaro Silva n’a jamais joué aux Philippines mais a connu beaucoup de pays depuis son départ d’Espagne. Le troisième, qui était titulaire à la pointe de l’attaque lors du premier match est peut-être le plus talentueux des trois. Javier Patiño n’a pas joué aux Philippines mais en Thaïlande et en Chine. Offensif racé, il dispose d’une technique au dessus de la moyenne dans le jeu assez strict mis en place par Eriksson il doit apporter de la folie devant. Actuellement en Thaïlande il subit cependant le poids des années accentuées par une blessure au genou qui l’a tenue éloigné des terrains de longs mois.

Dans un groupe très compliqué où les Philippines doivent dépasser la Chine ou la Corée du Sud, les insulaires n’ont pas vraiment d’autres attentes que de ne pas être ridicules. Le football part une nouvelle fois de loin, le championnat local n’est professionnel que depuis 2016. Cependant la réussite et l’organisation des Ceres Negros montrent bien qu’il y a un avenir pour le football aux Philippines, mais jusqu’à quand ?

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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