Real Madrid : Marcos Llorente, au nom des pères

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À 23 ans, Marcos Llorente évolue au Real Madrid depuis une décennie. Dix années durant lesquelles il n’a pas toujours été simple pour l’espagnol de se faire une place en équipe première. Mais en l’espace de quelques semaines sa situation au sein du club a totalement changé. Habitué au banc et demandeur de temps de jeu, le milieu de terrain brille en tant que remplaçant de Casemiro, blessé. Une aubaine pour Marcos Llorente qui souhaite par dessus tout honorer et suivre les pas de ses pères.

L’héritage Gento-Llorente-Grosso

La passion du football anime Marcos Llorente depuis sa tendre enfance. Fils de Paco Llorente, petit-neveu de Paco, Antonio et Julio Gento, et petit-fils de Ramón Moreno Grosso, il appartient à l’une des plus illustres familles de la casa blanca. Le milieu espagnol a dans le sang le Real Madrid, ainsi que le ballon rond. Ses oncles Toñín et José Luis Llorente ont eux aussi défendu les couleurs du Real, mais cette fois avec l’équipe de basketball. Un héritage passionnant quand nous connaissons l’histoire du Real Madrid. Paco Gento, véritable légende vivante du Real Madrid et aujourd’hui Président d’Honneur du club merengue, est l’unique footballeur de l’histoire à avoir remporté 6 Coupes d’Europe et 12 titres de Liga. Un ailier gauche extraordinaire qui est un symbole de la casa blanca et du football espagnol en général. Tout comme Ramón Grosso, grand-père de Marcos Llorente. Grosso évoluait en attaque madrilène et restera à jamais comme l’une des effigies du Real « ye-yé ». Il remporte avec Madrid 7 titres nationaux et 1 Coupe d’Europe.

Le père de Marcos, Francisco Llorente Gento, alias Paco surnommé El Lechuga (il ne mangeait jamais de viande) a aussi foulé et marqué la pelouse du Bernabéu. Même s’il commence sa carrière pro à l’Atlético de Madrid, son rêve de jouer pour le Real devient réalité en 1987. Après s’être fait remarquer par ses dribbles et sa vitesse extraordinaire, il signe à l’époque de La Quinta del Buitre. Remplaçant précieux, notamment d’Emilio Butragueño, Paco s’est souvent illustré lorsqu’il jouait.

Le 4 novembre 1987, le Real se déplace en Coupe d’Europe à Porto, tenant du titre. Menés 1-0 dès la 23e, les Merengue doivent attendre la seconde mi-temps et l’entrée de Llorente pour inverser la tendance. Paco offre alors à Michel les deux buts de la victoire madrilène. Difficile pour le père de Marcos Llorente de se faire une place face à deux monstres comme Butragueño et Hugo Sánchez. Pourtant, il a su marquer de son empreinte son club de cœur et rester jusqu’en 1994. Grâce à son fils, la saga Gento-Llorente-Grosso n’est pas encore prête de se terminer !

Les difficultés de percer au Real Madrid…

Marcos Llorente commence le football au Club Deportivo Las Rozas. Il passe ensuite une année à l’ES Roceña puis une autre au Rayo Majadahonda. Natif de Madrid, il rejoint finalement le « club familial », le Real, en 2008. Marcos commence sa carrière sur les flancs du terrain. Au fur et à mesure de son évolution, son positionnement a reculé. Cette formation, ainsi que l’inspiration qu’il trouve en regardant jouer son idole Xabi Alonso, lui ont permis de devenir un milieu de terrain polyvalent et très technique. Comme tout bon canterano il gravit les échelons au fur et à mesure, jusqu’à rejoindre le Castilla dès l’été 2014. Il joue 25 matches durant la saison, 19 en tant que titulaire.

Durante l’été 2015, Marcos participe à la pré-saison avec l’équipe première. Mais ce n’est que le 17 octobre 2015, sous les ordres de Benitez, qu’il dispute son tout premier match officiel. Il remplace Kovacic face à Levante en Liga. En seulement 14 minutes il démontre une belle vision du jeu et beaucoup de professionnalisme. Deux semaines plus tard, il joue 10 minutes face à Las Palmas, puis plus rien. L’arrivée de Zidane à la tête de la A ne changera pas la donne. Bien au contraire. Les relations entre l’espagnol et le français sont tendues, et ce depuis l’époque où ZZ s’occupait du Castilla. Avec la promotion du coach français, Llorente repart s’entraîner avec le Castilla. Zidane convoque néanmoins Llorente une fois en Liga contre Levante, mais le laisse sur le banc. Lors de cette saison 2015-2016, Llorente est tout de même titulaire indiscutable avec le Castilla (33 matches, 3 buts et 4 passes décisives).

Crédits Photos : NurPhoto

… l’explosion avec Alavés puis la désillusion 

Le 10 août 2016 il est prêté un an au Deportivo Alavés. Une belle saison pour Llorente qui joue 38 matches dont 36 en tant que titulaire. Véritable pilier de l’équipe, il participe à la belle épopée d’Alavés jusqu’en finale de Copa del Rey face au Barça. Lors de sa saison au Pays-Basque, Marcos déploie toute sa palette technique et physique : protection du ballon, récupération, première relance, couverture des flancs quand les latéraux montent etc.

Mais son retour à Madrid l’été suivant est sans équivoque. Avec Zidane, il devient adepte des tribunes sans avoir de chance de s’illustrer. Le coach français lui fait clairement comprendre qu’il ne compte pas sur lui. Pourtant la direction bloque un possible départ de l’espagnol. Lors de cette saison 2017-2018, le milieu madrilène ne joue que 1.063 minutes. En fin de saison les rumeurs gonflent autour d’un retour possible de Marcos à Alavés. Finalement, le canterano continue avec son club de cœur. Pourtant le départ de Zizou et l’arrivée de Lopetegui ne changent rien à sa situation.

Marcos Llorente
Crédits Photos : EFE

Une blessure et un nouveau coach pour briller 

Sous Lopetegui, Marcos joue uniquement 11 minutes. C’était lors du déplacement en Liga à l’Espanyol, le 22 septembre dernier. Quelques semaines plus tard, avec l’arrivée de Solari, ainsi que la blessure de Casemiro, la situation de Llorente a changé du tout au tout. Du jour au lendemain, l’espagnol a pris la relève du 6 brésilien, si précieux au Real. Un défi de taille, dans des conditions délicates, que Marcos réussit parfaitement. Titulaire à 6 reprises, les performances de Llorente sont remarquables et remarquées. Technique, intelligent dans ses déplacements et ballons, véritable tampon de la défense, Marcos est aussi décisif. Avant la défaite contre le CSKA en Ligue des Champions, avec Llorente sur le terrain, le Real n’avait pas perdu de match et encaissé aucun but. Un impact prégnant et frappant.

Contre Huesca en championnat, le 18 du Real affichait des stats brillantes : 89.8% de passes réussis, 8/8 passes en profondeur, 5 duels gagnés, 1/1 interception, 1/1 tacle réussi et 8 dégagements. Contre Moscou, Llorente s’est retrouvé plus en difficulté, comme le reste de l’équipe d’ailleurs. Positionné plus haut que d’habitude, Marcos a énormément participé au jeu du Real avec Asensio et Isco. Mobile, toujours près de l’action et à rechercher à jouer entre les lignes, il a dynamisé la circulation du ballon. Mais son positionnement a laissé plus d’espaces devant la défense et parfois mis en difficulté Vallejo et Javi Sánchez. Sa sortie à la 58e est tout de même difficile à comprendre puisqu’il était l’un des meilleurs sur le terrain.

El pollo sort de sa coquille

Surnommé el pollo sur Instagram par ses coéquipiers, Llorente impressionne son coach comme ses partenaires. Le poussin encore dans sa coquille il y a seulement quelques semaines, vit la plus belle période de sa carrière sous les couleurs madrilènes. Sa polyvalence, sa maîtrise des petits espaces, sa lecture exceptionnel du jeu adverse et sa science du placement font actuellement de lui un des joueurs clés du jeu du Real.

Llorente offre une véritable bouffée d’air frais au milieu de terrain et la défense qui étaient en grande difficulté dans la construction et la cohésion depuis le début de saison. Son travail, son implication et son influence sont d’ailleurs saluées par les autres joueurs. « J’aimerais féliciter Marcos Llorente qui a fait un très bon match, comme l’autre jour (face à la Roma en Ligue des Champions). Il est très apprécié dans le vestiaire.  » a expliqué Carvajal après la victoire à domicile contre Valencia.

j’ai toujours dit que je voulais réussir ici, c’est pourquoi je vais me battre.

Un avenir incertain

Llorente n’a jamais baissé les bras, même dans les situations compliquées où il ne jouait pas. Véritable bourreau de travail, l’espagnol affiche une condition physique exceptionnelle. Même loin de Valdebebas ou du terrain il n’a jamais cessé de s’entraîner pour être au top de sa forme, notamment avec son coach sportif personnel Adolfo Madrid. Une détermination et une faim de jeu qui s’accompagnent d’un comportement exemplaire. Le jeune homme est prêt à tout pour faire valoir ses qualités. Reste à savoir si au retour de Casemiro, Llorente aura encore le temps de jeu qu’il mérite, ou s’il devra quitter son club de cœur pour jouer plus. Pour le moment il gagne beaucoup de points auprès de Solari, ravi de voir que la confiance qu’il lui porte est rendu au centuple.

Sous contrat jusqu’en 2021, l’avenir du 18 du Real reste encore flou et devrait s’éclaircir lors du mercato hivernal.  » En janvier je déciderai avec le club et ma famille ce qui est le mieux pour moi. Nous voulons tous jouer, et j’ai toujours dit que je voulais réussir ici c’est pourquoi je vais me battre. J’essaie de donner mon maximum pour que l’entraîneur réalise qu’il peut compter sur moi.« , a expliqué Marcos après le match de Liga contre Huesca. El pollo a explosé sa coquille et compte bien honorer les siens sous le maillot Merengue. Du moins si on continue de lui laisser sa chance… À bientôt 24 ans (30 janvier prochain), Llorente souhaite réussir en tant que footballeur. Portant peu d’intérêt à l’argent, l’essentiel pour lui est de jouer. Son rêve d’exploser au Real, son âge et son envie de continuité s’entremêlent et compliquent sa situation. Affaire à suivre.

Chloé Girardin

@ChloeWest_

 

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