L’avenir du football féminin appartient à l’Espagne

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L’année de 2018 a été marquée par une razzia des équipes féminines de la Roja : vice-championnes du monde U20, championnes d’Europe U17 et U19 et, depuis samedi soir, championnes du monde U17. Joueuses surclassées, équipes de Liga Iberdrola qui se structurent de mieux en mieux et niveau en constante amélioration : l’Espagne a tout pour devenir LA nation majeure du football féminin lors des 10 prochaines années.

Grâce à un doublé de Claudia Pina en finale contre le Mexique, la Roja sub17 a enfin conquis son Graal : un titre de champion du monde. MVP du tournoi avec 7 buts en 6 matches, la joueuse disputait son deuxième Mondial de l’année. Avec la gardienne Cata Coll et l’ailière Eva Navarro, elle faisait partie de la sub20 tombeuse de la France en 1/2 finale avant de céder contre le Japon à Vannes. Ce triomphe en Uruguay clôture une année exceptionnelle pour le football féminin espagnol.

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Surclassées

C’est seulement la 3e fois que l’Espagne remporte un titre mondial en football, après le Mondial sub20 en 1999 et le Mondial 2010, mais la toute 1re pour une sélection féminine. Un succès programmé, voire inéluctable tant le « futfem » est performant. Dans les catégories de jeunes, de nombreuses sont surclassées. Par exemple, Salma Pararuello était titulaire en finale contre le Mexique alors qu’elle vient toujours juste d’avoir 15 ans. En plus de Cata Coll, Eva Navarro (auteure de 11 buts lors de l’Euro U17) et Claudia Pina (qui a déjà joué avec le Barça), on peut ajouter les Blaugranas Patri Guijarro, meilleure joueuse du Mondial sub 20, et Aitana Bonmatí actuelle Pichichi en Liga Iberdrola. « J’espère qu’elles seront notre génération dorée, s’est enthousiasmée Toña Is, la sélectionneure de la sub 17, dans les colonnes d’El País avant la victoire historique. « Je ne sais pas où est la limite de ces joueuses, j’ai beaucoup d’espoirs quant à leurs capacités de lutter parmi les meilleures ».

Peu de licenciées mais un gros travail des institutions 

Année après année, l’Espagne réduit l’écart qui la sépare des Etats-Unis et des nations européennes, à commencer par la France et surtout l’Allemagne. Et avec seulement 50.000 licenciées contre 1 million outre-Rhin, le football ibérique réalise un travail de fond énorme qui se vérifie aussi bien avec les différentes sélections (territoriales et nationales) et les clubs. Une des grandes forces de la Liga Iberdrola par exemple, c’est d’avoir des institutions connues. Seul le Madrid CFF, exclusivement féminin, est une création ex nihilo et seulement 3 autres équipes n’ont pas de section masculine en Liga ou en Segunda (Granadilla Tenerife, Logroño et Huelva). « Les clubs travaillent de façon incroyable : quand nous accueillons les filles à Las Rozas (le Clairefontaine espagnol, ndlr), on note qu’elles ont travaillé tactiquement, explique Toña Is qui a été 34 fois internationale entre 1989 et 1999. Grâce à ça, tu vas beaucoup plus vite car c’est la partie fondamentale. Elles ont de bons entraîneurs et nous avons fait un bon qualitatif. Ce lien entre les sections féminines et les équipes professionnelles nous a donné vie ».

Toña Is (sélectionneur sub 17) et Jorge Vilda (sélectionneur Roja)

Cette évolution entraîne un rajeunissement des troupes et une prise de leadership de plus en plus précoce. Les joueuses de 30 ans ont essentiellement commencé avec des garçons jusqu’à 14-15 ans. Désormais, les sections féminines se développent et les jeunes filles jouent de plus en plus tôt ensemble sans perdre, a priori, du volume de jeu. « Il y a quelques temps, il était fréquent que les joueuses très âgées dirigeaient les équipes, observe dans les colonnes de Marca Laura Torvisco, directrice du football féminin à la Fédération de Madrid. On aurait dit qu’il n’y avait pas de relève. Désormais, on voit arriver des filles très bien préparées qui rivalisent sans aucun complexe ».

Encore un manque de représentativité sur les bancs

Si les choses avancent à tous les niveaux, si la médiatisation et la reconnaissance des joueuses s’accroît (le stade de Saint-Jacques de Compostelle porte depuis peu le nom de Vero Boquete et un Gala est organisé par Marca), il reste encore du chemin, notamment au niveau des contrats (Natalia Pablos, pourtant une légende du Rayo, a mis des semaines à se libérer de son contrat pour prendre sa retraite sportive ; il existe aussi des clauses illégales anti-grossesses) et sur les bancs de touche. En effet, en Liga Iberdrola, seules deux femmes dirigent un club : María Pry au Betis, actuel 4e, et Irene Ferreras au Rayo Vallecano, 6e. A Las Rozas, Toña Is reste la seule sélectionneure. Au cours de la compétition, la technicienne asturienne a osé sacrifier son 4-3-3 qui marchait bien pendant la phase de groupe pour proposer un 4-2-3-1, au risque de limiter la créativité d’Irene López pour mieux la concentrer sur la qualité et la lucidité de la dernière passe. En demi-finale contre la Nouvelle-Zélande, c’est d’ailleurs elle qui a inscrit une demi-volée exceptionnelle pour qualifier la sub 17 en finale. Une intelligence tactique et une remise en cause dont pourrait s’inspirer la Roja masculine…

En l’espace de quelques années, l’Espagne est devenue une nation majeure du football féminin européen et mondial. En plus de l’Atlético de Madrid (Jenni Hermoso dans le Top 10 des meilleure attaquantes du monde pour l’IFFHS) et du Barça qui prend de plus en plus de place sur la scène continenale (demi-finaliste de Ligue des Champions la saison dernière, qualifié pour les 1/4 cette saison, Sandra Paños 7e meilleure gardienne du monde pour l’IFFHS et Lieke Martens nommée pour le Ballon d’Or), c’est toute la Liga Iberdrola qui bénéficie de ces bons résultats, augmente sa médiatisation avec au moins 3 matches diffusés chaque journée et profite de plus en plus souvent des stades dévolus au match de Liga masculine. Le chemin est ouvert et les perspectives sont immenses. Quart-finaliste lors des deux derniers Euro, vainqueur de l’Algarve Cup 2017, qualifiée au prochain Mondial 2019 avec 8 victoires en 8 matches, la Roja peut nourrir de grandes ambitions non seulement pour cette échéance mais aussi pour toutes les grandes compétitions majeures de la prochaine décennie. L’avenir du football féminin appartient à l’Espagne. C’est un mastodonte qui est en train de prendre vie.

François Miguel Boudet

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