Espanyol : Borja Iglesias prêche par le but

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Crédit: Diario La Grada

Recrue phare de l’Espanyol cet été pour dix millions d’euros, Borja Iglesias réalise un début de championnat canon pour sa première saison en Liga. Après 12 journées, il est l’une des révélations du championnat et le pichichi des pericos avec 7 buts. Parcours d’un goleador qui a percé sur le tard.

Le socio le plus optimiste de l’Espanyol n’aurait pas pu imaginer qu’à ce stade de la saison les bleus et blancs seraient deuxième du classement, et que leur évolution et trajectoire ne serait pas un épisode isolé. Après plusieurs saisons plutôt médiocres, les alarmes ont sauté lorsque l’entité a décidé de transférer ses joueurs les plus décisifs (Pau Lopez, Gerard Moreno, Aaron..) et de parier sur Rubi, un entraîneur sans expérience en première division. Cerise sur le gâteau, le seul signataire a été Borja Iglesias, acheté 10 millions d’euros, plus gros transferts de l’histoire du club et pratiquement vierge en première division. Contre toute attente, le secrétariat technique a visé juste et précisément, l’attaquant galicien est l’artisan principal d’un Espanyol second en Liga.

Les débuts d’El Panda

Né à Saint-Jacques-de-Compostelle le 17 janvier 1993, Borja Iglesias a été formé dans les catégories inférieures de Valence. Après avoir passé une saison au club de La Roda où il mène son équipe à la 5ème place avec 15 buts, il rejoint la cantera du Villarreal. Il commence sa carrière professionnelle en 2012 avec le Villarreal « C » en troisième division espagnole et termine la saison avec 11 buts. Suite à cette aventure, le 9 juillet 2013, Borja Iglesias rejoint le Celta Vigo, comme un pari d’avenir du club galicien. Il signe pour jouer avec l’équipe réserve qui milite en Segunda B. Le 3 janvier 2015, il débute avec l’équipe première de la première division espagnole en entrant à la 68ème minute en tant que remplaçant de Santi Mina lors de la défaite comme visiteur du Celta contre Séville. Le 17 juillet 2015, il commence la pré-saison avec l’équipe première en Allemagne, et marque deux buts dans les matches amicaux du club de Vigo. Cependant, avec la concurrence présente dans le secteur offensif des galiciens, il rejoint à nouveau le filial pour le début de la nouvelle saison. Le 22 décembre 2016, lors de l’avant-première du match de Copa del Rey contre l’UCAM Murcia, il reçoit la reconnaissance de la part du Celta Vigo pour être devenu le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe réserve. Cette saison-là, il marque trente-deux buts, plus grand nombre de buts inscris en Segunda B cette année-là. Au total, il aura inscrit 73 buts en 144 matchs avec le Celta B.

Crédit: La Voz de Galicia

C’est également lors de sa période au Celta B qu’il écope de son surnom qui l’accompagne encore aujourd’hui : El Panda. Il est surnommé ainsi après une vidéo qui a fait un tabac sur les réseaux sociaux le montrant avec ses coéquipiers de l’époque en train de danser dans une chambre d’hôtel sur une chanson du rappeur Desiigner intitulée Panda. La vidéo fait des ravages et le filial, renommé Panda Team suite à la vidéo, décide de l’écouter avant chaque match. Borja ira même plus loin puisqu’il se tatoue un panda sur la cheville.

Borja et Saragosse une histoire d’amour

Après sa brillante saison en tant que meilleur buteur dans la catégorie de bronze du football espagnol, et avec un aperçu de son potentiel en tant qu’avant-centre, Borja Iglesias reçoit de nombreuses offres de clubs de deuxième division mais également de clubs de première division. Le Celta pense que, malgré ses 24 ans, il doit encore s’aguerrir et ce dans une catégorie un peu plus relevée que la Segunda B. C’est finalement le Real Zaragoza en seconde division qui obtient le prêt du joueur originaire de Compostela. Borja se sent bien à Saragosse et comme il l’a fait dans tous les clubs où il a joué, il commence à empiler les buts et fini la saison 2017-2018 avec un total de 22 buts marqués, dont un lors du 64ème de finale de la Copa del Rey contre Granada où le Real Zaragoza l’emporte 3-0. Il termine la saison en tant que pichichi du club maño et troisième meilleur buteur de la seconde division, portant son équipe à la troisième position et aspirant à la promotion en Liga.

Crédit: Diario La Grada

Le Real Saragosse réussi à passer à la deuxième phase des playoffs et semble être sur la bonne voie après avoir égalisé à 1 à 1 lors du match aller contre Numancia, mais ils perdent 2-1 lors du match retour. Saragosse est donc condamné à rester une année de plus dans la catégorie d’argent du football espagnol. Malgré la déception, Borja Iglesias n’a pas à rougir de sa saison et avec ses buts marqués il devient l’un des chouchou d’un public qui l’acclame. La communion entre les deux parties est totale. Le 11 juin 2018, alors que le prêt arrive à échéance, Borja est contraint de retourner au Celta. Il publie alors sur Twitter une longue lettre d’adieu au club et à ses supporters qu’il gardera dans son cœur. Aujourd’hui encore il lui arrive d’aller au stade pour voir son ancienne équipe jouer, signe que son étape parmi le club maño l’a profondément marqué. Encore récemment, il était a Tarragona pour supporter Zaragoza.

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Superstar à l’Espanyol

De retour de prêt, l’avenir de Borja Iglesias reste flou. Il sait que Iago Aspas, légende du club et Maxi Gomez sont devant lui dans la hiérarchie des attaquants. À 25 ans, il n’a toujours pas connu la Liga malgré de grosses saisons dans les catégories inférieures du football espagnol. À son âge il veut jouer et ne pas passer son temps sur le banc. Le 9 juillet 2018, il signe pour dix millions d’euros à l’Espanyol Barcelone qui est en pleine reconstruction et qui vient de perdre son meilleur buteur et joueur, Gerard Moreno. Borja Iglesias débarque donc en Catalogne avec une solide carte de visite de buteur dans les échelons inférieurs et une sacrée pression sur les épaules. D’une part, il doit remplacer un Moreno qui tenait le club à bout de bras avec ses buts lors des saisons précédentes et qui était un enfant du club chéri par les supporters. D’autre part, il doit gérer le prix des dix millions versés par l’Espanyol qui font de lui l’incorporation la plus coûteuse de l’histoire de l’entité blanquiazul.

Entre le prix du transfert et son manque d’expérience au plus haut niveau, les supporters sont sceptiques. En ce début de saison tous les regards se sont donc naturellement tournés vers ce géant d’1m87. La mayonnaise prend immédiatement et l’homonyme d’Enrique et Julio en est déjà à sept buts et deux passes en douze journées. Auteur de 32 buts en Segunda B lors de la saison 2016-2017 avec la réserve du Celta Vigo puis de 22 réalisations lors de son prêt en D2 à Saragosse, Borja Iglesias joue pour la première fois au plus haut niveau à 25 ans et profite pleinement de cette opportunité. Il a éliminé les doutes l’entourant de la meilleure manière possible pour un attaquant : avec des grosses prestations et des buts. En même pas 100 jours de Liga, il est devenu l’attaquant à la mode en Espagne.

Une pièce essentielle pour Rubi

Borja Iglesias n’est pas seulement un buteur. Il constitue un système offensif en soi. Sa taille trompe celui qui attend un joueur maladroit la première fois qu’il le voit, car loin de l’être, il possède un habilité notoire qui dérange beaucoup les défenses rivales. Iglesias est un neuf qui, malgré son envergure, ne manque pas de puissance et de vitesse. C’est un excellent finisseur qui possède un jeu dos au but encore meilleur. Si ses registres parlent d’eux-mêmes pour que l’adjectif de buteur lui soit correctement attribué, c’est insuffisant compte tenu de la façon dont il attaque les espaces réduits, la manière dont il presse et la façon dont il occupe ponctuellement l’un des côtés de l’attaque. Et surtout, Borja possède une étonnante facilité à se démarquer, comme s’il avait gravé le manuel du bon avant-centre dans son cerveau.

Rubi lors d’un match de l’Espanyol. Crédit: El Pais

Chose curieuse, malgré son 1m87 le jeu de tête n’a jamais l’un des points fort de Borja. Avant son but face à l’Athletic lors de la 11ème journée de Liga il n’avait marqué que deux petites réalisations de la tête sur ses 60 derniers buts. Une faiblesse qu’il a polie à Saragosse avec l’aide d’un professeur particulier qui n’est pas n’importe qui : Gaizka Toquero. A en croire son but face aux basques, les leçons du « maître » lui ont été prolifiques. Rubi est plus que conscient de l’intelligence footballistique de son « 7 » et sait comment en tirer le meilleur parti. Si le succès actuel de cet Espanyol repose notamment sur son bloc, Borja est une pièce essentielle dans le puzzle périco. Il a même réussi l’exploit de faire oublier un Gerard Moreno aujourd’hui en perdition à Villareal.

De la Gerardépendance à la Pandadépendance ?

Si lors de saisons précédentes l’Espanyol s’accrochait aux bras de Gerard Moreno, cette saison les pericos sont tout aussi dépendants de Borja Iglesias. En effet, el Panda, tout comme son prédécesseur l’année dernière, représente à lui seul 44 % des buts marqués par les catalans. Un chiffre qui pointe l’importance offensive de l’ancien du Celta chez les bleus et blancs. S’il continue à marquer à ce rythme-là, il atteindrait la bagatelle de 16 buts à la fin du championnat. S’il suit cette cadence, Borja Iglesias pourrait égaler Gerard lors de ses deux meilleures années à l’Espanyol (en plus de ses 16 buts l’an dernier, il en a marqué 13 lors de la saison 2016-17) ou Tamudo dans ses trois meilleures années (19 buts en 2003-04, 17 en 2001-02 et 15 en 2006-07). Avec 7 buts, Borja se situe septième du classement pichichi et deuxième meilleur buteur espagnol derrière Iago Aspas qui le devance d’une petite réalisation.

Gerard Moreno sous les couleurs de l’Espanyol. Crédit: AS.com

En plus d’être l’un des grands monsieur de ce début de championnat, Borja Iglesias suit les traces de Raul Tamudo, légende du club. Depuis mars 2004, aucun joueur blanquiazul et blanc n’avait réussi à enchaîner quatre matchs consécutifs en marquant. Précisément, l’ex-capitaine a été le dernier à le faire. Borja Iglesias a inscrit un doublé face à Huesca, a marqué à Valladolid, contre l’Athletic et au Sánchez Pizjuán lors de la 12ème journée de Liga. Pour ses débuts avec le club catalan Borja fait tomber tous les records. En effet, non seulement il fait mieux que Gerard Moreno qui n’avait inscrit que deux buts pour sa première saison à ce moment là du championnat, tout comme Tamudo et Dani Solsona, mais il fait également mieux que Luis Garcia, Osvaldo, Marañon et Lardín qui eux n’avaient inscrit qu’un but après 12 journées pour leur première saison. Il faut remonter 20 ans en arrière pour retrouver un joueur de l’Espanyol ayant marqué 7 buts en 12 journées. En effet, lors de la saison 1979-1980 Rafa Marañon avait inscrit a cette hauteur du championnat 9 buts.

Une clause dérisoire

Seul point noir à ce fabuleux départ, la clause de Borja Iglesias qui est dérisoire. Ce départ canon préoccupe la directive du groupe catalan car sa clause de résiliation n’est que de 28 millions d’euros, Un prix plus qu’abordable pour toute équipe importante en ces temps. La bonne forme actuelle de Borja avec une valeur marchande de 20 millions selon transfermarkt.com, pourrait menacer sa continuité au sein des bleus et blancs la saison prochaine. Curieusement, la clause a été la principale difficulté dans son embauche par l’Espanyol. En effet, alors que les blancs et bleus étaient déjà clairs sur le fait qu’ils devaient déposer la clause de dix millions d’euros pour Borja, l’opération a été retardée de quelques jours par la négociation de la clause du joueur à la signature de son nouveau contrat.

La partie qui représentait le joueur voulait la fixer à 20 millions, mais l’Espanyol a finalement réussi à la porter à 28 M€. Problème, l’Espanyol ne peut pas faire face à l’augmentation de son contrat et à l’augmentation de sa clause, comme il a été stipulé dans les négociations qui ont eu lieu à l’époque et dans lesquelles l’Espanyol a conservé d’autres options. Si la clause de Borja venait tout de même à être payée, malgré ce que pourrait représenter la perte du joueur, le club effectuerait néanmoins une bonne opération comptable dans le cadre de sa politique d’achat et de vente.

Si la clause de Borja pourrait être un problème pour l’Espanyol à l’avenir, elle ne doit en aucun faire de l’ombre à l’excellent moment de forme qu’il traverse. Indispensable au système de jeu de Rubi de par ses buts, Borja Iglesias ne semble pas disposer à arrêter de faire trembler les filets. D’ailleurs, sa grande forme en championnat lui a permis d’aspirer à être dans le dernière liste de Luis Enrique pour les matches de l’Espagne contre la Croatie et la Bosnie. La Liga est prévenue : El Panda rôde dans les surfaces et il a les griffes bien affutées.

Miguel Hernandez

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