Successeur de Di Stefano au Real et de Van Gaal au Barça, légende de l’Atleti et mentor du Cholo : les 1000 vies de Radomir Antic

0

L’histoire de Radomir Antic est particulière. C’est un personnage emblématique qui a laissé une trace partout où il est passé ou presque. Que ce soit en tant que joueur ou entraîneur il a souvent pris le contre pied et n’a jamais voulu être représenté par un agent. A l’heure actuelle, c’est toujours le seul coach à avoir entraîné le Real, l’Atletico et le Barça. Portrait d’une légende du football et d’une sommité en Espagne.

Radomir Antic n’est pas l’entraîneur le plus connu en France, pourtant en Espagne c’est une légende et souvent il est contacté par les médias nationaux pour une interview. Pourtant son armoire à trophée n’est pas la plus remplie avec seulement une Copa et une Liga. Cependant, Antic a été LE coach à la mode dans les années 90. En Espagne Antic n’a dirigé que 6 clubs. Dans le lot : le Real, l’Atleti et le Barça. Mais comment ce Serbe a-t-il pu réussir cet exploit que personne d’autre n’a réalisé? Retour sur la riche carrière de Radomir Antic ou une représentation vivante de la folie.

Champion avec Fenerbahce et légende à Luton

Antic est né en Yougoslavie dans la région qui deviendra la Serbie après l’indépendance. Il grandit dans une famille socialiste et tape ses premiers ballons dans le club de sa ville. Entre temps, son père retraité déménage à Belgrade mais Antic a un contrat avec un club à Uzice. La séparation ne dure pas très longtemps puisque le jeune milieu rejoint l’Etoile Rouge quelques mois après. C’est là qu’on le recule en central même s’il avouera par la suite qu’il a joué partout sur le terrain. C’est un joueur élégant pas mauvais avec ses pieds et qui prends grand soin de son physique.

Dans ce qui deviendra la capitale de la Serbie et dans un club parmi les plus grands clubs d’Europe, il apprend aussi la vie tout en continuant ses études. Il explique même qu’il reçoit souvent des brimades de ses enseignements vu qu’il touche un plus gros salaire qu’eux en étant footballeur. Avec l’Etoile il va aussi découvrir l’Espagne. Lors d’un tournoi d’été, l’équipe se base à Valence. Au pays on lui explique qu’il doit faire attention parce que l’Espagne est sous un régime fasciste mais ce qu’il voit sur place est totalement différent et lui plait.

Crédits : Crno-bela nostalgija

Après avoir gagné un titre de champion de Yougoslavie, Antic quitte son pays natal et signe en Turquie à Fenerbahce comme énormément de yougoslave à l’époque. Il ne joue qu’une saison mais il décroche un nouveau titre de champion. Son départ est précipité, un coup d’état se prépare et Antic veut mettre sa famille à l’abri. Vujadin Buskov propose alors à son ami de le rejoindre à Saragosse. Après un essai concluant Antic rejoint l’entité espagnole. Le mariage fonctionne bien, Radomir a notamment marqué le but vainqueur pour son équipe lors de sa première apparition.

Cependant, après 2 saisons on le pousse vers la sortie pour faire de la place à Valdano et un autre argentin. Malgré un soutien populaire il rejoint Luton alors en D2 anglaise. Cette dernière expérience en tant que joueur va être encore une fois couronné de succès pour Antic. 2 ans après son arrivé, Luton monte en D1. C’est un exploit et on ne donne pas cher de la peau du club à l’échelon supérieur. Pourtant au terme d’une saison accrocheuse, Luton joue sa survie face à City. Antic va coller un but incroyable, faire exploser de joie son coach : David Pleat. Encore aujourd’hui on évoque ce but incroyable et cette célébration totalement loufoque.

Une explosion très rapidement comme entraîneur

En 1984 et après plus de 100 matchs sous le maillot de Luton, Antic raccroche les crampons. Il a 36 ans tout pile et rentre au pays. Il trouve un poste d’adjoint à l’Etoile Rouge et se lance donc directement dans le coaching. Adjoint de Nenad Bjeković avec qui il remporte 2 championnats, l’histoire se gâte par la suite. Bjekovic est remplacé par Fahrudin Jusufi. Au début tout se passe bien et Antic garde son rôle d’adjoint. Sauf qu’après une dispute entre les deux hommes lors d’un stage à l’étranger, l’ancien joueur de Luton se voit rétrograder comme entraîneur d’équipe de jeunes. Antic ne l’accepte pas et cherche une porte de sortie.

Une nouvelle fois c’est l’Espagne et Zaragoza qui vient à la rescousse d’Antic. Ses débuts sont pourtant contrariés par une excès de zèle de la fédération espagnole. Cruyff et Antic n’ont pas réellement les 3 ans de coaching nécessaire pour avoir le droit d’entraîner en Espagne. Après quelques déclarations l’histoire se tasse et Antic réussit son premier miracle. Cette fois c’est Vujadin Boskov qui recommande Antic aux dirigeants du club. Zaragoza n’est pas au mieux et se bat régulièrement pour sa survie. Pourtant pour sa première expérience en tant que numéro un, il va mener la formation à la 5e place et les qualifier pour la Coupe de l’UEFA. Il conclut une deuxième saison mais Antic commence à être fortement courtisé en Espagne.

Le Real, l’Atleti puis le Barça avec au milieu un peu d’Oviedo

En mars 1991, alors qu’il est sans contrat il est appelé par le Real pour une opération sauvetage. Toshack et la légende Di Stefano n’ont pas réussi à relever le club. La maison blanche vient d’être sortie en quart de Ligue des Champions et est 7e de Liga, une situation inacceptable pour la direction.

Le mandat d’Antic au Real va se diviser en deux parties : l’urgence de résultats puis la mise en place d’un plan pour réussir. A son arrivé, le club est au plus mal et il ne gagne pas ses deux premiers matchs. L’Espanyol de Luis Aragones en colle notamment 3 au Real. Antic est déjà sous une pression incroyable. Cependant, il va réussir à rétablir l’équilibre notamment en déchargeant au maximum Butragueño des taches défensives. La tendance va s’inverser et le Real va finir 3e de la Liga en s’offrant notamment 8 victoires. La plus symbolique reste la victoire 1-0 lors du Clasico alors que le Barça était sacré champion. Antic est dans l’échange constant avec ses joueurs et ça fonctionne.

Lors de l’été 91, Antic place ses pions. Il signe notamment Luis Enrique et Prosniecki. Le Real débute alors violemment la Liga et s’offre un record. Invaincu sur les 14 premières journées avec 12 victoires et 2 nuls. Cependant Antic va subir de plein fouet la comparaison avec le Barça de Cruyff. En terme de résultat l’ancien de Zaragoza est pourtant devant le Barça de 7 points. Un avantage énorme dans une période où la victoire ne valait que 2 points. Antic lance même Hierro avec réussite sauf qu’après une période de 3 matchs sans victoire et malgré une place de leader incontesté, le serbe est licencié. Le Real finira par perdre la Liga au profit du Barça.

L’Atletico de 95-96 : la plus grande réussite d’Antic

Après le Real, Antic fait le choix surprenant de reprendre Oviedo en cours de route lors de la saison 92-93. Pourtant, ce passage va être une réussite pour lui et va surtout lui permettre de retrouver de la confiance. Il sauve le club la première saison et par la suite classe deux fois Oviedo à la 9e place. Le jeu développé par le club des Asturies est très bon et Antic redevient à la mode.

En 95 il est très très proche de rejoindre Valence. Il a même signé un pré-contrat avec le club Ché, pourtant à la surprise générale il fait volte face et signe à l’Atletico dans le club le plus instable de Liga. Jesus Gil le président omnipotent des colchoneros vient d’user pas moins de 10 entraîneurs en très peu de temps et le club déçoit depuis très longtemps. Antic explique son choix très simplement :« J’ai choisi l’Atlético de Madrid parce que, à l’époque, c’était le club le plus difficile au monde et je voulais me prouver que j’étais capable de fonctionner dans ces conditions ».

Crédits : Colgados por el Futbol

Dans un environnement plus que particulier, Antic va plus que réussir à survivre, il va gagner des titres. Encore mieux, il va réussir à rester 3 ans en poste ce qui est égal à la longévité de Wenger à Arsenal à peu près. En 1995 l’Atleti finit juste au dessus de la zone de relégation. En 1996 les colchoneros font le doublé Copa/Championnat, Antic vient de réaliser un exploit sensationnel.

« Mais Diego est un gagnant. Il était très compétitif en tant que joueur et ne voulait jamais perdre un match, que ce soit à l’entraînement ou en match. Je n’ai pas été surpris qu’il devienne entraîneur. Son personnage est spécial et d’un grand avantage pour son équipe. Sous lui, la relation entre les fans et l’équipe est très étroite et très très bonne. Il a formé une équipe dont la philosophie de combat est celle des supporters de l’Atlético Madrid. C’est une équipe très compétitive et forte et je pense que la raison pour laquelle les gens aiment ces caractéristiques est à la base: Diego Simeone. ” Antic, Choliste avant l’heure.

Pour réussir cela, il va mettre en place un plan très simple. Tout d’abord il va sonder son effectif et virer les joueurs superflus pour avoir un groupe de 20 joueurs à l’écoute et motivés. Ensuite, il va réussir de très bons coup pour relancer une dynamique. Cependant, c’est très compliqué de faire venir des joueurs à l’Atleti vu comment ce club fait peur. Morientes et Onopko ne viennent pas alors que c’était des choix d’Antic. Il réussira cependant à faire signer Penev ou encore Santi Denia. Avant le début du championnat, l’Atleti ne fait toujours pas parti des prétendants pour le titre.

En s’appuyant notamment sur Simeone, Antic va réussir à créer un super collectif avec un très grand nombre de joueurs capables de marquer et faire la différence. Les débuts sont tonitruants avec 4 victoires sur les 4 premières journées. En plus de cette folie offensive, l’Atleti est la meilleure défense du championnat. Pourtant une période de doute arrive au 2/3 du championnat. La finale de Copa est remportée en prolongation sur un but incroyable d’une recrue d’Antic : l’inconnu Milinko Pantic. L’Atleti remporte la Liga lors de la dernière journée et Antic et au sommet de sa gloire.

L’ivresse des titres puis la chute brutale.

La saison de la confirmation fut compliqué pour Antic et les premières polémiques sont arrivées. Jouer sur deux tableaux fut éprouvant pour l’effectif et l’Atleti prend du retard très tôt sur la tête de la course. En Ligue des Champions les colchoneros vont réussir à atteindre les quarts face à l’Ajax. Jesus Gil va alors faire une déclaration plus que condamnable sur le nombre de footballeur noir chez les hollandais. L’Atleti se fait sortir en prolongation. La troisième saison est encore plus compliqué et Jesus Gil finit par licencier Antic pour le remplacer par Arrigo Sacchi.

Pourtant l’histoire entre Antic et l’Atletico ne prend pas fin. Sacchi est licencié en cours de route et en 1999 le Serbe reprend sa place sur le banc des Colchoneros. Le temps de sauver le club et de le mener en finale de la Copa Del Rey puis il est de nouveau mis dehors. La saison suivante il est de nouveau appeler pour remplacer Ranieri mais la situation est très grave. Les colchoneros sont endettés et des rumeurs sont sorties pour expliquer que le club a fait exprès de descendre en Segunda pour éviter de graves ennuis. Jimmy Floyd Hasselbaink aurait même raté des penaltys pour répondre à l’objectif. Après la relégation de l’Atleti, Antic referme définitivement son histoire avec le club rouge et blanc.

Nouvelle descente avec Oviedo puis le Barça

Antic fait le pari de revenir à Oviedo pour se refaire la cerise comme après son passage au Real. Sauf que cela ne fonctionne plus, ses recrues ne sont plus bénéfiques pour le club et Oviedo finit par descendre en 2001 et Antic est de nouveau sans emploi. Le serbe prend du recul sur le football et fait une pause de plus de 2 ans.

Pourtant en janvier 2003 sa réputation de faiseur de miracle lui permet de retrouver un banc prestigieux. Le Barça est alors dans une crise profonde et se situe autour de la 15e place. Luis Van Gaal a été destitué et Joan Gaspart le président de l’entité catalane ne veut qu’Antic pour redresser la situation. Pour inverser la tendance le serbe fait venir Sorin de la Lazio et surtout donne les clés du camion aux jeunes.

Credits :These Football Times

Valdes, Andres Iniesta ou encore Xavi vont être mieux placé sur le terrain et surtout jouer bien plus régulièrement. De son passage au Barça, on ne retient que la conférence de presse où Antic a annoncé n’avoir que la Coupe de Catalogne comme objectif, mais son passage fut bon. Antic va faire remonter le club à la 6e place du championnat et perdre en quart de Ligue des Champions face à la Juventus en prolongation. Surtout, il va redonner confiance à tout un groupe et amorcer un premier travail de restructuration qui permettra à Rijkaard de soulever une coupe aux grandes oreilles. Après son intérim, Antic n’est pas reconduit.

Une fin en pointillée mais une marque tenace en Espagne

Après le Barça, Antic ne va reprendre qu’un club en Espagne : Le Celta Vigo. Alors dans une crise et aux portes de la relégation, les galiciens font appel aux services du Serbe pour maintenir l’entité en Primera. Sa mission est un échec et il démissionne. Par la suite il annoncera qu’il ne reprendra plus de club en cours de saison. De toute façon aucun club en Espagne ne le signera après cet échec.

Après une nouvelle pause de 4 ans, Antic reprend du service cette fois dans le costume de sélectionneur de son pays : La Serbie. Dans un rôle différent il retrouve les succès et se classe premier de son groupe de qualification pour la Coupe du Monde 2010 devant la France. Cependant, la phase finale est un échec et après quelques polémiques il est mis de coté par sa fédération. Après deux petites expériences en Chine, Antic c’est un peu retiré du milieu et profite de la vie en Espagne. Antic est notamment un des mentors de Simeone et un amoureux de l’Atleti. On se rappel aussi de ses déclarations sur un journaliste d’El Pais qu’il avait traité de Nazi. Il a été une des figures de proue de la Liga des années 90-2000 qui étaient vraiment folles. Maintenant posé, il accorde régulièrement des interviews pour expliquer sa vie et sa vision du monde qui est particulière.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

 

 

 

 

 

 

Commentaires