Real Madrid : Isco, une nouvelle fois au kilomètre zéro

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Isco sur le banc. Crédit: AS.com

Alors qu’il était titulaire indiscutable sous l’ère Julen Lopetegui, il semble qu’avec Solari comme entraîneur, Isco retrouve le banc des remplaçants. Une situation qu’il a déjà vécue et qui semble se profiler à nouveau pour le milieu espagnol. Jamais indiscutable, l’Andalou semble devoir sans arrêt se battre et devoir prouver plus que les autres qu’il a sa place dans le onze titulaire du Real.

Il ne fait aucun doute que Francisco Román Alarcón dit Isco est un joueur au talent exceptionnel. Véritable virtuose avec le ballon, il serait probablement titulaire indiscutable dans la plupart des gros clubs en Europe. Pourtant, un club lui résiste encore et toujours: le Real Madrid. En effet, depuis son arrivée a Concha Espina lors de l’été 2013 en provenance de Malaga, Isco a sans cesse dû batailler pour se faire une place dans le onze titulaire et prouver qu’il avait sa place au sein des Merengues. Place qu’il n’a d’ailleurs jamais véritablement gagnée ni gardée. Isco fait partie de ce cercle relativement fermé de joueurs qui, à l’instar d’un Wissam Ben Yedder à Séville, doivent sans cesse prouver leur valeur. Il est paradoxalement l’un des chouchous du Bernabéu qui raffole de sa magie et de ses gestes techniques. Alors pourquoi un joueur avec un tel talent peine-t-il autant à se rendre indiscutable au sein du Real Madrid ? Explications.

Un système qui ne lui convient pas

Que ce soit sous Ancelotti, Zidane ou aujourd’hui Solari, le système de jeu du Real ne convient pas à un joueur comme Isco. Les trois entraîneurs jouant de base en 4-3-3, il n’y a donc pas de place pour la position préférentielle du milieu espagnol: milieu offensif en soutien de l’attaquant. C’est là qu’il est le meilleur et le plus dangereux puisqu’il dispose de la liberté de se placer ou il veut pour recevoir la balle et délivrer des caviars ou frapper au but.

Si au début de l’étape d’Ancelotti au Real celui-ci dispose son équipe en 4-2-3-1 avec Isco Bale, Ronaldo et Benzema en attaque, l’Italien se rend vite compte que malgré la formidable puissance de feu disponible et un Isco excellent, son équipe n’est pas absolument équilibrée, valeur cardinale dans le football de Carletto. En effet, les quatre joueurs de devant ne défendant peu voire pas du tout, l’équipe se trouve coupée en deux. Ancelotti fait alors le choix de sacrifier l’homme avec le statut le plus faible des quatre, autrement dit Isco et opte pour un 4-3-3 en replaçant Di Maria au milieu de terrain. Impossible pour l’Italien de mettre Ronaldo sur le banc puisqu’il est le meilleur buteur et joueur du Real, idem pour Benzema qui est le meilleur socio de CR7 et qui dispose en plus de l’immunité présidentielle et impossible de toucher à Gareth Bâle qui vient d’arriver avec l’étiquette de joueur le plus cher de l’histoire. Reste donc Isco.

Souvent remplacé par Ancelotti, Isco était très soutenu par l’entraîneur italien. Crédit: marca.com

C’est le début des difficultés pour l’ancien de Malaga qui doit batailler pour obtenir des minutes et faire en sorte de s’adapter à un système et des positions qui ne lui conviennent pas. En effet, le natif de Benalmádena souffre lorsqu’il joue relayeur car il n’a pas le coffre pour faire autant d’efforts et il n’est pas aidé par son physique atypique (jambes arquées, train inférieur développé et une tendance à grossir malgré de nombreux régimes). De plus, son inclination à trop porter le ballon nuit à l’équipe qui joue en contre pour profiter de la vitesse de ses trois flèches.  Il est pourtant grandement soutenu par Ancelotti qui souhaite qu’il devienne le Seedorf du Real Madrid. Dans un premier temps découragé, Isco va finir par se mettre le bleu de travail et à s’adapter à ce nouveau système. En plus de sa technique et sa qualité balle au pied, il va également se dépouiller dans les tâches défensives. En résulte deux titularisations lors des chocs au sommet face au Bayern de Guardiola en demi-finale de la Ligue des Champions, une titularisation lors de la finale de la Coupe du Roi face au Barca, ainsi qu’une rentrée fracassante lors de la finale de la LDC face à l’Atletico.

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Le 4-4-2 en losange de Zidane

Lors de la deuxième saison d’Ancelotti, Isco semble voir le bout du tunnel. Il s’est acclimaté à ce poste de relayeur et voit Di Maria être transféré à Manchester United. Cependant deux nouveaux concurrents débarquent en la personne de Toni Kroos et de James Rodriguez. Le Colombien arrive à Concha Espina avec le statut de meilleur buteur de la Coupe du Monde au Brésil après un tournoi révélation avec sa sélection, et un transfert de 80M€. Ancelotti opte pour le Colombien qui réalise une première partie de saison sensationnelle. De nouveau, Isco se contente des miettes et se désespère. Malgré la blessure du Colombien et de Modric en janvier 2015 l’Andalou ne profite pas de cette occasion et sombre comme le Real en cette deuxième partie de saison. Saison blanche pour les Merengues, adieu Ancelotti et bonjour Benitez. Avec l’entraîneur espagnol Isco vit surement ses pires moments a Madrid. Comme l’ensemble de l’équipe, il ne connecte pas du tout avec Benitez qui ne le voit pas comme un joueur titulaire malgré un temps de jeu conséquent. Après la gifle 0-4 lors du Clasico Benitez est destitué et Zidane intronisé.

L’une des premières mesures du Français et de redonner de la confiance à Isco. Cependant l’ancien de Malaga n’est toujours pas titulaire, Zidane optant pour la BBC et Modric, Kroos et Casemiro au milieu. Zidane lui donne tout de même du temps de jeu mais le milieu espagnol ne semble pas satisfait de son statut, lui qui veut jouer les matchs importants. Pourtant en conférence de presse il réalise un exercice d’auto-critique lorsqu’il déclare: « je ne suis pas stupide : si je ne joue pas avec Ancelotti, Benitez ou Zidane, c’est que le problème vient de moi, pas d’eux ». Lors de sa deuxième saison avec les blessures à répétitions de Bale Zidane décide de passer du 4-3-3- au 4-4-2 en losange. Un choix qui va changer la vie d’Isco et qui le propulse titulaire dans des conditions de jeu presque optimales. L’équipe joue très bien au football et Isco brille. Il est pour la première fois titulaire lors de la finale de la LDC à Cardiff face à la Juventus et réalise un match excellent. Dès le début de saison suivante il continue sur sa lancée et devient la seule bonne nouvelle d’un Real qui a lâché la Liga au mois d’octobre. Titulaire face au PSG lors du huitième de finale aller, il voit le match retour sur le banc, Asensio et Vazquez lui passant devant. Sur la fin de saison il retrouve peu à peu le banc de touche même s’il est une nouvelle fois titulaire lors de la finale de la LDC face à Liverpool.

L’homme clé de Lopetegui

Avec le départ de Zidane, Cristiano Ronaldo et de Kovacic et l’arrivée en catastrophe de Lopetegui l’avenir s’annonçait radieux pour Isco. En effet, l’Andalou est le chouchou de l’entraîneur basque qui le connaît des catégories inférieures de la sélection. Du temps où il est remplaçant avec Zidane il est malgré tout systématiquement appelé en sélection. Isco trouve là une porte de sortie pour s’évader de son quotidien de joker de luxe. L’ancien de Valence est un joueur qui fonctionne à la confiance et à l’affect, et cette confiance que lui donne Lopetegui il va la rendre sur le terrain. Il devient l’homme clé de la Roja et enchaîne les performances de haut vol. Reste dans les mémoires son doublé face à l’Italie lors des phases de qualification pour la Coupe du monde en Russie. En confiance ou non dans son club, Lopetegui lui assure les rennes de la sélection espagnole.

Alors quand l’ancien gardien du Real débarque au poste d’entraîneur, Isco ne peut que se réjouir. Dès le départ les intentions du Basque sont claires: faire d’Isco la pierre angulaire de l’équipe comme il l’a fait en sélection. Si au début les résultats et le jeu déployé sont plutôt bons, très vite la machine merengues s’enraye. 4 matchs sans victoire et sans marquer de buts, des blessures à répétitions et une déroute total lors du Clasico ont raison de Lopetegui. Tenu hors des terrains à cause d’une appendicite, Isco n’a pas pu aider à sauver la tête du Basque même s’il l’a défendu son entraîneur jusqu’au bout en conférence de presse. Sa blessure a fait s’écrouler le château de cartes mis en place par l’ancien gardien de but.

Avec Kroos, Casemiro et Modric, Isco a une concurrence redoutable. Crédit: Real-France

Bis repetita avec Solari ?

Depuis que Lopetegui s’est fait licencier, Isco n’a pas débuté un seul match titulaire. Homme clé sous l’ancien sélectionneur, l’ancien de Malaga vit mal le départ du Basque. Hors de forme suite à son opération d’appendicite qui l’a éloigné des terrains pendant un mois, le milieu espagnol voit son temps de jeu diminuer à vue d’œil. L’ancien de Valence a ainsi dû se contenter de deux bouts de match depuis l’entrée en fonction de Solari, cumulant 53 minutes lors de ces deux brèves apparitions. L’entraîneur argentin lui préférant un Lucas Vazquez ou Vinicus, des joueurs qui s’inscrivent plus dans le style de jeu qu’essaye d’instaurer el indiecito.

Un recul dans la hiérarchie qui n’a pas l’air de perturber le Real Madrid, vainqueur de tous ses matchs avec l’entraîneur argentin. Cependant, Solari s’est voulu rassurant sur la situation de l’Andalou en conférence de presse. « Nous connaissons la qualité d’Isco et qu’il est spécial. Il sort d’une opération délicate et s’entraîne pour revenir au top. Tous ceux qui ont été joueurs savent qu’il faut du temps pour qu’il retrouve son grand niveau ». Si on écoute ce que dit Solari, les suppléances du natif de Benalmádena seraient donc plutôt voués à lui faire retrouver une forme optimale avant de retourner sur le rectangle vert plutôt qu’un vrai choix d’homme. Mais une fois de retour, il devra se battre avec Modric, Kroos, Casemiro, Ceballos et Asensio pour gagner sa place dans le onze. Assurément la concurrence au Real est l’une des raisons qui explique sa difficulté a s’affirmer dans la durée comme un titulaire indiscutable.

Une concurrence souvent déloyale

C’est un fait, Isco a dû batailler pour un poste avec des joueurs extraordinaires. Que l’on parle de James Rodriguez, de Cristiano Ronaldo, Bale, Kroos, Modric ou Benzema, peu de joueurs peuvent se vanter d’avoir eu autant de concurrence. L’ancien de Malaga a d’ailleurs souvent fait part de sa frustration que se soit en zone mixte ou sur le terrain. Si sa frustration peut se comprendre, à qui la faute ? Au Real Madrid les places sont chères et la concurrence féroce. Et ça Isco le sait et il a tenu à rester au Real en toute connaissance de cause. Il sait que si Casemiro, Kroos et Modric sont en forme la concurrence n’existe pas. Parfois même lorsqu’ils sont hors de forme Isco ne joue pas. Sa place se dispute alors avec Gareth Bâle. Si avec Zidane il lui est souvent passé devant lors de la fin de mandat du Français, cette saison, avec son statut de leader de l’équipe le Gallois est intouchable et ce malgré des performances plus que discrètes. Quand CR7 était au Real il était également intouchable tout comme Benzema. Avec autant de joueurs intouchables, difficile pour Isco de faire son trou lorsqu’il n’y pas de blessé ou de suspendus.

Plus important encore, Isco a du s’acclimater à un jeu taillé sur mesure pour ses concurrents. Le jeu basé sur du contre avec des transitions rapide sied à merveille aux flèches que sont Bale et Ronaldo avec Benzema en chef d’orchestre et Modric et Kroos comme rampes de lancement. Le joueur de poche qu’est l’Andalou qui aime porter le ballon aurait sans doute eu sa place de titulaire indiscutable dans une équipe comme Barcelone qui pratique un football moins vertical que celui des Merengues. Déjà la saison dernière, Zidane lui avait préféré la vitesse et verticalité de Lucas Vazquez et Asensio sur certains matchs importants. Le manque de vitesse et de débordement sont un sérieux handicap pour Isco car ils ne permettent pas aux entraîneurs de le placer dans de bonnes conditions dans un 4-3-3. Et pour caser toutes les stars les entraîneurs du Real sont bien souvent obligés d’utiliser le 4-3-3. Donc systématiquement Isco part avec une longueur de retard. À Malaga il jouait en 10 derrière l’attaquant (sa position préférentielle), avait peu de tâches défensives et l’équipe tournait autour de lui. C’est dans cette position ou dans le 4-4-2 losange de Zidane qu’il a le plus brillé. Reste maintenant une question: Isco est-il suffisamment bon et indispensable pour le placer en 10 et faire tourner l’équipe autour de lui?

Si au vu de sa situation certains médias parlent d’ores et déjà d’un futur transfert l’été prochain, Isco a encore le temps d’inverser la vapeur. La saison sera longue et Solari aura besoin de l’ancien de Malaga pour doser les efforts. Entre blessures et suspensions Isco pourrait très bien réussir à se faire une place dans le onze titulaire. De plus, avec un contrat fraîchement rénové jusqu’en 2024 sa sortie du club ne serait pas sans difficulté. Florentino Perez ne lâchera pas facilement l’un des chouchou du Bernabéu. Malgré tout, saisons après saison il y a comme un air de déjà vu. Un éternel recommencement pour Isco qui se retrouve une nouvelle fois dans sa carrière au kilomètre zéro.

Miguel Hernandez

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