Atlético : les Colchoneros n’ont plus grand chose sous le matelas

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Cette saison, l’Atlético de Madrid joue gros, très gros. Après un investissement plus que conséquent pour son nouveau stade, le club madrilène a surenchéri lors du mercato estival L’objectif ? Remporter la Ligue des Champions dans son enceinte en mai prochain. Les dernières folies colchoneras pourraient coûter plus cher que prévu…

Sportivement parlant, l’Atlético Madrid est sûrement l’un des clubs avec la plus belle ascension sur ces dernières années. Depuis l’arrivée de Simeone en 2010, le club indio compte six titres majeurs et s’est hissé avec les plus grands. Une Liga remportée au nez et à la barbe des deux ogres espagnols et à quelques centimètres de mettre le nom du club sur la coupe aux grandes oreilles à Lisbonne en 2014. Entre Hambourg en 2010, premier titre de Ligue Europa, et Lyon 2018, le budget a triplé. Face au Fulham de Bobby Zamora, le joueur le mieux payé était Sergio Agüero et ses 6.000.000€ par an, bien loin des 23.000.000€ que va toucher Antoine Griezmann après avoir pris la fameuse Decisión. Passer de la 23e à la 2e place au ranking UEFA, voilà ce qu’a réussi Don Diego Pablo Simeone dans la capitale espagnole. Donc oui, sportivement l’ascension colchonera restera comme l’une des plus incroyables de ce siècle. Mais à quel prix ?

Crédit : UEFA

Pour en arriver là, il a fallu beaucoup travailler, donner du temps à une nouvelle méthode et avoir une confiance totale en une philosophie différente mais qui se prouvera payante. Tout ça c’est bien beau mais il faut aussi parler d’un des éléments les plus importants du football moderne, el dinero! La première phrase de ce paragraphe est sympa pour montrer aux mélancoliques du football mais ce n’est pas ça qui te permet de te battre avec les plus grosses écuries européennes et encore moins pendant sept ans et des poussières. Si la gestion plutôt radine sur le rectangle vert de la main du technicien argentin amène des résultats, celle dans les bureaux est, elle, bien différente.

« Peut-on gagner de l’argent avec l’Atlético ? Non, l’Atlético ne gagne pas d’argent, il le brûle ». Le boss de Wanda, Wang Jianlin n’avait pas mâché ses mots l’année dernière au Forum Économique Mondial.

Une petite dette qui monte qui monte…

Pour atteindre les sommets, el Atleti n’a pas hésité à sortir le chéquier sans trop réfléchir parfois. Aujourd’hui l’entité madrilène est la plus endettée du football espagnol pour une somme qui grimpe à plus de 600.000.000€. En plus de la très onéreuse prolongation de Grizi et celles de ses potes de la banda del mate Godín et Giménez entre autres, plusieurs renforts ont posé leurs valises dans la capitale. Les Thomas Lemar (70M), Rodri (20M), Nikola Kalinic (11M) ou encore Diego Costa (66M) peu avant, sont venus pour aider les Indiens à arracher de nouveaux titres. Un investissement record de plus de 100 millions pour soulever la LdC devant son public. Ces nouveaux actifs colchoneros ont obligé les dirigeants à s’assoir à nouveau avec Carlos Slim pour un nouveau petit crédit en passant par sa banque Inbursa. 40.000.000€ en plus qui s’ajoutent aux 163.000.0000 déjà prêté par Slim. La bonne nouvelle c’est que le club a prolongé son amortissement de 10 ans avec un taux d’intérêts de 4%. En échange le magnat mexicain garde comme garanties les contrats TV (58M selon El Confidencial), les revenus de ticketing du stade en plus des droits urbanistiques de l’opération Mahou-Calderón (voir ci-dessous).

Crédit : El Economista

Économiquement, la croissance est aussi monumentale depuis l’arrivée de Simeone et le nouveau stade. Il y a trois ans, quelques économistes se posaient des questions sur la pérennité de l’Atlético. Alors que la dette ne cesse d’augmenter dans les bureaux, le patrimoine stagnait. La campagne précédente s’est terminée avec un bénéfice de 4.000.000€ pour une facturation de 400.000.000€ alors que le BAIIA tournait autour des 60.000.000€. La relation entre le bénéfice d’exploitation et la dette est encore très élevé pour l’Atlético, encore plus si on le compare au Real Madrid et FC Barcelone par exemple. Sans trop entrer dans les détails, cette dernière phrase en dit long sur les risques que prend l’Atlético Madrid pour justement rester au niveau des deux cadors espagnols. Mais voilà, l’avenir économique de Gil Marín et compagnie dépend de plusieurs facteurs et pas que sportifs…

Le Wanda, un puits sans fond

En plus de ces dépenses astronomiques pour renforcer un effectif qui avait été bloqué par la sanction FIFA en 2017, les Rojiblancos ont eu droit à une toute nouvelle enceinte, le Wanda Metropolitano. Si vous suivez ¡FuriaLiga!, vous savez surement déjà que ce stade est un nid à soucis et ce depuis bien avant sa construction (cliquez ici pour bien comprendre). Logiquement, l’arrivée de l’équipe dans ce nouveau joujou a fait grimper les recettes et marque la base sur laquelle le club veut s’appuyer sportivement et économiquement. Le déménagement de l’historique Calderón pour le Wanda dernier cri fut compliqué mais les supporters répondent présent. Environ 54.000 personnes ont assisté aux rencontres des Colchoneros en moyenne la saison dernière, un poil moins que la moyenne du Calderón (55.000 aprox.). Le Wanda a permis à l’Atlético d’augmenter ses recettes matchday de 38%. Jusqu’ici tout va bien. On parlait même d’un amortissement total de l’enceinte en six ans ! Mais vous vous doutez bien que tout ne pouvait pas marcher comme sur des roulettes pour El Pupas (Le club aux bobos) ce surnom donné à l’Atlético par son président Vicente Calderón après la désillusion en finale de la Coupe d’Europe de 1974 et qui ne cesse de retentir dans les têtes après chaque déception.

Crédit : El Español

Le dernier contre-temps en date du projet Wanda ? Le Tribunal Supérieur de la Justice de Madrid a tout simplement décidé d’annuler la planification urbanistique du stade inauguré en 2017. Le Tribunal a donné raison à l’association Señales de Humo qui considérait le projet n’était pas conforme aux droits malgré l’approbation de la Mairie de la ville. L’Atlético fait partie des défendeurs avec la Mairie et la Communauté de Madrid. Six des sept points sur lesquels a fait appel l’association ont été accepté par le Tribunal dont une « déviation de pouvoir » de la Mairie qui a changé le statut des terrains qui devaient être d’utilisation publique pour qu’ils deviennent à utilisation privé. Encore une fois je vous épargne tout le dossier qui est assez long et complexe. Le souci est que si le verdict est confirmé, ce qui pourrait arriver dans plus de deux ans, le club se verrait dans une situation bien difficile. Dans ce cas la vente des terrains serait annulée et l’Atlético aurait deux options : demander une prolongation de la concession des terrains en payant un loyer pour y rester ou alors renoncer à l’achat des terrains et retourner au Vicente Calderón ou trouver un autre stade avec une indemnisation conséquente. Les trois parties ont fait appel de la décision mais cette affaire ne sent pas très bon pour le club madrilène. Cependant, la démolition du stade ne serait pas d’actualité.

L’opération Mahou – Calderón pour sauver la mise

On ne peut pas encore savoir jusqu’où ira cette affaire même si depuis Señales de Humo on assure que de corriger les erreurs pour éviter l’annulation sera compliqué sachant que rien que l’isolation du stade, un des points à revoir, couterait environ 100.000.000€. Retourner au Calderón ne sera sûrement pas une option sachant que le club compte sur ces terrains pour sauver ses finances. Entre 150 et 200 millions d’euros c’est ce qu’espère récupérer l’Atlético avec la vente de ses terrains après l’approbation de la Mairie pour lancer l’opération cet été. Une somme qui a d’ailleurs failli mettre le projet à mal il y a quelques mois. Les demandes élevées du club pour ses terrains feraient augmenter le prix des logements qui vont s’ériger à leurs places ce qui a calmé plusieurs agences immobilières. Le sol où gît toujours l’enceinte historique madrilène fera partie dans quelques années d’un ensemble urbanistique de presque 200.000 m2. La première partie du projet débute ce mois-ci alors que les investisseurs Ibosa, Solvia et Princeton seront à la lutte pour l’achat des terrains.

Crédit : Idealista

Le feu vert de la Mairie pour ce plan a fait un bien fou dans les bureaux du club (dont une partie est toujours au Calderón d’ailleurs) qui attendent l’argent de la vente des terrains pour pouvoir rembourser le fameux crédit de Carlos Slim. Il fallait absolument une victoire hors de terrains pour Gil Marín et les siens qui ont pris un nouveau coup de massue avec le Wanda. La rentrée d’euros que va supposer la vente de ses terrains de la rive du Manzanares va faire souffler les comptables même si elle ne va pas calmer tous les maux des finances colchoneras. Il faudra quand même être vigilant et croiser les doigts rojiblancos pour que le Tribunal Suprême de Justice de Madrid ne décide pas d’annuler le projet pour la troisième fois.

Se réinventer pour survivre

Malgré le départ du Dalian Wanda Group, très endetté également, qui a vendu ses actions en février dernier, l’Atlético récupère toujours 10.000.000€ par an pour le naming de son stade qui ne changera pas de nom. Cependant, l’entité madrilène se doit de trouver des nouvelles idées pour pouvoir continuer de rivaliser avec les plus grands clubs européens. La dernière est assez étrange d’ailleurs : Energía Rojiblanca. Le club a en effet présenté cette marque qui pourrait lui permettre de commercialiser électricité et énergies renouvelables à l’avenir. C’est un projet à très long terme selon le club mais les premiers pas ont été effectué pour pouvoir commercialiser ces services à ses supporters à l’avenir faisant également office de société de consulting pour la distribution vers les logements. Pour cela il faudra trouver un accord avec les grandes entreprises du secteur pour savoir si elles seraient d’accord pour lâcher une petite part d’un gâteau très important, surtout en Espagne. Le club assure que pour le moment ce projet n’est qu’en phase d’études mais la marque a été déposée en cas de lancement.

Autre idée qui pourrait rapporter quelques recettes, les panneaux voltaïques du Wanda Metropolitano. Ceux-ci sont installés en face de la façade Ouest du stade et son utilisés pour alimenter l’enceinte sportive en eau chaude. L’entité a déclaré que cette production électrique est équivalente à une consommation de 10.000 m2 de gaz. Le club pourrait donc décider de reverser ou « vendre » l’énergie dont il n’a pas besoin dans le réseau pour dégager quelques fonds. Pour cela, l’Atlético doit attendre la loi actuelle concernant l’autoconsommation électrique en Espagne mais garde l’idée dans un coin de sa tête. Faire bonne figure sur les terrains, surtout en Ligue des Champions reste primordial pour l’Atlético mais son imagination et sa gestion hors compétition le sera tout autant pour pouvoir museler une dette qui ne cesse de croître et à quoi viennent s’ajouter plusieurs soucis externes. Le passif de 722.000.00€ du club avait obligé ses dirigeants à jouer les garants offrant ainsi des garanties de 374.000.000€ pour ne pas faire gronder les créanciers.

Nicolas Faure

@Nicommentator

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