Arbitrage vidéo en Liga, un bilan mitigé

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Attendu comme le saint Graal pour remédier aux polémiques et aux protestations, force est de constater qu’après les 10 premières journées de Liga le VAR fait toujours autant parler de lui, et pas forcément en bien. Analyse de ses effets et de son utilisation après un quart du championnat.

« Il y avait penalty, la main est décollée du corps ». « La main est involontaire tu ne peux pas siffler penalty ! ». Qui n’a jamais entendu ou participé à ces débats stériles et infinis sur une décision arbitrale et le règlement. Mais au final, que serait le foot sans polémique ? Et ce d’autant plus en Espagne, où après chaque match de championnat, des émissions débriefent les performances du corps arbitral loupe à l’appui afin de traquer chaque petit écart des hommes en noir. Ainsi, la moindre petite erreur, du hors-jeu mal sifflé en passant par une faute contestable dans la surface fait énormément jaser. On ne s’y trompe pas : l’arbitrage est le thème favori des spectateurs espagnols et des médias pour s’écharper. Si l’arrivée de l’arbitrage vidéo devait mettre fin aux polémiques habituelles de chaque week-end de Liga, dans la réalité ce n’est pas encore le cas. Rappelons que le but principal de l’implantation de la VAR est d’aider le plus possible les arbitres à ne plus commettre d’erreurs grossières. Pourtant, après un quart de championnat le bilan est plutôt mitigé.

Des opinions qui divergent

Si en haut lieu on considère que l’implantation de la VAR est une réussite, au sein du championnat Espagnol, beaucoup de personnalités ont pesté sur ces premières semaines d’arbitrage vidéo que ce soit entraîneurs ou joueurs. Le verdict est formel, l’arbitrage vidéo divise. Certains se sont montrés satisfaits, à l’image de Diego Simeone qui a déclaré que « La VAR n’est pas encore parfaite mais je suis confiant qu’elle continue d’évoluer et de s’améliorer avec le temps. Je pense que ça aide à annuler les injustices. C’est bien pour le football, parce que ça aide les arbitres. Il peut y avoir des erreurs mais ça s’améliorera ». D’autres à l’inverse se sont montrés très critiques envers le système de vidéo arbitrage. « Le match a été un cirque. Nous avons passé deux minutes à regarder ce qui s’est passé. Ce n’est pas du football », a déclaré José-Luis Mendilibar, entraîneur basque de Eibar, visiblement en colère malgré la victoire de son équipe 2-1 face à Girona et l’un des plus grands détracteurs du VAR au sein de la Liga. Il a récidivé dans ses critiques quelques semaines plus tard suite à la défaite de son équipe face à l’Espanyol : « Ils ne montrent pas les images qu’ils voient dans la salle du VAR. Lors de la Coupe du Monde, nous les avons tous vus et maintenant eux seuls les voient. Nous continuons comme avant, ils sifflent ce qu’ils veulent et vous ne savez pas ce qu’ils sifflent. En plus, ça enlève le dynamisme du football. Bientôt on jouera au football américain ».

Certains cas particuliers ont soulevé des débats en Espagne. Notamment un but annulé à Wissam Ben Yedder face à Getafe. Alors que le club de Madrid menait 2-0 sur la pelouse de Séville, l’attaquant réduit le score. Un but qui a été finalement annulé par l’arbitre après le recours au VAR. Cependant, l’image fournie aux téléspectateurs semblait plutôt indiquer que Ben Yedder n’était pas hors-jeu. Un autre cas qui a fait couler beaucoup d’encre côté Catalan c’est l’expulsion de Clément Lenglet face à Girona. Le défenseur a écopé d’un carton rouge direct après avoir donné un coup de coude à Pere Pons. Si le contact existe bel et bien, ce qui reste plus flou c’est l’intentionnalité de son geste. Son mouvement du bras tient plus du mauvais réflexe ou du geste mal maîtrisé. L’arbitre, lui, après avoir vu les images n’a pas hésité à expulser le joueur français. Ce carton à beaucoup fait parler à Barcelone, d’autant plus que Pere Pons a ensuite expliqué après la rencontre qu’il pensait au départ que l’arbitre avait sifflé faute contre lui.

Des règles encore floues

Parmi les points négatifs qui sont apparus ces premières semaines, c’est principalement le fait que les joueurs et les entraîneurs eux-mêmes ne sont pas tout à fait au courant des règles qui ressort. Concrètement, on voit souvent les joueurs faire le signe de l’écran avec leurs doigts pour demander l’intervention du VAR sur des actions où cette dernière ne peut pas être utilisée !

Pour rappel, selon l’UEFA le VAR ne peut être utilisée que pour juger des actions dites décisives. Selon le règlement elle ne peut donc être utilisée que dans quatre cas : sur un but (vérification d’une position de hors-jeu du buteur par exemple), sur un éventuel penalty, sur un carton rouge direct et lors d’erreurs au moment d’identifier le joueur sanctionné. Des règles que mêmes certains commentateurs aguerris ne connaissent pas au vu des erreurs lorsqu’ils commentent et analysent les rencontres. Ce que beaucoup de joueurs n’ont également pas compris c’est qu’ils ne peuvent en aucun cas demander l’utilisation de la vidéo. Elle reste sous la compétence exclusive des arbitres. Il faut également préciser que la VAR n’a pas d’autorité en soi sur les actions de jeu. Elle permet d’aider l’arbitre à prendre une décision, mais c’est à lui que revient le dernier mot de siffler ou non.

Une technologie du hors-jeu défaillante

Au sein de la liga, il y a une grande satisfaction en rapport à l’utilisation du VAR une fois les dix premiers tours terminés, soit plus de 25% de la compétition. D’après la Liga, le VAR a donné des résultats satisfaisants dans près de 90 % des cas. La preuve que la Liga, comme le CTA (Comité technique des arbitres) lui-même, cherche à atteindre presque la perfection, c’est qu’elle travaille depuis des semaines à améliorer la technologie pour perfectionner le seul point où il y a eu le plus de plaintes jusqu’ici: la ligne du hors-jeu

« La technologie actuellement utilisée par le VAR, les lignes qui marquent le hors-jeu ne sont pas fiables à 100%, car elles utilisent la technologie 2D et non 3D. Le hors-jeu est infailliblement vérifiable lorsque la position du pied marque le sol, en revanche, si la partie du corps en hors-jeu est en l’air, ces lignes sont peu fiables». Ces propos rapportés début septembre sont de Carlos Velasco Carballo, président du Comité Technique des Arbitres (CTA). En effet, au sein des arbitres de Liga , on s’inquiète de la technologie du VAR en ce qui concerne les actions de hors-jeu, cette fameuse ligne qui est tracée sur l’image télévisée pour délimiter la position des joueurs.

L’ancien arbitre Carlos Velasco Carballo

Le dernier exemple en date s’est produit lors du Girona-Eibar comptant pour la huitième journée du championnat espagnol. L’un des assistants de l’arbitre Eduardo Prieto lève le drapeau pour un éventuel hors-jeu de Stuani, annulant le but de l’équipe catalane juste avant la mi-temps. Après avoir passé en revue l’action pendant près de trois minutes depuis la salle VAR, Eduardo Prieto a finalement récompensé le but du joueur de Girona. Lors de cette action certains considèrent parmi le collectif d’arbitrage qu’il y a eu une erreur en traçant cette ligne de hors-jeu et que le joueur, comme l’assistant l’avait estimé dans sa décision initiale, était hors-jeu. C’était la troisième fois de la saison que quelque chose de semblable se produit. D’abord c’était à Séville- Getafe avec un but annulé à Ben Yedder après que le VAR a estimé qu’il était hors-jeu. Le deuxième s’est passé dans le Leganes-Barcelone pour ne pas avoir annulé le premier but des pepineros pour un hors-jeu de Jonathan Silva. Un architecte, Nacho Tellado a été consulté par le programme El Chiringuito  et il s’est appuyé sur un programme de conception 3D pour démontrer que le système de prise de vue en ligne de hors-jeu qu’ils utilisent pour l’arbitrage vidéo est imprécis. Nacho Tellado a fait référence à l’action de Séville, et a montré que le programme a pris le talon du dernier joueur de Getafe comme référence au lieu de la hanche et la main de Ben Yedder au lieu de l’épaule (seules les parties du corps avec lesquelles vous pouvez jouer le ballon devraient être prises en compte). Après l’étude, il a dit que la différence entre le bon tirage de ligne et le mauvais était de onze centimètres, plus le pourcentage d’erreur déjà inhérent au système, en fonction du nombre de caméras.

Le VAR plus efficace lors de la Coupe du Monde

Iturralde González, ancien arbitre international et arbitre expert du Carrusel Deportivo et du quotidien As, expliquait le 21 octobre dernier la différence frappante entre le VAR de la Coupe du Monde et celui de La Liga. Une circonstance qui a conduit à l’étude d’un nouveau système pour l’utilisation du vidéo-arbitrage pour le hors-jeu de la compétition espagnole. « Que chacun prenne ses responsabilités. Quand on dépense beaucoup d’argent pour le VAR et que nous voyons en Espagne que l’arbitre doit tracer la ligne avec son doigt…. Si vous faites une erreur en millimètres sur l’écran, sur le terrain, c’est un but ou un hors-jeu », explique Iturralde. Il continue : « Aujourd’hui, le VAR que nous avons en Espagne pour le hors-jeu est celui de la famille Pierrafeu. Lors de la Coupe du Monde, les arbitres recevaient la ligne et ils n’avaient qu’à dire si le joueur était hors-jeu ou non ; en Espagne, c’est un écran avec une loupe et c’est l’arbitre qui regarde l’écran qui trace la ligne avec son doigt ».

L’ancien arbitre détaille également que par rapport aux images que les arbitres du VAR avaient lors de la Coupe du Monde en Russie, avec une erreur de 1%, en Espagne, l’erreur serait comprise entre 7-8%. Une différence énorme ! Et c’est là que réside la préoccupation qui existe aujourd’hui au CTA. Car Les arbitres lors de ces actions ne peuvent rien faire, puisque les images qu’ils reçoivent avec leurs lignes déjà en place ne leur permettent que de décider ce qu’ils voient. Cela peut être là le grand défaut du VAR : il utilise les lignes ombrées par Mediapro, opérateur de la Liga cette saison, et non un système qui lui est propre pour tracer le hors-jeu. Pour rappel, Mediapro a été homolguée par la FIFA à tel point qu’ils sont également présent dans d’autres ligues telles que le championnat portugais. La société audiovisuelle travaille main dans la main avec EVS Brosdcast Equipment, une société liégeoise qui fabrique des systèmes de production vidéos numériques en direct et qui est également homologuée par la FIFA. EVS dispose d’un des outils d’EPSIO qui vous permet d’insérer des graphiques en temps réel et des répétitions instantanées. La Liga, dans le but d’améliorer non seulement les actions de hors-jeu mais également les autres actions du match, travaille depuis le début du mois avec la société SPORTSLAB pour adapter la ligne de hors-jeu de la manière la plus parfaite dans tous les stades de la première division. Cette entreprise le teste dans tous les enceintes de la plus haute catégorie du football espagnol. En fait, la Liga est la seule ligue au monde qui utilise le VAR qui fait l’objet de cette approbation.

Autre élément qui a son importance, lors de la Coupe du Monde, tous les matchs avaient le même nombre de caméras. En Espagne, il existe trois types de matchs classés A, B et C. Selon le type de rencontres, il y a plus de caméras dans un type A que dans un autre match de type B. Et cela ne dépend pas non plus des arbitres. Le VAR de la Coupe du Monde avait plus de caméras qu’en Espagne, surtout pour le hors-jeu, et avait le même nombre de caméras pour tous les matches, donc la production et le traitement des images était bien meilleurs que ce qui se fait actuellement en Espagne.

Quel impact sur le classement?

Malgré ses défauts, au final ce qui compte vraiment c’est de connaître quel est son impact sur le classement de la Liga? Instauré pour limiter au possible les injustices, y’a-t-il réellement une si grande différence entre le classement avec VAR et celui sans? Il est vrai que de prime abord cet argument peut sembler fallacieux puisqu’il est impossible de savoir ce qui se serait passé dans le match suite à une décision du VAR ou à l’annulation d’une décision, il permet néanmoins de se faire une petite idée sur l’impact que peut avoir le vidéo arbitrage sur le classement.

A gauche le classement avec le VAR, à droite celui sans l’utilisation du VAR. Crédit: AS

Dans les positions de tête, l’Espanyol semble être le premier lésé par la technologie d’arbitrage vidéo. Los pericos, si le VAR n’avait pas existé seraient aujourd’hui troisième, place qualificative pour la Ligue des champions, et laissant Seville derrière eux. En milieu du tableau, les positions qui attirent le plus l’attention sont celles de Valence, qui monterait de la 14e place à la 10e, de Girona, qui descendrait de la 11e position à la 15e, de Levante, qui ferait de même de la 7e à la 11e et de l’Athletic, qui au lieu d’être en 16e position serait 14e. Au final les différences sont en moyenne de l’ordre d’environ deux points de plus ou de moins selon l’équipe. Si pour le moment c’est une marge d’erreur négligeable il se pourrait qu’arriver en fin de championnat, cela coûte cher à certaines équipes.

Loin d’être parfait, et avec au final un impact plus que modéré sur le classement, il semble évident que dans les actions d’appréciation nous continuerons à débattre, alors que sur les actions objectives le VAR fonctionne bien sauf sur les hors-jeu. La preuve que, si certaines actions ne laissent pas de place aux doutes, d’autres comme les fautes dans la surface ou les mains sont surtout des actions de jeu sujettes à l’interprétation des arbitres. Par conséquent même avec le VAR, les décisions des arbitres ne pourront en aucun cas faire l’unanimité. Attendu comme le messie pour aider les arbitres espagnols souvent critiqués pour leur faible niveau d’arbitrage, le VAR n’est pas encore au point et il faudra donc certainement encore un peu de temps et de patience pour que tout rentre en ordre et qu’il fasse définitivement partie du paysage du football espagnol.

Miguel Hernandez

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