Le modèle Villarreal : entre bons coups sur le mercato et système de formation performant

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Malgré les difficultés du sous-marin jaune cette saison, le petit club de la Comunidad Valenciana est un modèle à suivre pour ceux qui recherchent la pérennité dans l’élite. Depuis plusieurs années maintenant, Villarreal récolte les fruits de son excellente gestion et son investissement dans sa « cantera ». Explications :

Certes, le club amarillo vit actuellement son pire début de saison depuis 2009/10 (de la main d’un certain Ernesto Valverde, ndlr) mais cela fait maintenant 19 saisons que l’on peut suivre le Villarreal CF en Liga. À peine arrivé en Primera en 1998/99, le club est tout de suite retombé après deux défaites lors des play-offs de promoción contre le FC Séville. Depuis, le sous-marin torpille l’élite espagnole et s’est fait un nom en Europe même s’il a encore dû passer par la catégorie inférieure en 2012/13 pour aiguiser ses missiles. Pour cette nouvelle campagne, le club de Vila-Real compte 11 joueurs ayant passé plus ou moins de temps au centre de formation groguet. Tout a vraiment commencé en 1997 avec la signature d’un contrat de moins de 500.000€ signé dans un bar de la petite ville castellonense…

Crédit : El Periódico Mediterráneo

Des fondations datant de 1997

Pendant 40 ans, Pascual Font de Mora sortait son chéquier personnel à chaque fin de saison pour équilibrer les comptes d’un club fondé en 1923 qui faisait le yo-yo entre les catégories régionales dans une ville de seulement 40.000 habitants. Entre sa naissance et les années 80, une seule promotion en D2, une catégorie que le sous-marin ne quittera plus entre 1992 et 1998 pour cette première montée en Primera. Cet exploit annonce la couleur après l’arrivée de Fernando Roig, propriétaire de Pamesa (céramique), confirmée dans un bar contre 423.000€ en 1997. Cette montée est arrivée un poil trop tôt. À cette époque le club n’avait pas de siège pour ce type de transactions, ni de centre d’entrainement d’ailleurs. C’est la première chose qu’a décidé de faire le frère du propriétaire de Valencia CF de l’époque Paco Roig et du boss de Mercadona Juan Roig : construire une Ciudad Deportiva. C’est cette première décision forte de Roig qui va changer l’avenir du Villarreal Club de Fútbol à tout jamais.

Crédit : BeSoccer

Roig avait bien compris que c’est sur un centre de formation de qualité qu’un club comme le sien devait s’appuyer pour survivre au sein de l’élite espagnole. Le nouveau président a donc rapidement décidé d’acheter les terrains de Miralcamp pour lancer son projet. À son arrivée, Roig était vu comme un doux rêveur, voir ce petit club tenir le coup au sein de l’élite sur la durée relevait quasiment de l’utopie. Le propriétaire de Pamesa qui compte plus d’un milliard sous son matelas (selon Forbes), a également fait profiter le club amarillo de sa fortune bien sûr mais le succès de Villarreal aujourd’hui est en très grande partie dû à une gestion exemplaire de sa cantera et des différents mercatos qui se sont dressés devant eux sur ces dernières années. Le résultat est assez incroyable : 18 des 19 dernières saisons en Primera mais surtout 13 fois qualifiés pour une compétition européenne, Villarreal est devenu un adversaire plus que sérieux pour tout club de Liga.

« Notre modèle de centre de formation nous distingue des autres. Nous y dédions quasiment 12% de notre budget et nous avons un réseau de scouts très important » Llaneza, vice-président du club, à Panenka en septembre dernier.

Le fameux marché des opportunités

On parle ici de « cantera » même si beaucoup discuteront le terme sachant que Villarreal, en plus de former des jeunes dès le plus jeune âge, reste très actif pour enrôler d’autres joueurs plus âgés pour continuer leur développement. Mais même dans ce registre, le club de Vila-Real a beaucoup progressé pour notamment être capable de lutter contre le cador de la zone, le Valencia CF. Un exemple, Leo Suárez recruté à 18 ans depuis Boca Juniors au nez et à la barbe de Valencia pour s’aguerrir avec Villarreal B et aujourd’hui prêté au Real Valladolid (2 buts en 6 matches de Liga dont celui de la victoire contre le sous-marin jaune, ndlr). Un autre exemple du succès amarillo à ce sujet, celui de Dani Raba qui a rejoint le club en 2014 en provenance de Balsander (club de Santander) alors que le Real Madrid et Liverpool s’étaient intéressés à lui entre autres. Le réseau implanté par Roig a également su profiter des circonstances pour faire venir des joueurs comme Mario Gaspar qui a débarqué à cause des soucis économiques d’Albacete avec 15 des autres meilleurs jeunes du club. Mario est aujourd’hui capitaine et compte plus de 300 matches avec le VCF.

Crédit : AS

La liste est très longue. Rodri, le milieu de terrain qui est rentré à l’Altético cette saison avait été écarté à cause de sa taille l’époque, une aubaine pour Villarreal qui a fait confiance au jeune milieu de terrain qui repartira pour 20.000.000€ (sa clause). Santi Cazorla est arrivé après une double-descente du Real Oviedo en quatrième division en 2003 pour finalement rejoindre Málaga contre 23.000.000€ après 241 matches sous le maillot amarillo et revenir gratuitement cet été. Les « Diegos » Godín et Forlán : le premier est arrivé contre 800.000€ du Nacional en 2007 avant de partir pour l’Atlético contre 8M et le deuxième est arrivé de United contre 3.200.000€ en 2004 pour rejoindre la même destination contre 21.000.000€ un soulier d’or et trois ans plus tard. Les derniers en date ? les deux Africains Eric Bailly et Cédric Bakambu : 65.000.000€ de bénéfices pour Villarreal avec les ventes des deux joueurs. En plus de cette gestion mercato, le club travaille bien avec ses jeunes comme le prouvent les groguets présents dans les catégories inférieures de la Roja (4 chez les moins de 16 ans, 3 chez les moins de 19 et 2 chez les espoirs, ndlr).

Le choix Calleja

Si on jette un œil sur le passé du club depuis l’arrivée de Roig, on y trouvera des entraîneurs qui ont marqué le football européen. Manuel Pellegrini, Ernesto Valverde ou encore Marcelino García Toral sont quelques-uns des noms qui se sont assis sur le banc du Madrigal. Après le licenciement de Fran Escribá fin septembre 2017, c’est un inconnu du reste du monde du football qui prend sa place, Javier Calleja. Inconnu pour le reste car au club Calleja est très important depuis plusieurs années. L’entraineur qui est aujourd’hui sur la sellette a commencé sa carrière d’entraineur au club, avec les cadets amarillos. Il a grimpé les échelons au sein de la cantera groguet à base de succès. Trois titres de champion avec les juniors et une Coupe des Champions d’Espagne. Comme joueur, Calleja a également porté le maillot du submarino lors de sa meilleure époque aux côtés des Forlán, Godín, Riquelme, Sorín ou encore Cazorla avec qui il a atteint les demies de la Ligue des Champions. Il a également connu la remontée en surface du sous-marin en tant que joueur. « Je m’identifie énormément avec le club et tout ce qu’il l’entoure » Javier Calleja, le choix de la casa.

Javier Calleja sous le maillot amarillo (2e en bas à droite). Crédit : Marca

Sa première saison sur le banc jaune a été plus que correcte, une 5e place synonyme de qualification pour la Ligue Europa. La saison passée, avec 30 points en 15 matches, le technicien d’Alcalá de Henares a d’ailleurs battu le record d’une légende du club, celui Don Marcelino García Toral et ses 28 points en 15 journées de Liga en 2013/14 après la montée. Cette campagne est bien plus compliquée pour lui mais l’entraineur ne perd pas l’espoir de voir « son » club soulever un titre prochainement : « J’ai toujours cru que le club allait gagner un titre parce que je le connais de l’intérieur. On n’est pas passé loin avec plusieurs demi-finales. Je pense que si on maintient ce projet, avec stabilité et continuité, les titres vont finir par arriver. Le pari fait par le club est très sérieux. Tout ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui est digne d’éloges » déclarait l’entraineur en 2015. En tout cas, on te le souhaite…

Nicolas Faure

@Nicommentator

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