Real Madrid : Santiago Solari peut-il être plus qu’un intérimaire ?

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Julen Lopetegui démis de ses fonctions c’est Santagio Solari qui est nommé entraîneur du Real Madrid provisoirement. A priori un intérim de 2 matches pour l’Argentin qui dirigeait le Castilla mais qui pourrait se transformer en nomination officielle pour plusieurs raisons. États des lieux de la situation à la Maison Blanche et des premiers défis de l’ancien coéquipier de Zinedine Zidane.

Lors de sa première conférence de presse, les mots de Santiago Solari ont été clairs : « Zidane est l’un des plus grands et personne ne peut se comparer à lui ». Malgré cette volonté de couper court aux analyses qui voient dans le double S le successeur du double Z, les parcours des deux entraîneurs sont semblables. Tout les deux ont été coach du Castilla pendant longtemps et ont été formés au métier d’entraîneur chez les Vikingos. Tous les deux ont été là à l’époque des Galactiques avec en point d’orgue cette volée formidable du Français face au Bayer Leverkusen en 2002. Pourtant l’élégant milieu de terrain argentin n’a jamais eu l’aura ni la stature du meneur de jeu, marseillais. Solari a été élevé dans une famille de footballeurs et sa cousine a même épousé le légendaire Fernando Redondo. Cependant, il a été un joueur frisson mais jamais un top qu’on s’arrache. En bref, un joueur essentiellement apprécié par des connaisseurs.

Malgré cela et un passif avec le voisin de l’Atleti, Solari est apprécié par FloPer qui lui a toujours fait confiance. Même quand cela n’allait pas fort avec la B merengue, jamais son poste n’a été remis en question. Sa nomination est tout sauf une surprise, notamment avec l’indisponibilité de Guti qui a été dans la short list pour succéder à Zidane en dépit de son inexpérience. Pour l’instant intérimaire comme annoncé dans le communiqué acerbe qui a annoncé la fin de l’ère Lopetegui, Solari dispose d’armes conséquentes malgré un CV maigre pour devenir numéro 1 sur la durée

Un choix de raison ?

Lopetegui était tout en bas de la liste d’entraîneurs disposés à prendre la suite du double Z. Tous les autres, à commencer par Mauricio Pocchetino qui avait furieusement la cote du côté de Concha Espina, ont décliné. Tous sauf le sélectionneur de la Roja au moment des faits. Pourtant, dès sa signature, son maigre passif en club et sa dernière expérience pour le moins mitigée au Porto augurait déjà d’une fin rapide. Incapable de supporter la pression et pas vraiment soutenu par ses joueurs (et aucun tweet de soutien des joueurs ne pourra prouver le contraire…), Lopetegui s’est effondré et n’a jamais vraiment tenu la barre du bateau blanc qui a coulé au large du Camp Nou.

Solari de son côté est bien plus rompu aux arcanes du pouvoir de la Maison Blanche façon Florentino Pérez qu’il a côtoyé en tant que joueur et coach. Par exemple, il va redonner du poids au préparateur Antonio Pintus, homme de base sous Zidane qui avait été mis de côté par Lopetegui. Quand on connaît le poids de l’italien dans le triplé historique, le remettre au centre de l’échiquier relève de l’évidence. Au quotidien, Solari semble aussi bien plus à l’aise dans la gestion d’un vestiaire que Lopetegui. L’Argentin est aussi un excellent communiquant qui arrive à avoir l’adhésion de ses troupes.

« Tout le monde ne peut pas entraîner le Real. La clé, c’est la relation avec les joueurs. La connaissance du football est secondaire, idem pour l’expérience » Carlo Ancelotti à ESPN.

Plus à l’aise en politique et en communication, Solari a aussi un passif de Vikingo qui peut s’avérer déterminant dans certaines situations. Carlos Ancelotti l’explique bien : pour réussir au Real Madrid, il faut plus que des compétences tactiques ou techniques. Performer chez les Merengues, c’est réussir à manier le terrain, les médias, le vestiaire et FloPer. Un numéro d’équilibriste que peu parviennent à réaliser. Surtout que dans la file de prétendants pour le poste, aucun ne semble vraiment se détacher. Pas facile de débusquer la perle rare en octobre…

Continuer le travail de Zidane ?

Là où le profil de Santiago Solari est intéressant, c’est qu’il connaît par cœur tous les jeunes du Real Madrid. Il a commencé sa carrière avec les Cadetes jusqu’à atteindre le Castilla. Durant deux saisons, il a dû meubler avec un effectif renouvelé et privé de ses cadres. Une situation qu’il l’a conduit à essayer pas mal de choses. Une proximité avec la jeunesse Madridista qui semble parfaite pour poursuivre les idées de Zidane et la nouvelle volonté de Florentino Pérez… même si le président donne l’impression de nager à vue depuis plusieurs saisons pour tout ce qui concerne le sportif.

Outre le formidable triplé et une sortie maîtrisée, Zidane a surtout rajeunit foncièrement l’effectif des Vikingos. Comme son ancien coéquipier argentin, le Français est arrivé en cours de saison en provenance du Castilla. Sous ses ordres des joueurs comme Lucas Vázquez, Marco Asensio, Casemiro ou encore Achraf Hakimi ont eu régulièrement des minutes et un vrai rôle à jouer. On peut même rajouter Jesús Vallejo, qui sans ses problèmes physiques, aurait eu droit au même traitement.

Valverde, Llorente, Reguilón : les gagnants de ce changement ?

Solari arrive dans une situation, il est vraie très préoccupante au niveau des résultats. Cependant, il est tout à fait probable de le voir lancer quelques jeunes durant son mandat s’il devient officiellement le coach de plein exercice. Fede Valverde, qui a joué son premier match avec l’équipe fanion,il y a quelques jours, est le premier à venir à l’esprit. Le milieu de terrain, arrivé à 16 ans au Real Madrid, est entraîné depuis longtemps par Solari. Les deux se connaissent bien et se font confiance. Dans un secteur de jeu où les trois milieux « intocables » Casemiro-Kross-Modric n’ont plus leur rendement incroyable, le joueur prêté la saison au Depor pourrait s’intercaler. Marcos Llorente, moins connu de Solari, pourrait lui aussi récupérer quelques minutes, maintenant que l’ancien d’Alavés à côtoyé le groupe pro durant de long mois. Sergio Reguilón qui lui aussi est monté avec l’effectif professionnel cette saison et qui connait bien l’Argentin pourrait prendre des minutes à un Marcelo hors du coup.

Le profil presque parfait pour le poste ?

Ce renouvellement de l’intérieur est le nouveau cheval de bataille de Florentino Perez. Le tout puissant dirigeant du Real Madrid, obnubilé par la trace qu’il laissera dans l’histoire du club, a un projet fou de rénovation du Santiago-Bernabéu. Un fanstasme qui va très certainement coûter très cher et qui pousse le board madridista à réduire la voilure sur le marché des transferts. Solari est nommé dans la précipitation alors que le sort de Lopetegui était scellé depuis près de 10 jours et pourtant sa promotion semble être un choix réfléchi, si bien que son intérim de deux semaines pourrait, si les résultats suivent et que le vestiaire l’appuie, se transformer en nomination officielle.

A lire – Rénovation du Santiago-Bernabéu : le projet fou de Florentino Pérez

En plus d’avoir ce passif de formateur qui plaît actuellement à FloPer, Solari est aussi un tacticien avec du potentiel. Il a su composer au Castilla avec un groupe jeune qui ne se connaissait pas vraiment avec des systèmes assez flexibles. Sans résultats flambants lors de ses deux premières années, il a maintenu l’équipe en Segunda B, ce qui reste le minimum syndical. Son début de saison 2018/2019 est de bien meilleure facture avec un groupe renforcé et cohérent. Son style ne se résume pas à « poser les cojones » sur la table comme certains veulent le faire croire après sa première conférence de presse en tant que Míster de la Casa Blanca. De plus, Solari a été consultant pendant près de 10 ans pour El Pais avec des chroniques fournies et travaillées. Il est aussi un éternel amoureux de la littérature argentine.

Solari semble faire la synthèse que recherche actuellement Florentino Pérez pour réussir à ce poste. Dans un club où le CV ne garantit rien, l’Argentin dispose d’atouts qui peuvent faire plus que la différence, à commencer par sa disponibilité, sa volonté et… son salaire. Rien ne dit que Solari va réussir à récupérer le strapontin, mais son nom ne doit pas être décoché trop rapidement des potentiels successeurs de Lopetegui.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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