Segunda : On était à l’Heliodoro pour la remontada de Tenerife face à Alcorcón

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Un début de saison très décevant, une place de relégable, Joseba Etxeberria limogé et remplacé par José Luis Oltra, une attaque inefficace, une défense peu rassurante; ce Tenerife (19ème) – Alcorcon (4ème) s’annonçe pour les chicharreros comme un aller simple pour l’enfer. D’autant plus que l’équipe de la banlieue de Madrid est en pleine bourre avec une série de 8 matchs sans connaître la défaite. Retour sur une partie mythique qui va peut-être marquer un tournant dans la saison des insulaires.

« Chéri !!! J’ai trouvé une semaine de vacances pas chère sur une vente privée. J’ai pris ! On part en octobre aux Canaries, à Tenerife. »

Voilà généralement le postulat de départ qui vous fait arriver après 4h30 de vol, à l’aéroport de la Reina Sofia dans le sud de l’île : 25°C, ciel bleu, paysages volcaniques et palmiers. Après avoir regagné votre hôtel, enquillé les mojitos et autres cañas, l’appel du football se fait sentir. Vous aviez lu quelques mois auparavant un article dans Furia Liga qui parlait d’un club sur l’île. Donc, on se renseigne et on voit que le club de Tenerife joue un match de Segunda ce samedi soir. Le souci est que la zone touristique se trouve dans le sud et la capitale Santa Cruz de Tenerife se trouve 60 km au nord. Il faut donc louer une voiture (80€ la semaine) et emprunter l’autoroute TF-1 qui longe l’océan atlantique. Pour se garer, un conseil, se rendre au parking souterrain de la Plaza de España.

C’est payant, certes; mais votre voiture est en sécurité et pour aller au stade, vous allez passer devant tous les points d’intérêt du centre-ville : monuments historiques, magasins, restaurants et bars (1,50€ la pinte). Après avoir marché une quinzaine de minutes en montée (si pas d’arrêt…), vous allez traverser le pont Galceran d’où vous aurez pour la première fois un visuel sur le stade Heliodoro. En prenant la première à droite, les drapeaux du CD Tenerife commencent à apparaître. On passe devant le siège de la section des supporters anglais du sud de l’île : Armada Sur. Puis se pointe devant nous, la belle enceinte bétonnée de l’Heliodoro Rodriguez Lopez (son nom complet). Un stade de centre-ville, correctement entretenu, pas comme d’autres stades en Espagne (Vallecas par exemple). Les chicharreros s’attendent devant le stade et discutent le bout de gras jusqu’à 10 minutes avant le début du match.

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1ère mi-temps : Un Tenerife au fond du trou, Alcorcon en pleine réussite

Après la traditionnelle venue des enfants sur la pelouse pour faire une photo avec la mascotte Elio-Doro, les deux équipes entrent dans l’arène sous l’air de l’hymne du club « Tenerife Adelante! ». A peine le temps d’ouvrir son sachet de pipas qu’aux bouts de 20 secondes, Alcorcon ouvre la marque par Sangalli suite à une mésentente et une double erreur (gants en peau de pêche) du portier local, Dani Hernandez. Stupeur dans le stade. Les 9000 aficionados présents s’agacent. Il faut dire que le début de saison est catastrophique pour une équipe qui prétend aux places d’ascension en Primera. Juste le temps de manger une première poignée de pipas, que les visiteurs récidivent. Muñoz transperce la défense blanquiazul et tire à ras de terre dans le petit filet. 5 minutes de jeu et Alcorcon mène 2 buts à 0.

 

Casadesus KO

Le stade est muet, à chaque ballon touché par le gardien Dani, des hués descendent des travées. Seul le parcage « Frente Blanquiazul » continue de chanter et encourager sur le rythme de la grosse caisse. Dans la tribune « présidentielle », nombreux socios se lèvent et fustigent le président Concepcion plus que décrié. Après ce début rêvé pour Alcorcon, le match s’équilibre. Les deux équipes se rendent coup pour coup, sans jamais vraiment trouver la solution. Suite à un corner, Alberto place une tête imparable qui trouve les montants de Jimenez. Un sursaut d’orgueil frappé encore de la malchance. Quelques minutes plus tard, les esprits s’échauffent et sur un ballon aérien, le français Camille est au duel avec l’ancien de Tenerife, Victor Casadesus.

Ils jouent tous les deux le ballon mais le latéral gauche formé au RC Lens, assène un coup de tête à la tempe du nouvel attaquant d’Alcorcon. Le joueur est KO. De suite, les soigneurs entrent sur la pelouse et on pense au pire tant le choc a été brutal. Finalement, Casadesus se relève mais finira sa nuit en observation à l’Hôpital de la Candelaria. Nous sommes à 5 minutes de la pause et le jeu proposé n’est ni d’une grande intensité, ni d’un grand niveau technique. L’arbitre renvoie tout le monde aux vestiaires et le stade se met à gronder. Le président Concepcion en prend pour son grade avec des insultes qui partent de part et d’autre des travées. Les chicharreros sont abattus à l’image des joueurs qui rentrent tête basse et le regard dans le vide. A ce moment précis, Tenerife est au plus mal, et on se remémore les pires moments et le passage en Segunda B d’il y a quelques saisons, un désastre économique pour le club et l’île.

2ème mi-temps : Malbasic le détonateur, Milla le chef d’orchestre

Frente Blanquiazul

Au retour des vestiaires, peu de monde dans le stade croit à une remontada. On se demande surtout comment Tenerife va pouvoir survivre dans cette division avec de telles prestations. Les joueurs blanquiazules refoulent la pelouse ensemble et ce, 3 minutes avant les joueurs d’Alcorcon. Personne n’était dans le sacro-saint vestiaire chicharrero à la mi-temps mais on peut percevoir la gueulante qu’a dû souffler Oltra envers  ses joueurs quand on regarde la détermination sur le visage de ces derniers. La deuxième mi-temps repart sur les mêmes bases, et ce sont les visiteurs qui vendangent par Muñoz, une occasion nette devant le but : une frappe à 3 mètres des buts qui finit en tribune. Le tournant du match est le remplacement de Nano par Malbasic. Ce dernier insuffle un élan offensif et des solutions entre les lignes. 5 minutes plus tard, Milla à la baguette distille les passes et trouve le serbe. Ce dernier arrive à se retourner et pénétrer dans la surface puis trompe le gardien adverse. Tenerife revient au score.

La machine est lancée et le club local pousse. Luis Pérez est projeté au sol et se blesse à l’épaule. Oltra fait un changement offensif en remplaçant son latéral  par un ailier : Tyronne, qui n’avait pas encore pu s’exprimer cette saison. Tenerife joue désormais en 3-4-3. 85ème minute, faute à 25 mètres des buts d’Alcorcon. Luis Milla pose le ballon, enroule sa frappe et trouve la lucarne adverse. Le stade est en fusion. Le sourire est de retour sur les visages chicharreros. Bizarrement, tout l’aficion croit à la victoire tant Tenerife a le vent en poupe. On joue les dernières minutes du temps réglementaire et Malbasic se joue de la défense d’Alcorcon, tire, le gardien dévie mais Naranjo pousse le ballon dans le buts. INCROYABLE !!!! 3-2 !!! REMONTADA !!!! Tous les supporters en tribunes exultent et se congratulent. Beaucoup soufflent… En se disant que Tenerife n’est pas passé loin du précipice. L’arbitre indique 5 minutes de temps additionnel, l’atmosphère est irrespirable. Les dernières minutes sont un supplice mais l’équipe fait bloc et chaque joueur compense les erreurs de ses coéquipiers. Ce qui est un fait rare dans ces deux premiers mois de compétition. Le coup de sifflet final libère tout un stade, toute une ville, toute une île. Pourtant après les applaudissements, les « Concepcion demision!!! » tombent des tribunes.

Tout un symbole car malgré un retour incroyable et une sortie de la zone de relégation, c’est l’amertume envers le président qui s’exprime. Amertume qui semble signifier la future fin de la présidence Concepcion et ses nombreux mauvais choix depuis plus d’une décennie. Cette remontada marque un tournant pour l’équipe. Cette victoire a formé un groupe, une unité et une grinta retrouvée. Un match qui sera peut-être la clé d’une possible bonne poursuite de saison. Le temps nous le dira. Toutefois, le climat dans les prochains jours sera plus serein pour Oltra et son staff. Pour Alcorcon, cette défaite est un coup d’arrêt mais n’a pas affecté l’équipe. C’était surtout l’état de santé de leur coéquipier Casadesus qui inquiétait. Mais les nouvelles en fin de soirée étaient rassurantes.

Le retour au parking est en descente et doit se faire en moins de 15 minutes… Toutefois, il est 21:15, on a faim, on a soif et on doit fêter ça… On taira la suite.

Par Jé Pintio (@JePintio)

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