Barça : l’évolution sans révolution, chronique d’une déception

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Le nouveau visage du FC Barcelone se dévoile petit à petit. Triste et sans idée, le football blaugrana peine à renouer avec sa gloire passée. Incapable de s’adapter par rapport à l’évolution du football, le Barça n’est plus ce qu’il était mais tente quand même de revenir à son meilleur niveau. De Pep Gardiola à Valverde, de la frénésie au milieu de terrain à une véritable panne sèche, pourquoi le Barça peine à avancer ? Explications et analyses.

Certains éléments actuels de l’équipes comme Gerard Piqué, Sergi Roberto, Sergio Busquets, Andrés Iniesta ou Lionel Messi ont appris depuis les catégories de jeunes à procéder d’une même façon sur le terrain. Ils ont assimilé comment gagner des mètres en se passant le ballon afin ensuite de faire la différence devant le but adverse. L’apogée de ce registre de jeu a bien sûr été atteint sous la direction du maestro Pep Guardiola.

By Christopher Johnson CC BY-SA 2.0

 

Pep a repris de nombreux principes de la philosophie de Johan Cruyff. Il a instauré un système de passes qui permettait de maîtriser le génie de la position de Xavi et permettait au Barça de dominer tout le terrain en contrôlant le ballon et en manipulant l’espace. Des qualités de véritable métronome, cette tour de contrôle qui fait tant défaut aujourd’hui aux Blaugrana. Plus les années passent, plus la domination devient inégale au milieu de terrain.

Equipe type Barça saison 2010/2011

Equipe type Barça 2011/2012

Sous Tito Vilanova, et son 4-3-3 avec faux 9, tout passait également par un contrôle au milieu de terrain. Cette fois grâce à un joueur Sergio Busquets. Busquets a été la clé, le milieu de terrain d’ancrage et le cœur de l’équipe dont le rôle de meneur de jeu a augmenté en raison du déclin croissant de Xavi et Dani Alves. Si le malheur des uns fait le bonheur des autres, pour le Barça les choses ne sont pas déroulées comme prévues. Xavi blessé à de nombreuses reprises et l’absence de Tito Vilanova pendant la majeure partie de la saison en raison de son traitement contre le cancer ne sont pas venus arranger les affaires des Catalans qui n’auront seulement réussi à gagner seulement la Liga avec une mention spéciale néanmoins de 100 points.

C’était au tour de Tata Martino de prendre le contrôle. Si il avait décidé de ne pas toucher au 4-3-3, le jeu était cependant plus direct, privilégiant la verticalité et la rapidité. Mais la perte de contrôle (en grande partie parce que Xavi était plus âgé et ne pouvait plus contrôler seul le jeu) laissait présager le début des ennuis en réalité pour le Barça.

Equipe type Barça 2013/2014

Tata Martino avait pourtant trouver la combine pour cacher la future misère et avancer. Neymar replacé à droite et Andrés Iniesta à la gauche, donnant cinq corps à Barcelone au milieu du terrain apportait beaucoup plus de contrôle et de sécurité. Iniesta se mettait au même diapason que Messi et soulageait Xavi. Des choix ambitieux … peut-être trop. L’attaque devenu trop faible, le jeu de FC Barcelone devint stérile. Les Blaugrana de Tata terminaient leur saison sans trophée majeur.

L’ère de Luis Enrique était alors venue avec celle de la MSN. Les tâches de chef d’orchestre de Xavi étaient alors partagées par Busquets, Iniesta et le petit nouveau Ivan Rakitic. Exit le faux 9 après de mauvais résultats, bonjour la MSN, le trio le plus dévastateur que le monde du football moderne ait jamais connu. Contrairement à Guardiola qui renouvelait sans cesse les choses, Lucho laissait les choses évoluer naturellement sur le terrain. Le jeu direct était encore à l’ordre du jour. L’absence d’évolution tactique (Luis Enrique a choisi de ne pas remplacer le rôle de milieu de terrain orchestré par Xavi, permettant à Busquets, Iniesta et Messi de continuer à prendre le relais) ne semblait apparemment pas être un problème, car l’équipe continuait de l’emporter.

Equipe type Barça 2015/2016

Même si Iniesta au milieu brillait comme à son habitude, Luis Enrique avait choisi de ne pas chercher un nouveau milieu de terrain créatif, un nouveau maestro. Mais cette fois, avec Iniesta sensiblement plus âgé et Ivan Rakitic semblant perdu sans le pouvoir de mise en balance de Dani Alves (Sergi Roberto pour le remplacé au lieu de faire son véritable travail au milieu de terrain) a imposé à Leo Messi une charge inégalée. Le contrôle finissait par leur échapper, l’équipe devenait Messi dépendante.

Valverde ou comme un air de Lucho

Le jeu et l’identité du Barça disparaissent alors peu à peu. La mission de Valverde à son arrivée était claire. Celle de faire table rase du passé et de trouver de nouvelles tactiques. L’ère du 4-3-3 était révolue laissant sa place à un 4-4-2 d’apparence plus solide. La gestion comme nouveau mot d’ordre à la place de la verticalité. Défense solide, Umtiti et Nelson Semedo ont su tirer leurs épingles du jeu. Il aura fallu patienter presque six ans, depuis la saison 2012/13 pour retrouver de bonnes sensations au poste de latéral droit. En attaque, Ousmane Dembélé malgré ses blessures apporte les frissons et la surprise dans l’attaque catalane. Mais quant est-il au milieu de terrain ? Avec Philippe Coutinho et Arthur les ambitions sont là. L’un pour palier à l’absence d’Iniesta, l’autre pour orchestrer le milieu de terrain comme Xavi jadis. L’ambition, mot qui semblerait pourtant absent du langage du coach basque. Valverde peine à intégrer les recrues et à trouver une nouvelle et solide idée de jeu.

Equipe type Barça 2017/2018

Les hommes changent mais pas les mauvaises habitudes. L’ère de Valverde n’est pas si différente de celle de Luis Enrique. Les entraîneurs partagent la même philosophie. Une philosophie de jeu où le jeu n’existe pas. Seul prime les résultats, un schéma où les performances individuelles priment sur le collectif. L’équipe blaugrana est plus que jamais dépendante de Messi, le reste de l’effectif vieillissant à l’image de Piqué et où l’ombre des légendes passées surtout au milieu de terrain planent encore sur les terrains. Le jeu du Barça est devenu pauvre, ennuyeux. Le toucher, la possession, la circulation et le jeu exaltant ne sont plus que des souvenirs.

Pourtant, certains matchs, comme celui face à Huesca et la victoire écrasante du Barça 8-2, ou la récente rencontre à Wembley contre Tottenham (2-4) laissent présager un avenir plus radieux. Celle de l’imprévisibilité, de joueurs capables casser des lignes, de jouer vers l’avant, de donner le tempo. Une alliance nouvelle et forte entre l’attaque et le milieu de terrain avec un duo Messi/Coutinho capable de faire vaciller leurs adversaires. Mais encore faut-il instaurer la concurrence, prendre des risques et surtout penser à l’avenir.

Principes de base

Certes il est sain de se débarrasser de ses mauvaises habitudes, d’évoluer. Encore ne faut-il pas oublier ce qui fait sa force et oublier ses valeurs. Car pour évoluer il faut des bases. En reste t-il encore FC Barcelone ? L’effectif, la tactique, le jeu tout reste encore possible. Mais pour rendre la chose envisageable il faut se renforcer, trouver les bonnes recrues. Mais c’est bien connu, quand on est habitué à de la top qualité, à de bonnes choses, il est difficile d’envisager un avenir autrement et avec du moins bons. L’exigence et l’ambition sont deux notions à doubles tranchants.

Soccer Football – La Liga Santander – FC Barcelona v Girona – Camp Nou, Barcelona, Spain – September 23, 2018 Barcelona coach Ernesto Valverde REUTERS/Albert Gea

Si le Barça a oublié que le jeu ne se fondait pas sur l’attaque mais se créer au milieu, le chasse gardée des bons résultats, la défense a été aussi mise de côté. Lenglet a fait son apparition, mais au poste de latéral gauche, le banc reste encore bien vide. Mercato pris à légère ou non, fautes de moyens ou pas, une solution existe pourtant, à tous les postes, grâce au centre de formation. La Masia a contribué à écrire la légende du Barça et à construire ses valeurs. Mais ces joueurs attendent encore leur tour.

De Bojan et Cuenca (pour les passages presque éclairs) à Fabregas et Sergio Busquets venu faire de l’ombre à Touré grâce à Pep en passant par Aleñà pour Luis Enrique, tous ont essayé d’intégrer les jeunes canteranos. Sauf un. En prévision de la finale de la Coupe du Roi face à Séville le, Ernesto Valverde a décidé de laisser ses cadres au repos et a aligné un onze qui ne comptait aucun joueur formé à la Masia, le centre de formation du Barça, une première depuis une triste rencontre face à Bilbao le 6 avril 2002 sous les ordres de Carles Rexach.

Avec ou sans canteranos le Barça ne séduit plus. Actuel premier de la Liga, les Blaugrana sont leader mais disposent du nombre le plus faible de points après 7 journée depuis le début de l’avènement de la victoire à trois points et donc depuis la saison 1995/96. Le « Mes que un club » est encore à reconstruire.

Soledad Arque-Vazquez
@solearquev

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