Real Madrid 0 – 0 Atlético – Jeunesse au pouvoir et évolution des styles de jeu : que retenir de cet eterno derbi ?

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Pour le compte de cette 7e journée d’une Liga déjà très tendue, le Real Madrid et l’Atlético se sont tenus en respect à Santiago-Bernabéu. Dans un match où chacune des deux formations aura dominé une mi-temps, ce résultat n’arrange personne. Si les deux équipes sont encore en rodage, plusieurs séquences ont dit beaucoup sur les évolutions tactiques amorcées par les deux rivaux madrilènes. Explications. 

Cet eterno derbi a été de piètre qualité, c’est un fait indéniable. Les deux formations tardent à trouver leur rythme et survivent en ce début de saison grâce à leur supériorité technique. Sauf que dans un choc de cette envergure, où le niveau est homogène partout sur le terrain, il en faut plus pour permettre au Real Madrid ou à l’Atleti de prendre l’avantage. Samedi soir, il n’y a rien eu de tout ça. Les rivaux se sont neutralisés mais des pistes d’évolutions tactiques ont été observées.

Trois hommes se sont démarqués, deux Indios et un Vikingo : Thomas Lemar,Rodri et Dani Ceballos. Retour sur leur prestation et sur ce qu’ils ont apporté à leurs formations.

Rodri, la sentinelle d’un 4-4-2 à plat

La Heatmap de Rodri. Crédits : WhoScored

Le transfuge de Villarreal est un homme de base de l’Atleti en ce début de saison malgré les difficultés qu’ont traditionnellement les recrues au moment de se fondre dans le moule rigoriste du Cholismo. Habitué à jouer en sentinelle avec le Submarino Amarillo, l’ancien de la cantera colchonera est encore en phase d’apprentissage. Mais qu’est-ce qu’il apprend vite ! Rodri est la clé qui doit permettre à Diego Simeone de faire évoluer le jeu offensif de son équipe, c’est-à-dire d’une équipe qui explose en contre à une équipe qui sait jouer et attaquer les petits espaces.

C’est là que la sentinelle Rodri entre en jeu. A plusieurs reprises, surtout en première mi-temps, celle que les Colchoneros ont dominé, il s’est retrouvé en position de sentinelle. Que ce soit dans la moitié de terrain adverse ou dans la sienne, le milieu récupérateur était seul face au jeu. Dans de telles dispositions, il a pu claquer de très bonnes passes et trouver des décalages. Des séquences de jeu qui montrent bien que l’Atleti a l’ambition de changer son jeu.

Sans se déplacer, Rodri va solliciter, attirer 3 adversaires pour ensuite faire un une-deux et se retrouver face au jeu, libre de tout marquage.

Devenue une des équipes qui relance le plus souvent à terre, l’Atleti a donc de nouveaux besoins. Finis les longs ballons pour trouver un pivot puis un ailier pour déborder. Désormais, les Indios ont besoin d’une plaque tournante qui va se démarquer pour proposer une solution de sortie de balle courte aux défenseurs. Souvent sur ce match et plus largement depuis le début de saison, Rodri glisse soit entre les centraux pour apporter un surnombre à la relance ou bouge entre les attaquants qui pressent pour apporter des solutions. Des choses qu’on ne voyait jamais il y a encore peu à l’Atlético.

Thomas Lemar, plus qu’un milieu excentré

C’est encore une fois un nouvel arrivant qui s’est illustré côté Atleti. Rodri a solutionné bien des problèmes à la sortie de balle des Colchoneros mais devant Lemar a aussi fait le travail. On l’a bien compris, le Cholismo est en train d’évoluer pour se doter de nouvelles armes et être capable d’attaquer des blocs bas et bien en place. Après avoir mis en place sa sentinelle et fait évoluer son milieu, le déplacement des hommes devant a changer également.

La nouvelle disposition de l’Atleti, Rodri (rond) en retrait, qui dicte le jeu, Lemar (rectangle) qui propose une solution dans l’axe et Saul (polygone) à l’extérieur pour étirer le bloc.

Pendant longtemps, le jeu de l’Atleti offensif a reposé essentiellement sur la capacité d’élimination de ses ailiers et surtout dans de grands espaces. Maintenant les adversaires de Simeone tentent de trouver la parade en laissant des latéraux bas et en se livrant pas trop en phase de construction. Pour attaquer ces blocs regroupés et sans espaces, le Cholo a trouvé la clé la saison dernière en alignant 4 milieux centraux pour permettre de redoubler les passes et s’ouvrir des espaces.

Cette saison, la donne a évolué avec l’arrivée de Lemar, n ailier de formation complet, capable de faire la différence aussi bien par la passe que par le dribble et doté d’une bonne frappe de balle comme on a pu le voir à Getafe la semaine dernière. Ce profil, le Cholo l’intercale entre les lignes, dans le half-space. Contrairement au côté opposé où Saul Ñíguez colle bien plus la ligne, Lemar s’intercale dans l’espace et progresse vers l’avant. Souvent même il se sert de l’appel de son latéral pour avancer vers la cage adverse pour armer une frappe ou trouver un attaquant lancé.

Exempté dans l’ensemble de travail défensif, il confirme le passage du 4-4-2 à plat en phase défensive à une 4-3-3 en phase offensive pour les Indios. Lemar agit clairement comme un ailier pur et non comme un milieu latéral qui doit aussi bien travailler offensivement que défensivement. Le seul bémol, c’est que les deux seules situations dangereuses claires de l’Atleti ont été sur de longs ballons dans le dos de la défense. Les idées sont là mais leur application n’est pas complètement effective.

Dani Ceballos, la solution aux problèmes du Real Madrid ?

Privé d’Isco (il a été opéré de l’appendicite à quelques jours du derbi, ndlr), le Real Madrid a bafouillé son football durant toute la première mi-temps. Le changement est un coup forcé par la blessure de Gareth Bale qui a dû sortir à la pause. L’entrée de Dani Ceballos a permis aux Vikingos de reprendre le contrôle du match durant toute la deuxième mi-temps. C’est lui qui a permis de résoudre l’énorme problème de création offensive dans le camp adverse.

Durant une grosse demi-heure, on a vu un Real Madrid incapable d’être dangereux. La raison est simple :  personne ne faisait le lien entre le milieu et l’attaque. On l’a vu durant de longues séquences avec le Real de Zidane, disposé en U, faisant tourner le ballon sans chercher à créer du danger et se reposant essentiellement sur les transversales de Sergio Ramos, orfèvre en la matière. Face à une équipe qui adore ce genre de match, le Casa Blanca a patiné.

L’absence d’Isco s’est faite largement ressentir. Son remplaçant dans l’animation Marco Asensio n’a jamais conduit le jeu balle au pied et tenter de trouver un point d’appui ou provoquer dans l’axe. Se contentant de coller la ligne, c’est Luka Modric qui a dû attaquer le vide au milieu de terrain. Une situation intenable pour le Real Madrid, la présence du Croate étant vitale dans les sorties de balle des Merengues.

Ceballos, sur un côté mais regardant vers l’intérieur, corps orienté vers celui-ci qui va solliciter un une-deux et rentrer dans l’axe

A la mi-temps, certes « aidé » par la blessure de Bale, Julen Lopetegui a une vision. Ceballos a le profil parfait pour permettre au Real Madrid de mieux tenir le cuir et surtout de le faire vivre. C’est que fait Isco car même si, bien souvent, il fait deux ou trois touches de trop, il permet au cuir de vivre au sol. Aligné sur la droite, l’ancien du Betis a été très bon parce qu’il a toujours recherché l’axe. Que ce soit par le dribble ou la passe, il a comblé ce vide. En plus, il nous a gratifié du type d’action qu’adore Isco : prendre le ballon sur le côté, redoubler les passes pour ensuite attaquer l’axe et toucher l’autre côté au sol. Le Real de Lopetegui a réellement besoin d’un numéro 10 pour guider le jeu.

Ce match n’aura pas été le plus plaisant pour les supporters et les téléspectateurs mais il aura fortement servi aux deux coachs. Real Madrid et Atlético sont dans une situation identique, avec le besoin de faire évoluer leur jeu même si les raisons différent. La Casa Blanca doit apprendre à vive sans Cristiano Ronaldo et sans canarder la surface et l’Atleti doit apprendre à faire le jeu comme la grande équipe qu’elle est. Pour remédier à cela, c’est vers la jeunesse que Lopetegui et Simeone vont se tourner et cette amorce est déjà notoire. Ces promesses ont montré qu’elles savent être au niveau dans les grandes rencontres. Il n’y a pas eu de gagnant dans ce match mais il y a eu des satisfactions des deux cotés.

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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