Rodrigo Moreno : un joyau révélé sur le tard

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Cet été, le nom de Rodrigo a souvent été lié à celui du Real Madrid, et pour cause, Lopetegui fait partie des nombreuses personnes tombées sous le charme de l’attaquant brésilo-espagnol. Malgré ces rumeurs insistantes, Rodrigo est toujours joueur ché. Retour sur le parcours d’un joueur qui a pris son temps avant de se révéler définitivement aux yeux de tous.

L’histoire commence au Brésil un jour de mars 1991 lorsque le petit Rodrigo Machado Moreno voit le jour. Vu son ADN et son entourage familial (son père a porté la vareuse du Flamengo et son tonton n’est autre que le père de la fratrie Alcantara), le gamin ne voit qu’un seul avenir devant lui : le football. Du Brésil, il ne restera que son origine puisqu’à l’âge de 11 ans, Rodrigo et sa famille traversent l’Atlantique et s’en vont rejoindre en Galice tonton Mazinho, alors au Celta Vigo. Rodrigo fait alors ses classes dans la région et devient finalement professionnel lors de son arrivée au Vigo à 17 piges. Il n’aura le temps de porter la vareuse des jeunes du Vigo qu’une seule petite, saison en 2008 – moment où le Celta possède sans encore le savoir encore dans ses rangs trois futurs attaquants internationaux espagnols (Diego Costa, Iago Aspas et Rodrigo donc). Les prestations du jeunot tapent rapidement dans l’œil des scouts du Real Madrid, qui débourse sans plus tarder quelque 300.000€ pour acquérir le jeune buteur.

L’impressionnante armada offensive du Vigo toutes catégories d’âges confondues lors de la saison 2007-2008 / Crédits montage : lavozdegalicia.es

Une éclosion retardée

Comme à l’accoutumée dans ces cas-là, Rodrigo intègre aussitôt la Castilla, où il ne restera pas non plus très longtemps puisque son extrême polyvalence pousse les dirigeants du Benfica à l’acheter, nous sommes alors à l’été 2010. À peine arrivé au Portugal, le cousin de Thiago et de Rafinha fait ses valises pour la région de Manchester, à Bolton plus précisément. Là, il rencontre Marcos Alonso, maintenant à Chelsea, qui vient d’arriver du Real Madrid. Lors de cette saison, Bolton se maintient, mais pas vraiment grâce aux qualités de Rodrigo, lequel n’aura inscrit qu’un seul et maigre but en 21 rencontres et environ 70 minutes jouées. Le joueur rentre donc tout penaud au Portugal, où, il le sait, il devra s’imposer s’il ne veut pas que sa carrière ne fasse du surplace.

Il suffira de trois saisons (de 2011 à 2014) pour que sa polyvalence et sa régularité fassent craquer les aigles de Lisbonne (45 goals toutes compétitions confondues, 16 la première, 11 la seconde et 18 la troisième, contribuant ainsi au sacre national du Benfica). Ses performances lui ouvrent également les portes de la sélection U21 espagnole avec laquelle il remportera l’Euro 2013 sous les ordres de… Julen Lopetegui. Il rejoint ensuite Valence sous forme de prêt à l’été 2014.

Rodrigo célébrant son but contre le FC Barcelone en novembre 2017 avec la fameuse perruque du alors regretté Jaime Orti Ruiz, ancien président à succès du club entre 2001 et 2004. / Crédits photo : Alberto Iranzo (AS)

Sa première saison à Mestalla est collectivement excellente (Valence finit quatrième et retrouve ainsi la Champions) mais demeure individuellement moyenne, avec au compteur seulement 4 goals et autant d’assists en 32 rencontres. Revigoré par le retour de la Coupe aux grandes oreilles, Valence se permet à l’été 2015 quelques douces folies estivales et officialise enfin l’arrivée définitive de Rodrigo (ainsi que celle d’André Gomes) grâce notamment au Fonds de financement Holding Meriton de Peter Lim. Malgré tout, les deux prochaines saisons seront chaotiques. Valence finira par deux fois dans le ventre mou (11’ en 15/16 et 12 ‘ en 16/17) et connaitra une valse quasi sans fin d’entraineurs (Nuno, Neville, Pako, Voro, Prandelli et encore Voro pour jouer les pompiers de service). Le niveau de Rodrigo s’en ressent fatalement, aucune grosse progression n’est à observer. Ses stats toutefois correctes pour une équipe malade (15 goals en deux saisons) font de lui un bon joueur (il est très à l’aise balle au pied, le jeu sans ballon est intéressant) mais pas assez affûté. Mais arriva la saison 2017-2018.

Marcelino pour se remettre à l’endroit et confirmer

L’arrivée de Marcelino et d’Alemany au club permet de momentanément remettre le club sur pied (Valence doit confirmer cette saison sous peine de replonger dans ses travers). Le club attire dorénavant des joueurs connus, mais qui ont soif de revanche après des passages difficiles. Comme par magie, Rodrigo Machado Moreno retrouve sa forme portugaise notamment en compagnie de Zaza avec qui il forme un duo complémentaire ; ses appels sont tranchants et imprévisibles, ses contrôles orientés magnifiquement efficaces et son sens du but est aiguisé. Rodrigo excelle et fait parler de lui. L’équipe devient même tributaire de son attaquant en ce qui concerne la créativité tant il redescend intelligemment et arrive à ouvrir le jeu tel un numéro 8. Et cette hausse de niveau se traduit vite par des chiffres : 16 goals et 7 assists rien qu’en Liga. Cette saison, Valence ne tourne pas encore bien et n’affiche que 3 points en 4 rencontres. Veuf de Simone qui lui rendait de très grand service dans son rôle de point d’appui, Rodrigo doit encore trouver ses marques avec ses nouveaux compères aux profils différents dans une équipe où pour le moment quasiment rien ne fonctionne. Rodrigo est extrêmement influent sur la pelouse, mais ne peut tout simplement pas porter toute une équipe sur ses seules épaules.

Les cousins Moreno et Alcantara jubilant ensemble sous le maillot espagnol (septembre 2018) / via Twitter @Thiago6

Bien que ce soit Del Bosque qu’il lui ait ouvert en premier les portes de la Roja en 2014, c’est bien Julen Lopetegui qui l’installe de manière assez définitive dans la sélection hispanique. Sans le divorce tragi-comique de son mentor à la tête de la Roja à quelques heures à peine du lancement de la Coupe du monde 2018, il est fort à parier que Rodrigo aurait joui d’une place de titulaire ou du moins d’une plus grande importance durant le tournoi. Mais bonne nouvelle pour lui, Valverde semble lui aussi être tombé sous le charme de l’attaquant de dorénavant 27 ans. Rodrigo a mis du temps pour s’affirmer au très haut niveau, mais son style de jeu à mi-temps entre l’élégance et la folie brésilienne ne cesse de charmer les supporters ché. Et quand à cela s’ajoutent un amour et une loyauté indéfectibles pour son club – même lorsque des cadors s’intéressent à lui -, on comprend mieux pourquoi il est le joueur le plus apprécié dans les travées de Mestalla.

Valencia Sports 

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