Alaves-Getafe : la représentation de l’apport du Cholismo en Liga.

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Depuis son arrivée en 2011 sur le banc de l’Atleti, l’argentin Diego Simeone a permis à tout un groupe d’entraîneurs d’assumer leurs visions du football bien différente de celle portée, par Pep par exemple. Pour le compte de cette 6e journée, deux des entraîneurs qui sont les plus fervents représentants de l’impact du Cholismo en Liga s’affrontent. Abelardo et Bordalas vont se faire face dans un match qui va sentir bon le 4-4-2 et la sueur.

Pourtant Abelardo et Bordalas n’ont pas grand chose en commun que ce soit au niveau du passif en tant que joueur ou sur un banc. Le premier, l’Asturien est viscéralement attaché au Sporting Gijon son club de cœur avec lequel il a débuté en tant que joueur et manager. Abelardo a rempli son armoire à trophée avec le Barça et a porté de nombreuses fois le maillot de la Roja, une carrière excellente en tant que joueur et fortement prometteuse sur un banc. Il a raccroché les crampons à Alaves avant que le club basque ne devienne sa deuxième mission en tant que coach. Habitué aux missions suicides que ce soit avec des ressources limitées à Gijon ou dans une spirale très négative avec Alaves, le Pitu a toujours eu des résultats plus que satisfaisant.

«J’aime être dans la moitié adverse et créer du danger. A quoi bon faire 30 touches dans votre camp sans faire de progrès? Je suis fan de Cruyff. La longue possession a été confondue avec un bon football et je ne la partage pas du tout en respectant tout le monde.  » Bordalas tout de même plus Choliste que Cruyffista.

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Contrairement à Abelardo, Bordalas n’est pas un nouveau dans le circuit. Sur un banc depuis plus de 25 ans après une carrière de joueur amateur arrêté à cause d’un genou trop fragile, il a écumé les petites divisions espagnoles dans le costume du coach. Ils ont cependant une expérience similaire en Liga, avec un léger avantage pour Abelardo.

Une animation défensive construite autour d’un carré

Depuis qu’ils sont coach, leurs systèmes de bases n’ont pas franchement évolués. Bien qu’ils avouent essayer de s’appuyer sur les forces et les faiblesses de leur joueurs, le projet est souvent simple à la base : un 4-4-2 à plat qui peut devenir un 4-2-4 si besoin. Mais encore plus que le système, c’est dans le choix des hommes que les philosophies d’Abelardo et Bordalas se rapprochent du Cholo.

Au milieu, on veut des joueurs rugueux, là pour détruire au maximum les offensives adverses tout en prenant le dessus physiquement. Quand le Cholo avait sa doublette Thiago-Gabi, Bordalas a son Bergara-Arrambarri et Abelardo son Manu Garcia-Pina. Ce milieu travailleur va être associé à deux défenseurs bien dotés par la nature qui ne seront pas trop exposés mais devront être solide dans les duels aériens. Ce milieu peut être agrémenté d’un joueur plus technique et offensif. Fajr ou encore Shibasiki ont eu du temps de jeu dans le coeur du jeu des Azulones la saison dernière alors que ce sont des joueurs habitués à être plus haut sur un terrain.

C’est une des maximes principales du Cholismo, les ailes sont les endroits les plus exposés parce que l’axe doit être protégé coûte que coûte. Tout d’abord parce que la ligne de touche agit comme un défenseur en facilitant la prise en 1vs1 et aussi parce que les ailiers et les latéraux sont bien souvent très haut sur le terrain pour créer offensivement. En suivant cette logique, les centraux seront bombardés de centres et devront être souverain dans les airs. Getafe est devenu la 3e meilleure défense de Liga en suivant ces préceptes à la lettre.

Des ailiers fort en un contre un et un pivot de qualité

Après avoir posé ce carré défensif qui structure l’animation de l’équipe, portons nos yeux sur le côté offensif du Cholismo. Bien que l’Atleti ait évolué ces derniers mois pour devenir une équipe qui sait vivre et créer avec le ballon, Simeone a construit ses succès en maximisant son faible pourcentage de possession du ballon. Getafe est par exemple une des équipes qui a le moins de possession de balle en Liga, et une des équipes qui le moins de temps de jeu effectif.

Crédits : Marca

Pour créer, l’idée est simple, balancer le cuir vers Molina, qui doit jouer des coudes pour gagner ses duels aériens et trouver un ailier qui ira provoquer le latéral adverse. Bien souvent, ce genre d’action arrive après une perte haute de l’adversaire qui se sera découvert défensivement. Amath est le joueur qui doit être capable d’amener du danger par le dribble et la vitesse, comme Ibai à Alaves ou Halilovic à Gijon sous Abelardo. Ce joueur c’est YFC de la belle époque du Cholismo ou Correa cette saison. On ne fera pas plus Choliste que l’attaque John-Calleri des dernières sorties d’Alaves.

Le corps et l’esprit

On ne se prétend pas Choliste ou proche du Cholismo simplement avec un 4-4-2 fait de rigueur et de sueurs. Pour faire vivre cette philosophie il faut aussi une préparation mentale de haut vol. Souffrir durant de longues minutes, devoir coulisser avec toujours la même précision et multiplier les sprints pour attaquer les grands espaces : c’est éprouvant. Aucun joueur ou presque n’apprécie au départ ce genre de philosophie.

Pour cette raison, les entraîneurs qui réussissent avec une philosophie Choliste s’intéressent aussi bien à l’organisation tactique qu’à la préparation mentale et physique de leurs poulains. On ne reviendra pas sur la préparation physique du Cholo qui est mondialement connue. Celle de Bordalas l’est moins mais tout aussi redoutable. Comme Marcelino, l’actuel coach de Getafe est un maniaque du poids, il pèse régulièrement ses troupes et guettent leur état de fatigue générale. Pour être performant dans la philosophie de Bordalas ou Abelardo, il faut être à 100% physiquement. Un lien fort se crée entre Bordalas et ses joueurs qui par exemple sait rien: « qu’en les regardant dans les yeux, je sais comment si ils (ses joueurs) se sont reposés ».

«Quand il (Abelardo) est arrivé, il nous a dit que nous devions aller à la campagne pour profiter et faire ce que nous aimions. Cela nous a redonné confiance en nous » Ibai Gomez à El Mundo.

Cependant, être au top physique ne suffit pas. Les joueurs doivent être bien dans leurs têtes pour ne pas faire une erreur ou une approximation dans une lecture de trajectoire qui pourrait être fatale à un tout un bloc. Toute erreur se paye cash dans le football, mais c’est encore plus violent dans une approche où ton bloc est bas et exposé de longues minutes. Lors de sa prise de pouvoir à Alaves, dans un moment où le club basque était au plus mal, la première directive d’Abelardo est d’envoyer ses joueurs se ressourcer à la campagne pour se remettre d’aplomb.

Crédits : DiarioAs

Bordalas donne régulièrement des conseils sentimentales à ses joueurs, ou fait monter un Djene pas dans le coup au milieu pour lui permettre d’enchaîner tout en évitant que ses erreurs ne soient létales. Bordalas a une réelle emprise sur ses joueurs, qui l’admirent autant qu’ils le craignent, Juan Cala l’ancien défenseur de Getafe expliquait que quand il croisait le regard du natif d’Alicante, il avait peur de se faire frapper.

Le triomphe de Simeone et le changement de paradigme en Espagne

Cet article n’a pas vocation à expliquer que le Cholo a fait changer de méthodes certains coachs. C’est faux, il a toujours existé des entraîneurs à la méthode rigoureuse, on peut citer : Quique Sanchez Flores, Javier Clemente, Pepe Mel ou encore Lucas Alcaraz. Cependant depuis les succès du Cholo, quelque chose évolue très clairement en Espagne. Alors que durant longtemps les méthodes rigides étaient surtout appliqué dans les moments de grosses crises en attendant des jours meilleurs pour recommencer à développer du jeu, il existe maintenant comme un projet de jeu à part entière. Bordalas l’explique bien : « Après Pep, Cholo a montré que l’on peut gagner d’une autre manière ».

Cette nouvelle voie permet maintenant à des entraîneurs d’avoir des postes en Liga avec ce projet de jeu et avoir des investissements en conséquence. Bordalas qui était arrivé à Getafe pour sauver le club azulones d’une descente en D3, se bat maintenant pour une place en Europe avec un effectif construit pour permettre au Bordalismo d’atteindre sa pleine mesure. On passe clairement d’un style qui était passager à un projet construit autour de ce style.

« Les louanges l’emportent sur les critiques » Bordalas.

L’entraîneur qui a été nommé par ses collègues meilleurs entraîneurs de Liga la saison dernière a été adoubé par le Cholo, qui a jugé le Getafe de Bordalas  « difficile » et l’argentin a même rajouté : « Il (Bordalas) est un grand entraîneur, il l’a montré tout au long de sa carrière. Je ne doute pas que c’est le meilleur Getafe depuis que je suis à l’ Atletico , compétitive, querelleur, travailleur, intense, agressif, avec des concepts de jeu très clairs ».

Crédits : MundoDeportivo

Du côté d’Abelardo la filiation avec le Cholo semble moins assumée. Même si l’actuel coach d’Alaves a reconnu que Diego Simeone était « le miroir de beaucoup d’entraîneurs ». Pourtant dans le jeu c’est celui qui semble être le plus proche des préceptes portés par l’entraîneur argentin même si son passif est bien plus faible sur un banc. Depuis l’arrivée du 4-4-2 à Mendizorroza, Alaves est la 4e équipe en termes de point gagné avec 51 unités, derrière l’Atleti, le Real et le Barça mais devant Valence ou encore Seville.

Une richesse de plus pour la Liga

Cependant ces résultats excellent n’empêchent pas les critiques dans un pays où se mélange le jouer beau, le bien jouer et le football de possession. Portées par de nombreux éditorialistes, les critiques tombent régulièrement sur le football violent de Bordalas. Des critiques qui arrivent surtout quand l’équipe gagne, même si il est vrai que Getafe prends énormément de cartons réduire ce que réalise le Romain à Djéné qui prends des biscottes c’est de la paresse intellectuel. Tout comme réduire le travail du Pitu Abelado à Manu Garcia qui fait du trashtalk c’est stupide. Omettre toute la réflexion autour de ce football comme on le voit souvent est désespérant.

« Getafe est une équipe qui vous met mal à l’aise. » Ernesto Valverde après le 0-0 concédé face à Getafe la saison dernière, un des seuls matchs de la saison sans but pour les Blaugranas.

L’émergence de coach qui assume ce jouer bas, ce jouer rugueux à l’opposé de ce qu’on voit en Liga habituel est une chance pour ce championnat. Déjà connu pour son hétérogénéité tactique, qui n’est pas anodin dans la domination actuelle du football ibérique en Europe, avoir ce nouveau style de jeu un partout permet aux gros clubs d’avoir encore plus de match casse tête sur le plan tactique. Une richesse qu’on ne voit que trop peu en L1 par exemple et qui arrive à peine en PL.

Pour le compte de cette 6e journée, Getafe va donc se déplacer dans l’antre d’Alaves, ce duel ne va pas être le plus spectaculaire mais il peut permettre à Alaves de devenir le temps d’une soirée, le possible co-leader du championnat. Le Cholismo est en train d’évoluer, mais le tour de force de l’Argentin avec les Colchoneros est encore dans pas mal de tête. Un style qui n’a pas fini d’avoir des détracteurs mais qui aussi trouvé ses soutiens et ses portes paroles.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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