Roberto Trashorras : de la Masia au Rayo Vallecano, itinéraire d’un footballeur différent

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La vie de Trashorras ne ressemble en rien à une carrière de footballeur classique mais colle bien au bonhomme, sage, devenu adulte très tôt mais s’accomplissant très tard dans le football. Il a annoncé sa retraite timidement, sur les réseaux sociaux, s’avouant vaincu face à un football qui a pris son temps avant de le combler. Présentation d’un homme particulier, d’un footballeur d’un autre temps et d’un ancien camarade de chambrée de Puyol et Iniesta .

La vie se construit sur des opportunités et des rencontres. On peut détourner le regard ou saisir cette main tendue qui peut nous permettre de faire ce qu’on aime et changer de dimension. C’est un constat certes réducteur, mais c’est souvent ainsi que des jeunes hommes, s’amusant avec leurs potes dans la rue ou dans le club de leur quartier finissent footballeurs professionnels. Cette opportunité arrive à l’âge de 14 ans pour le petit Roberto. Alors dans son village de Galice, la famille Trashorras reçoit une proposition du Barça, pour envoyer l’apprenti footballeur dans la prestigieuse Masia. Vivant depuis enfant pour le ballon rond et rien que pour ça, ce fils de banquier et avec une maman femme au foyer ne peut pas refuser cette opportunité.

Crédits : Scoopnsport

Au Barça pour grandir en tant que footballeur mais surtout devenir un homme

Les débuts ne se passent pas très bien pour Trashorras dans la grande ville qu’est Barcelone. Habitué à une vie plus rurale, à hauteur d’homme on peut dire vu qu’il est natif de la plus petite ville de Galice : Rabade. Surtout qu’à cette époque, les téléphones portables n’existent pas. On doit passer par la ligne fixe pour pouvoir contacter les personnes loin et la file d’attente au centre de formation pour le téléphone est longue. Trashorras prend un coup derrière la tête, d’enfant il doit passer par la case adulte sans vraiment apprécier son adolescence. Ses compagnons de chambrée l’aident beaucoup : Puyol, Iniesta et un parrain un peu spécial motive tout ce petit monde : Pep Guardiola qui vient d’exploser en pro ou encore un certain Luis Enrique en pro très proche de Roberto.

“L’ancienne Masia était en plein centre de Barcelone, et seulement dans le quartier il y avait plus d’habitants que dans toute ma ville” Roberto Trashorras

Après six premiers mois vraiment compliqués, Trashorras reprend le dessus et commence à montrer de belles choses sur le pré. Positionné plutôt haut sur le terrain, en ailier régulièrement, il apprécie la richesse des entraînements. La méthode Cruyff est encore appliquée à la lettre, un 4-3-3 strict et une idée de jeu claire. Roberto est comme un éponge qui absorbe tout ce qu’il voit et entend dans cet univers très riche pour un esprit curieux. Il gravit les échelons en étant notamment un élément important du Barça B. Il jouera même quelques minutes en pro lors d’une défaite face au Celta Vigo en 2001 en remplaçant la légende Alfonso Perez -le monsieur du stade de Getafe- et quelques jours auparavant en remplaçant Luis Enrique lors d’un match européen. C’est le point culminant de sa carrière, il ne goûtera plus aux joies d’un match au plus haut niveau. L’arrivée d’un certain Ronaldinho “sur son poste” le condamne à un départ.

Un petit “Luis Figo”

Malgré le peu de minutes avec l’équipe fanion du Barça, Trashorras est courtisé. Solide joueur du petit Barça, il est notamment en contact avec Boca Juniors. Surtout que son style rappelle un légendaire ancien du club, Juan Sebastian Veron. À l’époque, surtout pour sa manière de manier le ballon, de se mouvoir et sa grande taille on le surnomme “La Brujita del Mini” comme la légende argentine. Malgré cette approche prestigieuse, le Galicien refuse et veut rester en Espagne. D’autres clubs de Liga et Segunda le contactent mais il fait un choix particulier : rejoindre la filiale du Real.

Crédits : VozDeGalicia

“Mais peut-être que je n’aurais pas dû le faire (signer au Real NDLR). Tout était bons mots et promesses de promotion de Jorge Valdano et Florentino Pérez …, mais rien n’est venu” Roberto Trashorras, amer.

Ce petit “Luis Figo” interroge. Trashorras a alors 22 ans, un âge où un footballeur aspire à avoir du temps de jeu en équipe première et à se faire un nom au plus haut niveau, mais lui rejoint la filiale d’un club qui fait encore moins confiance à ses jeunes que le Barça. Lui même expliquera qu’il a du mal à comprendre pourquoi il a fait ce choix. La peur de ne pas être au niveau ? La sécurité d’un grand club et d’installations de très haut niveau ? Personne ne le sait. Sauf que 2 ans après son arrivée il affiche 0 apparition avec l’équipe fanion, mais une réputation encore renforcée en D2/D3. En plus de cette réputation très bonne et des 200 matchs pro joués, Trashorras est redescendu d’un cran au Real. Plutôt ailier en Catalogne, au Real on le met dans le cœur du jeu. Une position qui convient beaucoup plus à son style et ses qualités physiques, Trashorras est un lent qui pense vite. Avoir le jeu devant lui permet d’être plus décisif, c’est lui qui fait la passe et non plus lui qui court après le ballon. Cependant, malgré 70 matchs avec la Castilla et ce nouveau poste, il est temps de quitter (enfin) le cocon.

Fin connaisseur de la Segunda

Trashorras s’envole alors pour Soria et son club de Numancia. C’est le pire moment de la carrière de Roberto, il le dit lui même dans la “Sibérie” espagnole. Alors en Segunda, rien ne va du début à la fin et il ne dispute que 12 matchs cette saison. Pas à l’aise dans le jeu ni dans la ville, il plie de nouveau bagage. Il reste en Segunda mais s’exile à Gran Canaria en signant à Las Palmas. Il retrouve des couleurs, la chaleur et surtout des sensations sur le pré. Avec près de 60 matchs en 2 ans, et même si les résultats du club ne sont pas mirobolants, les prestations individuelles de Roberto sont bonnes. Sa côte ne fait que grimper, mais Trashorras n’accepte pas d’offre de clubs de Liga pour rejoindre sa Galice natale et le Celta Vigo en Segunda, encore.

“Je pense que si un amateur de foot paye une entrée, il faut rendre cet argent, ce désir et cet enthousiasme avec un “bon” football… et puis le résultat est une conséquence de ce que vous faites. J’aime bien jouer au football et quand je le vois, ce que je demande est la même chose.” Roberto Trashorras aime une certaine idée du foot.

C’est l’aboutissement pour lui. Le milieu de terrain devient un incontournable. En plus d’aligner les prestations excellentes dans le cœur du jeu, il fait trembler les filets régulièrement et sera de l’épopée folle du club alors en D2 jusqu’en quart de finale de Copa del Rey. Trashorras approche la trentaine et semble enfin prendre du plaisir dans un club et dans le jeu. Ce niveau le rapproche de plus en plus de la Liga.

Crédits : VozDeGalicia

Une (re)découverte de la Liga à 30 ans

Trashorras surprend une nouvelle fois son monde en signant au Rayo Vallecano. Ce club si particulier, -presque- digne représentant du football d’antan ancré dans un quartier de Madrid aussi peuplé qu’une ville, très à gauche et plutôt défavorisé. Roberto ouvre donc sa troisième décennie de vie en découvrant la Liga après ses quelques minutes avec le Barça, il y’a de ça une éternité. Avec Sandoval, cela ne marche pas vraiment. Le milieu de terrain est souvent sur le banc, mais dispute tout de même 28 matchs dont 18 titulaires. À la fin de la saison, Paco Jemez remplace Sandoval et la carrière de Trashorras bascule dans une autre dimension

“Paco, tu vas me faire quitter le football” , lâche Roberto à El Pais. “Ce que je vais faire, c’est allonger votre vie et votre carrière”.

L’ancien défenseur de la Foudre, maintenant chauve, s’assoit donc sur le banc. Son style est particulier et vraiment reconnaissable. Axé fortement sur la possession, les relances courtes de derrière et des joueurs très techniques, le Rayo ne joue pas comme une petite équipe mais comme une grande malgré des moyens très faibles. À ce moment, le club est même placé en faillite tout en régalant chaque semaine en Liga. Roberto tombe littéralement amoureux du club, un endroit qui le marquera à vie : “Le Rayo est un moyen de comprendre la vie”

L’intellectuel de la bande

Au milieu de ce Rayo qui enthousiasme tout le monde ou presque :Roberto Trashorras. Cerveau de l’équipe, il est au four et au moulin en plus d’être capitaine et la figure de ce jeu. Chaque ballon où presque ressorti par le Rayo de cette époque passe par ses pieds à un moment où à un autre. Il est le point de départ de la toile d’araignée que tisse le Vallecano de Jemez chaque semaine. Dans une position reculée qu’il a appris à aimer, le Galicien laisse transparaître tout ce qu’il a vu et entendu à la Masia, mais qu’il a mis du temps à extérioriser. Trashorras est lent mais pense plus vite que tout le monde et surtout, il est instinctif. Il devient l’incarnation de cette période dorée du club, et parle régulièrement de Riquelme en interview, un lent aussi et un modèle.

“De nos jours le football devient de plus en plus professionnel et mon football est peut-être un peu plus instinctif, celui de la rue où j’ai appris à jouer.” Roberto Trashorras à Libero.

Ce trait de personnalité, qu’il a longtemps mis de côté pour coller aux exigences du football professionnel, Paco Jemez lui demande de le laisser l’exprimer. Trashorras n’est pas le plus talentueux, et il le sait, mais il a un cerveau qui fonctionne très bien et vite. Cette période dorée du Rayo, est aussi la sienne. Souvent sur le podium du nombre de ballons touchés sur la saison, il réussira même l’exploit de tripoter plus de cuirs que Xavi lors d’une saison . En prime, Jemez le fait progresser sur le travail sans ballon. Souvent décrié sur le travail défensif dans ses anciens clubs, Roberto devient un superbe récupérateur à 30 ans sous les ordres de Paco.

Crédits : Diario AS

L’amour finit souvent mal

Cependant en 2016 le livre se referme violemment. Lors d’une saison où le maintien se joue très haut et lors de la dernière journée, le Rayo finit 18e et retrouve la Segunda. C’est le début de la fin pour Trashorras. Le coach qui lui a permis d’atteindre son meilleur niveau quitte le club, amer. Les temps se font rudes et le club madrilène flirte avec la D3 de longs mois. Sandoval puis Baraja reprennent le flambeau de Jemez, mais les greffes ne prennent pas vraiment. L’arrivée d’une autre légende du Rayo le pousse sur le banc. Le jeu de Michel ne convient pas à Trashorras mais permet au Rayo de se maintenir et d’être de retour en Liga cette saison. Comme à son habitude, Trashorras ne fait pas trop de bruit et accepte son sort, pour le bien de SON Rayo.

“Je connais des personnes qui ont étudié et travaillé pour devenir des architectes ou des avocats et finissent par travailler dans un supermarché. Je suis conscient d’être privilégié”

Roberto est libéré de son contrat début 2018, il fait alors la tournée des médias pour expliquer qu’il a encore faim des terrains et qu’il ne veut pas prendre sa retraite. Mais rien de concret arrive sur sa table, même Jemez, ne lui fait pas d’offre alors qu’il vient de reprendre Las Palmas à cette période. Sur ses réseaux sociaux, le joueur annonce donc sa retraite début septembre avec une lettre et un titre “Hasta Siempre“.

Un joueur vraiment particulier prend sa retraite, la presse espagnole lui a dressé de multiple hommage, preuve que Trashorras n’était pas un footballeur comme les autres. Que ce soit les fans de foot en général et encore plus ceux du Rayo que Roberto a régulièrement défendu, Trashorras n’a jamais laissé indifférent quiconque. Malgré près de 219 matchs avec le Rayo, les Madrilènes n’ont rien fait de particulier pour lui, Presa ne sait vraiment pas soigner ses légendes. Le Galicien est cependant en train de préparer ses diplômes de DS et entraîneur, le football coule réellement dans ses veines.


Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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