Espagne 2 – 2 Maroc : Comment la Roja a bien failli perdre face aux Lions de l’Atlas

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Retour sur la prestation inquiétante de l’Espagne face à un très bon Maroc. Les préoccupations se pressent au portillon. 

« Vive la VAR », titre Marca aujourd’hui. Sûrement qu’il n’y avait pas la place d’écrire « Vive la VAR, vive l’équerre du but de De Gea et vive le génie de Iago Aspas ». Si la fin de match laisse un goût bien amer aux Espagnols, tout avait plutôt bien commencé dans le jeu. Dans le jeu, pas dans le onze de départ qui suscitait déjà des interrogations. Pourquoi avoir reconduit un Iniesta dans le dur physiquement ? Pourquoi faire confiance à Thiago et non à Koke ? Pourquoi ne donner sa chance à aucun remplaçant ? Hierro est un conservateur, rien ne vaut l’ordre établi. Quand bien même celui-ci serait défaillant.

La transition défensive et De Gea

Comme à son habitude, l’Espagne met toujours un peu de temps à rentrer dans son match. Dix minutes se sont déjà écoulées, durant lesquelles elle n’a rien montré. Pire, elle encaisse à la 13e minute un but tout sauf anodin. Le mal de la Roja frappe à nouveau : son incapacité à maîtriser sa transition défensive. Quelques minutes auparavant, Piqué se signale déjà par un tacle dangereux et irréfléchi. À devoir agir et couvrir un si grand espace, les centraux espagnols ne sont pas dans les meilleures dispositions. Le carton jaune que récolte le défenseur du Barça pour son oeuvre est le symptôme des difficultés structurelles qui pèseront tout le match sur son équipe.

Pour ne rien arranger, De Gea sort dans un mauvais timing sur le but de Boutaïb. C’est une constante depuis le début du tournoi, le gardien de Manchester United a un temps de retard dans tout ce qu’il entreprend. En plus de cela, il ne brille guère par ses sorties. Sa position est toujours étrange, le jeu à terre, le haut du corps très profilé, les mains qui se lèvent trop tôt, offrant un plus grand espace à l’attaquant.

De Gea dans ses oeuvres. Heureusement, cette fois Boutaib est moins inspiré.

Jusque-là, le Mondial de De Gea est catastrophique. À un manque de confiance qui ne date pas d’hier avec la Roja, il faut ajouter que le style de jeu espagnol ne lui convient pas. À la différence de Neuer par exemple, il n’a pas l’habitude en club d’avoir un espace si grand entre ses centraux et lui. Habitué à devoir intervenir à Manchester United avec une forêt de joueurs devant lui, il se retrouve soudainement avec un grand espace à gérer. Et là, ce ne sont plus seulement ses purs réflexes qui doivent parler, mais sa capacité à se placer à la bonne hauteur, à se positionner, à réfléchir. Remplacer De Gea ? Kepa n’a aucune expérience (et est un spécialiste sur sa ligne surtout, pas loin de ses buts), alors que Reina ne s’est jamais préparé pour être le n°1 avec la Sélection… De Gea ne deviendra ni Valdés, ni Neuer en cinq jours, mais s’il récupère son niveau sous ses bois, ce sera déjà très bien.

Autres rendements préoccupants, ceux de Piqué et Ramos. C’est d’autant plus grave pour ce dernier qu’il avait été le seul à surnager en défense durant les deux premiers matchs. Encore une fois, il faut s’interroger sur la structure de l’équipe pour (en partie) expliquer les performances de la charnière centrale. Rendons-nous à l’évidence, dès que le ballon est perdu, ils sont livrés à eux-mêmes. L’équipe ne les aide pas. Le pressing entrevu sous Lopetegui semble avoir disparu, ce qui rend chaque perte de balle inquiétante. Busquets n’est pas entouré – c’est pour ça que la titularisation à ses côtés de Koke paraît indispensable -, et malheureusement pour lui, il n’a pas l’aptitude physique de Kanté pour administrer de grands espaces. Résultat, c’est session portes ouvertes dans l’arrière-garde espagnole. Le Maroc l’avait bien compris. En allongeant dès la récupération de balle, ils mettaient toute de suite sur orbite leurs hommes les plus avancés. Le nombre de duels joués entre Amrabat et Ramos vient de là. Ramos doit sortir de sa zone car Jordi Alba est en position avancée, tentant d’attaquer. Si Ramos se fait passer, les espaces sont trop grands pour espérer des réajustements réussis. Alors que le Maroc n’avait pas encore marqué dans ce tournoi, il l’a fait deux fois contre l’Espagne, dans le match où il a pu le moins installer son jeu…

Tous à la poursuite de Boutaib, qui avait un temps d’avance.

Un circuit de passe qui a ses limites 

Quand Isco et Iniesta se trouvent, l’Espagne revit. À l’instar des premiers matches du tournoi, Isco prend les choses en main. Hier encore, c’est lui qui a touché le plus de ballons (128). À la différence du match contre l’Iran, il s’est contenté de rester à gauche. Sauf que cela a eu des conséquences. Le jeu côté droit était inexistant. Silva n’a touché que 47 ballons, un total famélique pour un tel joueur. Là où Thiago aurait pu s’illustrer, il a été bridé par les consignes et le système. Souvent, il se situait derrière Busquets, en diagonale, pour le couvrir. Par conséquent, il s’est retrouvé à de nombreuses reprises très proche de Piqué quand l’Espagne avait le ballon. Bas, si bas…

Thiago est un joueur qui s’exprime mieux quand il est proche de la surface adverse. C’est dire si durant cette partie il n’a pas eu l’opportunité de jouer comme il sait le faire, relançant ainsi les questions quant à sa titularisation. Pourquoi faire jouer Thiago pour le réduire à un rôle qui n’est pas le sien ? Comme conséquence, tout le secteur droit espagnol était endolori. Carvajal a touché quasiment autant de ballons qu’Alba, sans pour autant amener de la profondeur, ni être dangereux, les deux variables étant liées.

La position moyenne de Thiago (10) est extrêmement basse.

Pendant 30 minutes, Isco a eu Iniesta comme socio. Une demi-heure où on a retrouvé l’Espagne des meilleurs jours. De quelque manière que ce soit, la Roja atteignait ses hommes dans le couloir gauche. Le plus dur restait à faire, à savoir transformer ces débordements en but. À part le centre, certes dans une position dangereuse, les hommes de Hierro manquent d’armes alternatives. Tout comme Thiago, Busquets ne peut pas se livrer outre-mesure. Car à la perte de balle, il constituerait un pion de moins en défense. Le Catalan n’offre qu’un apport limité, faisant une fois de plus tout reposer sur Isco. Dans le jeu de position, avoir le ballon, c’est aussi défendre. Trop se livrer avec le ballon revient à trop se livrer en défense. Busquets et Thiago ne se livrent donc pas.

L’Espagne attaque très peu par l’entremise de son couloir central, faute de pouvoir compter sur un Busquets libéré.

La satisfaction Diego Costa

Dans tout ce marasme, Diego Costa a offert la satisfaction de la soirée. De même que ses partenaires, le joueur de l’Alético a surtout brillé durant une demi-heure. Ses mouvements ont été lumineux. Impliqué sur le premier but, le natif de Lagarto sent de mieux en mieux le jeu. Il n’hésite plus à faire des appels sur le côté, offrir un relais plus productif qu’une simple remise en pivot, et il peut même ouvrir des espaces pour ses coéquipiers par ses mouvements. Il n’empêche qu’on aurait quand même voulu voir Iago Aspas et Rodrigo Moreno avant, car le profil de Costa fait de lui avant tout un attaquant de surface.

Les changements de Hierro

En seconde période, tout s’écroule. Isco se retrouve seul à faire le jeu. Peu à peu, l’Espagne devient anarchique. Hierro tarde à faire ses changements. Il attend la 73e pour faire entrer Marco Asensio. Iniesta, lui, jouera tout le match. Il faut encore attendre dix minutes pour voir Aspas et Moreno faire leur apparition, et l’Espagne changer de système. Là où Lopetegui brillait par sa capacité à comprendre ce que le match requérait et faire les remplacements nécessaires, l’apathie de Hierro pénalise la Sélection.

Pour le moment, Fernando Hierro ne convainc pas. Là où des solutions tactiques doivent être apportées, le statu quo domine. La structure expérimentale qu’il forme avec Albert Celades (l’entraîneur des U21 espagnols) n’a encore rien résolu des problèmes de la Roja. Et dire que certains parlaient d’autogestion…

Elias Baillif

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