Iran – Quand Carlos Queiroz galérait comme entraîneur du Real Madrid

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Crédits : Okdiaro
Crédits : Okdiaro

Carlos Queiroz est une personnalité particulière dans le football. Idole en Iran où il fait des merveilles, il n’a coaché que 4 clubs et est surtout connu pour son passage en tant qu’adjoint de Sir Alex Ferguson à Manchester United. Avant de devenir le gourou de la Team Melli, celui qui a fui la guerre civile au Mozambique a connu une saison compliquée au Real Madrid. Retour sur cette saison 2003-2004 terminée en eau de boudin. 

Carlos Quieroz n’a pas un parcours classique dans le football. L’entraîneur portugais n’a jamais été un footballeur de haut niveau et il s’est d’abord formé à la faculté de Lisbonne. Il a fait ses classes à Estoril en tant qu’adjoint à partir de 1984. Trois ans plus tard, à seulement 31 ans, il intègre la Fédération portugaise et s’occupe des équipes de jeunes où il obtient des résultats historiques. En 1989 et 1991, il guide la génération dorée, celle des Luis Figo, Rui Costa, Fernando Couto, Paulo Sousa, João Pinto, vers un doublé au Mondial U20. Logiquement, il les accompagne à l’échelon supérieur mais les Quinas ne parviennent pas à se qualifier pour la Coupe du Monde 1994 qui est disputé pour la dernière fois dans un format à 24 équipes. Pendant 3 saisons, Quieroz dirige 3 clubs sur 3 continents. Entre 1994 et 1996, il est sur le banc du Sporting Portugal et remporte la Coupe. Puis il s’envole pour New York et devient pour quelques mois le 2e coach de l’histoire de la franchise des Metrostars (devenue depuis le NY Red Bull). Outre-Atlantique, ses talents de formateur sont fortement appréciés. Toujours en quête de nouvelles méthodes, Queiroz étudie tout ce qui se fait à l’étranger, ce qui le conduit à écrire un rapport pour la fédération US sur la formation et sur les moyens de développer le soccer. Après l’Amérique du Nord, il change d’ambiance et rejoint Nagoya qui a vu Arsène Wenger partir vers Arsenal peu de temps auparavant.

A partir de 1998, Carlos Queiroz initie un 2e cycle “sélections nationales”. On le sait, entraîneur et sélectionneur sont deux métiers différents. Pour le Portugais natif du Mozambique, c’est une façon de redécouvrir son métier et d’effectuer un travail de fond avec des nations en quête de développement et de renforcement. Tout d’abord, il s’installe au Moyen-Orient, aux Émirats Arabes Unis en tre 1998 et 1999. Ensuite, il retourne en Afrique, son continent natal et réalise de tour de force de qualifier l’Afrique du Sud pour la Coupe du Monde 2002. Or, en raison d’un désaccord avec sa fédération, Queiroz ne dirige pas les Bafana Bafana lors du Mondial. A 49 ans, il jouit d’une belle cote pour ses qualités de management mais aussi et surtout pour ses aptitudes tactiques. Sir Alex Ferguson flaire le bon coup et lui propose de devenir son adjoint à Manchester United. Ça sert toujours d’être représenté par Jorge Mendes.

Une arrivé surprise au Real Madrid

La carrière d’adjoint de Carlos Queiroz à MU se décompose en 2 périodes : 2002-2003 et 2004-2008. Sa première saison est riche :  il découvre un groupe rempli de stars et d’egos (parmi lesquels les cracks de la génération 92 des Paul Scholes, David Beckham, Ryan Giggs arrivés à maturité) mené d’une main de fer par le hairdryer Ferguson. Si les Red Devils sont éliminés en 1/8 de finale de Ligue des Champions lors d’une double confrontation épique contre le Real Madrid, Queiroz remporte la Premier League. Au terme de cette 1re année réussie à Old Trafford, Queiroz reçoit un appel du Real Madrid qui lui propose le poste de numéro un. Jorge Mendes connecting people… Le choix surprend. Le cycle Vicente Del Bosque (ou Galactique 1.0) ne semble pas achevé. Le futur sélectionneur de la Roja vient de soulever la Liga et a disputé une 1/2 finale de C1. Depuis 2000, le règne de l’ancien milieu de terrain est prolifique pour la Maison Blanche avec 2 Ligues des Champions et 2 championnats. Sauf que Del Bosque a un problème : il n’est pas bankable pour 2 pesetas. Arrivé à la tête de l’institution merengue en 2001, Florentino Pérez coupe des têtes alors que tout allait pour le mieux. Queiroz est sondé pour être en première ligne, sur le banc le plus scruté et le plus intenable au monde.

“Quand vous venez à Madrid, c’est comme être prêt à gravir l’Everest. Vous savez que tout le monde n’y arrivera pas. D’autres arriveront sans nez ou sans bras, mais vous ne pouvez pas échapper à cette responsabilité si vous voulez atteindre le sommet de la montagne. Vous devez défier vos instincts, les limites de vos capacités, et cela s’appelle le Real Madrid” Carlos “sherpa” Queiroz

Coacher le club aux 9 Coupes d’Europe des clubs champions est impossible à refuser. Ferguson n’est évidemment pas trop emballé par l’idée de laisser filer son nouvel adjoint qui l’aide beaucoup. Mais l’Écossais doit s’y résoudre : Queiroz débarque à Santiago-Bernabéu. Cette arrivée estampillée Gestifute n’est pas que la première secousse que vit le Real Madrid lors de l’intersaison 2003. Car en plus de virer la légende Del Bosque comme un malpropre pour un coach de 50 ans qui n’a finalement rien prouvé au poste de numéro 1, la clef de voûte Claude Makelele et le Mariscal Fernando Hierro sont priés de plier bagage. Le Portugais se fait une raison pour le Français qui n’accepte pas, au vu de ses performances, d’être payé en dessous de ses capacités. En revanche, il fait tout son possible pour garder le défenseur central emblématique. Rien n’y fait : le directeur sportif Jorge Valdano et FloPer ont fait leur choix et expédie Hierro en pré-retraite à Al Rayyan. Un départ qui fragilise d’emblée tout un effectif et qui conduit à la perte de Queiroz.

Effectif 5 étoiles mais banc moyen

L’objectif est clair lors de la nomination de Queiroz : il faut faire le triplé y nada más. L’effectif est de qualité : Zinedine Zidane, Luis Figo (une vieille connaissance du coach), David Beckham, Ronaldo Fenómeno, Guti, Iván Helguera, Raúl González Blanco, ça donne un XI plus que sexy. Cependant, une équipe a besoin de porteurs d’eau. Et c’est là que la gestion des dirigeants Vikingos a péché par orgueil. Makelele équilibrait le jeu et Hierro dirigeait le vestiaire de main de maître en plus d’avoir disputé 38 matchs lors de sa dernière saison. Queiroz se retrouve en porte-à-faux, avec des egos qui ont besoin d’être tenus. Néanmoins, les débuts du coach portugais sont intéressants. Sur les 28 premières journées de Liga, le Real Madrid ne perd que 2 fois. Mieux : il bat le Barça et l’Atletico pour s’asseoir seul en tête du championnat. En mars 2004, le tableau de marche est respecté : la Casa Blanca est toujours en lice sur les 3 tableaux.

Crédits : Teinteresa

Mais c’est dans la dernière ligne droite que tout bascule pour les Vikingos. Le vestiaire qui semblait uni éclate et personne n’est là pour essayer de recoller les morceaux. Beckham, le dernier Galactique en date, multiplie les aller-retours avec l’Angleterre sans en avertir le club. Queiroz n’a plus d’emprise sur son groupe qui ne le respecte plus et n’en fait qu’à sa tête. Il n’arrive même pas à cadrer Becks qu’il a pourtant connu à Manchester United. La première déconvenue est la perte de la Copa Del Rey. Au stade de Montjuic de Barcelone, la Maison Blanche s’incline 3-2 en finale mi-mars au terme d’une prolongation dantesque contre le Real Zaragoza de David Villa. Le début de la fin pour Queiroz. Le Míster ne parvient pas à remobiliser son groupe. Les remplaçants ne sont pas au rendez-vous et le Portugais perd le fil.

“Quand Florentino Pérez pense qu’il connaît le football, il fait des erreurs”
Carlos Queiroz, un peu amer

S’ensuit l’élimination en quarts de finale de Ligue des Champions face au Monaco de Didier Deschamps. Pourtant victorieux 4-2 à l’aller et menant 1-0 au retour à Louis II, le Real s’effondre. 3-1 score final pour les Monégasques avec un partidazo de Fernando Morientes prêté par le Real Madrid cette saison-là… C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et l’équilibre précaire de l’effectif part en lambeaux. Les Vikingos perdent 6 de ses 7 derniers matches en Liga, dont le Clásico qui amorcera une série de 5 défaites de rang. Les Merengues s’effondrent et la Liga est remportée par le Valencia de Rafa Benítez. Encore un ancien du Real Madrid… La rigueur dont Queiroz fait preuve avec l’Iran n’opère plus et et tout s’effrite.

“Il aurait suffi de garder Morientes, de ne pas vendre Makelele à Chelsea et de signer un bon défenseur pour remplacer Hierro” Carlos Queiroz donne les raisons de son échec.

Sans surprise, Carlos Queiroz est limogé à la suite de ce désastre. Il expliquera par la suite que les choix en débuts de saison imposés par Floper sont la seule raison pour expliquer ce naufrage. On peut aussi se dire qu’il n’a pas réussi à faire souffler ses cadres et la machine qui ne reposait sur finalement pas grand-chose s’est enrayée au pire moment. Queiroz ne retrouvera plus un banc de numéro 1 dans un club. En revanche, Ferguson sera tout content de pouvoir le récupérer retournera finir sa formation avec Ferguson à Manchester. Il conclut ses 4 saisons chez les Red Devils en soulevant la Ligue des Champions en 2008. Après l’Euro, il est de nouveau nommé sélectionneur des Quinas. Ironie de l’histoire, c’est en Afrique du Sud qu’il participe enfin à la Coupe du Monde. Mais la compétition s’arrête très vite. Le Portugal est sorti dès les 1/8 de finale contre l’Espagne future championne. Queiroz est mis dehors sur fond de polémique, avec une réaction à chaud retentissante de Cristiano Ronaldo en zone mixte. Cette déroute met à mal la réputation de Queiroz, considéré meilleur dans l’ombre que dans la lumière. Il trouve sa planche de salut en 2011 avec l’Iran. Il trouve de la stabilité et du temps pour mettre en place sa méthode. A 65 ans, 7 ans après son arrivée à la tête de la Team Melli, Queiroz a annoncé son départ à l’issue du Mondial. Pour enfin réussir dans un club ?

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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