Russie : Denis Cheryshev, l’école espagnole au service de la Sbornaya

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Crédits : Eurosport

Denis Cheryshev est une des sensations du mondial russe. 3 buts en 2 matchs pour un joueur qui n’avait rien d’un titulaire, c’est un beau ratio. Portrait de cette surprise qui n’en est pas vraiment une et d’une histoire intimement liée à l’Espagne.

« Je me sens un peu Asturien« . Ces mots sont ceux de Denis Cheryshev. Natif de Novgorod dans une URSS qui partait en lambeaux de décembre 1990, il a très peu connu son pays natal. La « faute » a un père footballeur professionnel qui a saisi l’opportunité de jouer en Espagne à l’éclatement du bloc. Portait d’un Russe en Espagne et un peu l’inverse depuis le début du Mondial.

De père en fils

En 1995, Denis Cheryshev n’a que 5 ans et il ne joue pas du tout au football. Son père Dmitri vient pourtant de signer pour la première fois à l’étranger et rejoint le contingent russe en Espagne. Au Sporting de Gijón, le paternel rejoint Yuriy Nikiforov. C’est un attaquant rapide mais pas vraiment adroit devant les buts. Il restera 5 ans au Sporting : 2 en Liga et 3 en Segunda. Toute la petite famille Cheryshev suit le patriarche et le fiston commence le foot dans une école liée au Sporting.

Cheryshev père au Sporting. Crédit :EstadioDeportivo

Au début, Cheryshev deuxième du nom a du mal, il ne veut tirer que du pointu, n’écoute pas ses éducateurs et a du mal à se faire comprendre. Il ne parle que russe et vit plutôt mal son déracinement. Alors que son père fait les gros titres après un but face au Barça, le petit Denis progresse et rejoint Mareo, la prestigieuse académie du Sporting d’où sont notamment sortis Abelardo, Luis Enrique et David Villa. Puis son père est transféré à Burgos, en Castille-La-Manche, à 300km de Gijón. Nouveau déménagement pour la famille qui ne reste qu’un an. Mais pour Denis c’est la révélation. Les années à trimer au Sporting se révèlent payantes. L’ailier russe montre tout son talent : vitesse, qualités techniques, sens du but.

« Vous pouviez voir qu’il était très bon, qu’il avait les caractéristiques du joueur de football. Il avait les deux pieds et était très rapide, technique et intelligent ». José Luis Fernández Manzanedo, président de Burgos.

Il est surclassé avec Burgos et pourtant Denis est encore au-dessus. Rapidement, il devient courtisé et le Real Madrid lui fait une proposition impossible à refuser. Pour la première fois, ce n’est plus lui qui suit son père mais l’inverse. En 2002, Cheryshev fils rejoint la Fábrica. Son père arrête sa carrière un an plus tard et devient entraîneur d’une équipe de jeunes de la Maison Blanche. Les débuts sont compliqués pour Denis. Il est de nouveau en échec, joue très peu. Cette situation est dure pour lui à vivre au point que son père l’emmène dans un parc pour qu’il puisse toucher le cuir et se divertir. Le Russe serre les dents et ne s’inquiète pas. Une patience payante car il devient petit à petit l’un des meilleurs talents de Casa Blanca. Cheryshev est un savant mélange de deux cultures. Il est pragmatique et patient comme un Russe mais jovial et avenant comme un Espagnol. Sa maîtrise des deux langues devient sa force.

En 2010, c’est l’aboutissement : il rejoint le Castilla, l’équipe B du Real alors en Segunda B. Cette première saison chez les pro est une réussite pour lui. Régulièrement titulaire, Denis Cheryshev joue même les barrages de promotion en fin de saison mais l’équipe est éliminée par Alcoyano. La saison suivante est encore de meilleure facture : il remporte la Segunda B et monte donc en Segunda. Dans la continuité de cette ascension, il réalise la préparation d’été avec le groupe pro du Real Madrid. En juillet 2012, Cheryshev devient le premier Russe à porter la tunique du Real lors d’un amical face à Oviedo. L’ailier multiplie les aller-retours entre le Castilla et l’équipe fanion. A l’automne 2012, il dispute son premier match officiel avec les Vikingos en Copa del Rey face à Alcoyano. Malgré une faible réussite devant les bois, le Russe est en vue et réalise une performance de très haut niveau.

Une progression freinée par les blessures

En 2013, Cheryshev est entre deux eaux. Le Castilla et la Segunda sont trop petites pour lui mais il n’est pas assez pas fort pour s’imposer avec les A. Le chant du départ résonne et Séville récupère l’ailier gauche en prêt sans option d’achat le dernier jour du mercato estival de 2013. Son père le suit puisqu’il rejoint le staff d’Emery à Narvión. En Andalousie, Cheryshev joue très peu, miné par les blessures. Il ne trouve aucune continuité. Au mieux, il dispute 4 matches consécutives, bien trop peu. En 2014, il retourne au Real Madrid et sa cote est entamée.

L’explosion à Villarreal

Son arrivée chez le Sous-marin jaune la saison suivante se fait dans les mêmes conditions qu’à Séville : prêt sec sans option d’achat. Le Real Madrid continue de croire en sa pépite russe. Chez les Groguets il enchaîne les titularisations, les matchs de classes et surtout fait trembler les filets. Excentré sur le côté gauche dans le 4-4-2 classique de Marcelino, Denis Cheryshev fait étalage de son talent. Son association avec Luciano Vietto fait des ravages et le Russe qui dispose d’un passeport espagnol finit à 10 passes décisives en Liga. Ses bonnes performances lui permettent de retourner au Real Madrid dans la peau d’un remplaçant. Sauf qu’il ne réussit pas à s’imposer : 2 petits matches de championnat au compteur et une disqualification des Merengues en Copa del Rey car il joue contre Cádiz alors qu’il était suspendu. En janvier, Cheryshev refait ses valises, direction Valencia. Remplaçant de Sofiane Feghouli, il dispute 7 matches et marque 3 fois en Liga.

Crédits : Diarioas

De retour à la Casa Blanca, il n’entre plus du tout dans les plans des Vikingos et est prié de partir. Il retourne là où il a eu ses meilleures sensations, à Villarreal, d’abord en prêt puis définitivement. Cependant, il ne retrouve pas son niveau de 2014-2015, un rendement qui lui avait offert ses premières sélections avec les A de la Russie alors entraîné par Fabio Capello. Cheryshev laisse un goût d’inachevé en Espagne, capable du meilleur mais bien trop souvent freiné par les blessures pour en faire une valeur sûre de la Liga. Son système préférentiel est le 4-4-2 ou la variante 4-2-3-1 et il a du mal avec le système russe souvent à 3 derrière.

Une sélection surprise dans les 23 russes

Sa sélection pour ce Mondial chez lui n’était pas gagné pour le milieu de Villarreal. Même pas titulaire lors du premier match, il a profité de la blessure de Dzagoev pour devenir le sauveur de la patrie avec ce doublé magnifique qui a ouvert la voie à la Russie. Cela faisait 2 ans qu’il n’avait plus goûté à la sélection ! Cheryshev croque cette nouvelle chance à pleines dents et est la grosse surprise de cette Sbornaya. Il récidive lors du deuxième match face à l’Égypte, à la réception d’un centre en retrait pour le break. L’ailier a 27 ans mais qu’une seule saison abouti echez les pro. Il n’a plus le temps d’attendre et doit confirmer toutes ses prédispositions chez les pro. Si son physique le laisse tranquille, aucun doute qu’il y parviendra. Son père disait lors de sa sélection dans les 23 russes : « Denis va à la Coupe du Monde parce que la Russie a besoin de buteurs ». Avec 3 buts en 2 matchs, il a plutôt eu le nez creux.

Denis Cheryshev n’est pas le joueur typique russe. Spontané, dribbleur, pas vraiment physique mais doté d’une bonne science de la passe, il apporte une vraie plus-value à sa sélection. Lui qui n’a jamais douté et ne voulait revêtir que ce maillot, le voilà enfin récompensé. Devenu un pilier de la sélection presque par hasard, il doit à présent transformer l’essai et préparer minutieusement le 1/8 de finale qui se profile. On n’ose imaginer son émotion si la Sbornaya venait à affronter la Roja.

Bruchet Benjamin

@BenjaminB_13

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