Dernière chance pour Messi

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Laurent Blanc et Fabien Barthez en 1998. (Crédit photo : Foot Mercato)

Cet été, en Russie, Lionel Messi jouera certainement son ultime carte pour enfin soulever un trophée avec son pays. Le moment ou jamais de marquer définitivement l’histoire de son empreinte.

Laurent Blanc et Fabien Barthez en 1998. (Crédit photo : Foot Mercato)

« Le football doit un Mondial à Leo, pour tout ce qu’il a fait et réussi dans sa vie. » Di Maria vit dans le monde des bisounours. Le football est cruel, Angel. Il n’en a que faire du Ballon d’Or d’Andrés Iniesta, de la Ligue des champions de Ronaldo ou de la coupe du monde de Johan Cruyff. Le peuple Argentin s’en est parfaitement rendu compte un soir de juillet 2014. Il était passé si près de l’euphorie. Si près de l’ivresse. Mais il y a ce but de Mario Gotze. Toute l’Argentine l’a gardé en travers de la gorge. « Imaginez si nous étions champions du monde, tout aurait changé pour tout le monde, souffle Lionel Messi. Nous étions dignes de l’être. Cela donne plus de colère, d’impuissance. Ça fait mal de perdre. Depuis la naissance de mon fils Thiago, je le vis d’une autre manière, mais cela ne veut pas dire que ça ne fait pas de mal, que ça ne me touche pas. Tous mes collègues le vivent de la même manière. » Ce jour a ouvert chez le Blaugrana une cicatrice qui n’est pas prête de se refermer. Il poursuit : « L’autre jour, j’étais avec les garçons et une action est apparue sur Instagram. J’ai dit : « Regarde, je ne m’en souviens pas. » C’était terrible comme je l’ai frappée, l’appui que j’ai fait, comment je l’ai contrôlée. Si je l’avais contrôlée d’une autre façon, comme le but de Chelsea l’autre jour… » La Pulga, le sait : elle va devoir sortir le (très) grand jeu, cette fois.

Leo pas mieux entouré que Diego

La dernière fois que l’Albiceleste a soulevé la coupe du monde, c’était en 1986. Diego Maradona était aux commandes. Mais il serait fâcheux de comparer la position de Messi actuellement avec celle du Pibe de oro à cette époque. Le quintuple ballon d’or n’est pas accompagné de joueurs comparables à Jorge Burruchaga, José Luis Cuciuffo ou Julio Olarticoechea. Aujourd’hui, l’impressionnante armada offensive de Jorge Sampaoli cache les très nombreuses lacunes du reste de l’effectif. « Nous n’avons pas besoin que Messi démontre qu’il est le meilleur, certifie Cesar Luis Menotti. C’est ce que j’ai demandé à Diego. Nous avons besoin qu’il aide l’équipe à jouer mieux et il peut le faire. Il est le seul qui peut résoudre le manque d’idée et un développement du jeu dans le temps qu’il a. Je ne sais pas comment pas comment l’équipe de Sampaoli va se construire, mais l’avoir est avoir l’as de pique. »

La Messidépendance

Lionel Messi est de très loin le joueur primordial en sélection. Peut-être encore plus qu’à Barcelone, c’est dire… Les faits parlent d’eux-même : l’Argentine a attendu la dernière rencontre des éliminatoires pour se qualifier ric-rac. C’était en Équateur et il est inutile de préciser qui a planté un triplé (1-3) pour valider le ticket de son équipe. Sans oublier ses buts face à l’Uruguay (1-0), au Chili (1-0) ou ce coup-franc contre la Colombie (3-0), pour le goût. Ça, c’est pour Messi présent. Sans lui, l’Argentine est capable de se débarrasser d’une petite Italie comme de se vautrer magistralement devant une grande Espagne (6-1). Lorsque les hommes de Julen Lopetegui ont infligé la plus grosse gifle de leur histoire à ceux de Samapoli, il a sauté aux yeux qu’un petit bonhomme manquait terriblement. Au lieu de constater une terrible faiblesse à cette Messidépendance, l’ancien entraîneur du FC Séville souhaite en tirer le maximum de profit.

« J’aime jouer avec le Nain »

« Sans aucun doute et à voir la réalité du terrain, cette équipe est beaucoup plus celle de Messi que la mienne, remarque le sélectionneur. Cette équipe est liée à ce que fait le meilleur de tous dans une situation donnée et créé ainsi une sécurité collective pour donner à ses coéquipiers une force supplémentaire. » Le vainqueur de la Copa America 2015 n’est évidemment pas le seul fan absolue du D10S dans la sélection. Les autres joueurs acceptent sans vergogne de se mettre à son service. « J’aime jouer avec le Nain, il est incroyable, inoubliable, avoue Angel Di Maria. Je pourrai raconter à mes filles : j’y étais, j’ai joué avec lui. C’est ce qui m’est arrivé de mieux dans le football. Je prends les espaces pour qu’il décide ce qu’il veut faire, tirer au but, me la donner, ou dribbler trois joueurs et frapper. »

Jorge Sampaoli demande conseil à son boss. (Crédit photo : Football24)

Messi adjoint

Jorge Sampaoli a décidé de tout axer sur son joyau. Il est impossible de ne pas se retrouver dépendant de lui lorsqu’il joue son meilleur football et le technicien argentin est est aussi conscient que nous tous. C’est pourquoi il lui a offert une promotion. Au départ Messi n’était qu’un simple joueur incontournable autour duquel l’équilibre de équilibre ne cessait de graviter. Désormais, il fait quasiment figure d’entraîneur adjoint. La relation entre Sampaoli et lui est absolument inédite. Aucun de ses prédécesseurs n’a donné autant de pouvoir à son meilleur joueur. Ni Pékerman, ni Maradona, ni Batista, ni Sabella, ni Bauzá n’ont osé. D’après El Pais, Messi a invité son sélectionneur à parler football autour de quelques saucisses grillées. Le chauve a été agréablement surpris par la précision des analyses de son joueur. Le journal espagnol révèle le cœur de la discussion.

Incertitude sur le tableau noir

Sampaoli voulait jouer en 3-5-2 parce qu’il n’estimait pas disposer de latéraux capables d’entrer dans un 4-4-2. Messi s’y est opposé. Il a avancé qu’avec trois hommes dans le cœur du jeu et seulement un dans chaque couloir, il n’y aurait pas d’espaces pour redescendre ni pour trouver des lignes de passes. Voilà qui expliquerait pourquoi l’Albiceleste se cherche encore. Le schéma de jeu est aussi instable que la présence des joueurs qui le composent. 3-5-2, 3-4-2-1, 4-3-3, 4-2-3-1… Tout a été tenté, jeté, repris, tordu, mâché, digéré, recraché, réessayé pour qu’au final, l’Argentine parte en Russie sans aucune certitude. À part quelques éléments tels que Romero, Otamendi, Biglia, Di Maria et évidemment Messi, personne n’est assuré de faire partie du XI titulaire. Chose incompréhensible étant donné le vivier de joueurs dont dispose le football argentin.

Dybala a eu chaud

D’abord, il y a Paulo Dybala. Pas appelé pour les deux derniers matchs amicaux (Italie et Espagne), le Bianconieri a bien failli rater le train pour la Russie. Il n’a été titularisé qu’une seule fois – contre le Nigéria – depuis cette déclaration en septembre dernier : « C’est difficile pour moi de jouer avec Messi. Nous jouons à la même position, j’essaie toujours de lui laisser ses espaces mais ce n’est pas facile. Je devrai m’adapter. » « On en a discuté, ajoute Lionel Messi. Il a dit la vérité. À la Juventus, il joue dans la même position que moi, on recherche les mêmes zones… Lorsque nous avons joué ensemble en sélection, il a été davantage décalé sur la gauche, ce à quoi il n’est pas habitué. C’est plus difficile pour des joueurs comme nous de jouer de ce côté. À droite, on a la possibilité de rentrer vers l’intérieur et d’avoir tout le terrain face à nous. »

Un XI instable

Ensuite, dans la famille des gros morceaux qui ne pèsent pas lourd dans l’esprit de Sampaoli : Gonzalo Higuain et Sergio Aguero. Le goleador de la Juventus est seulement de retour en sélection depuis le dernier rassemblent après neuf mois d’absence et celui de Manchester City n’a été titularisé que de lors de deux des dix derniers matchs. Avant, c’étaient Dario Benedetto et Mauro Icardi qui se partageaient la pointe de l’attaque. Désormais, les joueurs de Boca Juniors et de l’Inter Milan sont définitivement out. « Comparer les performances d’Icardi à l’Inter à celles avec l’Argentine n’est pas une bonne chose. Je me suis rendu compte de cela et j’ai senti que nous devions travailler plus dur, mais nous n’avons pas assez de temps, et en tant qu’entraîneur de l’Argentine, je dois privilégier les automatismes sur le terrain. » Coté Sévillan, Mercado et Banega s’envolent avec le reste du groupe, mais ne sont pas sûr d’avoir le droit d’être alignés d’entrée de match aux cotés de La Pulga.

Une génération s’en va

À la fin de ce Mondial, une page du football argentin se tournera. Toute une génération de véritables cracks approchera dangereusement de la fin de la piste. Sergio Agüero, Angel Di Maria et Gonzalo Higuain auront 30 ans cet été. Javier Mascherano, lui, a déjà annoncé qu’il prendrait sa retraite internationale après le Mondial. Pourtant, César Luis Menotti ne souhaite pas donner trop d’importance à cette compétition dans la légende de Lionel Messi : « Di Stéfano n’a gagné aucun Mondial, Sívori non plus… Je ne crois pas qu’il ait en besoin pour appartenir à l’histoire des grands du football. Il est installé et reconnu. » Pas de pression alors…

La liste complète : Sergio Romero, Willy Caballero, Franco Armani – Gabriel Mercado, Cristian Ansaldi, Nicolas Otamendi, Federico Fazio, Marcos Rojo, Nicolas Tagliafico, Marcos Acuna  – Javier Mascherano, Eduardo Salvio, Lucas Biglia, Giovani Lo Celso, Ever Banega, Manuel Lanzini, Maximiliano Meza, Angel Di Maria, Cristian Pavon – Lionel Messi, Paulo Dybala, Gonzalo Higuain, Sergio Agüero.

Victor Massias
@victor_massias

Propos d’Angel Di Maria extraits d’Olé.
Propos de Lionel Messi extraits de Fox Sports.
Propos de Cesar Luis Menotti extraits de TNT Sports.

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