La Previa Roja 2018 : Portugal – Espagne

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Et si on parlait football maintenant ? Avec le licenciement de Julen Lopetegui, l’intronisation de Fernando Hierro et la guerre ouverte entre Luis Rubiales et Florentino Pérez, on en aurait presque oublié que l’Espagne a un Mondial à disputer et une 2e étoile à conquérir. Dans les grandes lignes, on sait quel XI alignera El Mariscal contre le Portugal ce vendredi soir (20h). Reste un poste en suspens : celui de numéro 9. 

L’Espagne et la Roja ont été emportés par un tourbillon hors des terrains ces dernières jours. La nomination de Julen Lopetegui au Real Madrid a entraîné sa destitution à 72 heures du match d’ouverture, un premier gros test pour une Roja en reconquête face au champion d’Europe portugais. Fernando Hierro, jusqu’alors directeur sportif de la RFEF, a été nommé en remplacement, car c’est une légende vivante du football ibérique qui a le vécu et aussi les diplômes pour s’asseoir sur le banc. Ses premiers mots ont été clairs : il ne va rien changer sur le plan du jeu. Le staff quant à lui a été modifié avec des connaissances de Fernando Hierro (l’adjoint Julián Calero et le préparatif physique Juan Carlos Martínez ont travaillé avec lui à Oviedo)… et de Julen Lopetegui (Martínez et Calero ont côtoyé l’ex-sélectionneur à Porto, le 2e adjoint Pablo Sanz, le 2e préparateur physique Óscar Garro et le le préparateur mental Juan Carlos Campillo sont réputés proches du nouveau coach merengue). En somme, l’ancien défenseur central assure la continuité du travail de Lopetegui. Dans ce cycle débuté il y a deux ans, le XI de la Roja est connu. Cependant, l’incertitude demeure en attaque. Qui va débuter en 9 contre le Portugal ?

Compositions probables

La 1re composition de Fernando Hierro est évidemment très attendu. En Espagne, les sources convergent et estiment qu’on se dirige vers un 4-3-3 avec la Bestia Diego Costa en 9.

Les lecteurs de Diario ont voté (plus de 30.000 participants) en faveur d’un 4-4-2 avec un duo Diego Costa-Iago Aspas en attaque.

Dans ce « Fernandico », le sélectionneur portugais Fernando Santos pourrait aligner un 4-2-3-1 ou un 4-4-2

XI de Marca

XI de L’Equipe

 

 

Diego Costa, le numéro 1, chouchou de Lopetegui… et de Hierro ?

Il a beau être naturalisé, Diego Costa est le premier nom qui nous vient quand on parle d’attaquant de la Roja. Pourtant son histoire avec la Selección reste compliquée. Entre Seleção, passeport espagnol et une Coupe du Monde loupée au Brésil, le « vrai » Diego Costa s’est fait désirer. Sa volonté d’être sélectionnable avec l’Espagne interroge car son style ne colle pas avec celui de la Roja, lui l’attaquant de pointe bourru qui n’a pas de capacité technique hors du commun et qui brille plutôt par des gestes d’humeur que des gestes techniques. A l’Atleti, le Bestia a trouvé sa plénitude car son caractère est une force pour toute l’équipe. C’est un chien, une bête, un monstre qui attaque les défenseurs, les usent, les grignotent en leur imposant un duel constant même quand le ballon n’est pas là. Il traîne, bouge, fait des appels mais n’aime pas recevoir le ballon loin des bois. Dans n’importe quelle sélection il n’y aurait pas débat, en Espagne oui. On appelle ça des problèmes de (très) riches…

Son physique, assez massif pour ne pas lui manquer de respect, peut faire de lui un pivot intéressant pour la Roja, une tour de contrôle pour permettre aux ailiers de jouer autour de lui et de profiter des espaces créés par l’ancien de Chelsea. Par le passé, Vicente Del Bosque n’a pas su trouver la formule pour le faire jouer dans le même tempo que ses coéquipiers, des bajitos beaucoup plus mobiles. Dans une équipe qui ne parle pas le même football que lui, Diego Costa a mis du temps à se démarquer et à trouver le chemin des filets. On l’a cru à la marge car l’Espagne a besoin d’un numéro 9 qui sait manier un ballon et jouer dans les petits espaces. Ils n’ont pas besoin d’une bête qui terrorise tout le monde. Si des équipes s’adaptent à leur buteur, avec la Roja c’est l’inverse.

Crédits : Beinsport

Tout évolue avec Julen Lopetegui qui renouvelle sa confiance à la Bestia et trouve la bonne formule pour le mettre dans des conditions optimales. Sous les ordres du technicien basque, le chouchou du Cholo Simeone retrouve des couleurs et enchaîne enfin les bonnes performances sous le maillot rouge. Alors qu’il n’avait trouvé les chemins des filets qu’une fois avec El Marqués Del Bosque, il marque 5 fois lors des éliminatoires. Il devient indiscutable, même s’il est régulièrement remis en question. De retour à l’Atlético, Diego Costa est rasséréné ; le maillot rojiblanco lui a fait énormément de bien mentalement et sportivement.

Rodrigo Moreno, le buteur logique ?

Des 3 buteurs présent dans la liste, Rodrigo Moreno semble être celui qui ressemble le plus à un attaquant de la nouvelle Roja. C’est simple : il a le jeu le plus complet et parle un football identique avec les autres joueurs. Ses dernières sorties sous le maillot de la Selección ont été excellentes. Mobile, volontaire, capable de joueur en pivot comme de combiner dans de petits espaces, son entente avec Isco notamment a fait des merveilles. Totalement relancé par Marcelino, le natif de Rio de Janeiro a montré qu’il savait prendre ses responsabilités sur le terrain, dans le vestiaire et devant les media. Une sacrée performance car le Valencia CF n’est pas exactement le club le plus tranquille du monde. Souvent cette saison, Rodrigo a forcé des décisions par un geste de classe ou une inspiration létale.

Crédits : Que

Ce qui impressionne avec le cousin de Thiago Alcantara, c’est le nombre de variations qu’il peut y avoir dans son jeu. Il est capable de jouer sur un côté, en soutien ou seul en pointe, de trouver la profondeur ou de décrocher. Il sait faire jouer les autres mais aussi couper au premier poteau. Tout simplement complet. Le buteur du Valencia CF adore avoir du mouvement autour de lui et a progressé sur son positionnement à la réception du ballon pour exploser. Marcelino est un adepte du jeu de position et des séquences verticales dans un 4-4-2 à plat intocable et Rodrigo a pris la pleine mesure de son talent dans ce style de jeu. Avec Julen Lopetegui, le jeu de la Roja ne s’est plus contenté d’être la parodie de son football. Il a évolué et sait apporter de la variation. La palette technique et sa capacité à parler le même football que le reste de l’équipe est le vrai plus de Rodrigo.

Iago Aspas le juste milieu ?

On pourrait voir Iago Aspas comme un invité de dernière minute, celui sur lequel on ne mise pas beaucoup mais qui a quand même réussi à s’imposer dans cette sélection. Il y a encore 6 mois, pas grand monde n’aurait parié sur une présence dans les 23 pour la légende du Celta. Pourtant Aspas est bien là, il mérite amplement sa place et ne vient pas pour faire de la figuration. Il est le plus âgé des 3 (30 ans) mais aussi le moins expérimenté à ce niveau. Il fait partie des plus fines gâchettes de Liga, toujours bien placé dans le trophée Zarra (le meilleur buteur espagnol de Liga). C’est une valeur sûre. Avec la Roja, dès ses premières minutes, ça a collé. Il n’a joué que 94 minutes dans les éliminatoires et il a déjà fait trembler les filets 2 fois. C’est bien simple, dès qu’il rentre sur le terrain avec le maillot espagnol, il se passe quelque chose. Ce maillot le transcende. Aspas a cette faculté à provoquer le danger, à mettre le foutoir par des déplacements, un dribble ou une prise de balle.

Alors que Diego Costa n’est pas capable d’être un 9 qui participe véritablement au jeu et Rodrigo un 9 qui a un peu de mal tout seul en pointe, Iago Aspas paraît en mesure de faire les deux. Même si la probabilité de le voir débuter dans la peau d’un titulaire est hypothétique si Fernando Hierro privilégie un système à une seule pointe, le Galicien a le profil pour faire la synthèse des deux précédents cités. Il peut aussi revêtir le rôle de supersub, surtout qu’El Mago de Moaña joue souvent sur le côté et rentre dans l’axe en club. Une corde de plus pour lui qui en font vraiment un super remplaçant. Lopetegui avait aussi essayé Isco en tant que faux 9 face à l’Italie avec le résultat que l’on connait. C’est une variante toujours présente dans le jeu de l’Espagne de ces dernières années et une expérience qui pourrait une nouvelle fois être tentée si Hierro se sent pousser des ailes.

 

El Mariscal a répété à qui veut l’entendre qu’il n’est pas là pour tout changer et qu’il resterait dans la continuité de son prédécessur. Un discours qui plaide pour un Diego Costa titulaire. Sauf que faire bien jouer Diego Costa est complexe. Rodrigo pourrait rapidement avoir du temps de jeu si le Colchonero ne réussit pas à faire trembler les filets. Il est très peu probable de voir Aspas dans la peau d’un numéro 1 dans cette compétition, davantage comme une solution de complément… ce qui pourrait paradoxalement lui assurer plus de temps de jeu. La non présence d’Álvaro Morata qui n’est pas vraiment une surprise est largement compensée avec ces 3 attaquants. La Roja dispose de 3 attaquants aux styles bien marqués qui apportent tous une variation différente dans le jeu de l’Espagne. A présent, la difficulté est de bien les utiliser et éviter les contre-sens. Le match face au Portugal qui devrait voir Diego Costa débuter va en dire beaucoup sur la suite de la compétition pour l’Espagne. Lors deux précédentes éditions, la Roja a perdu son match inaugural. Les conséquences avaient été diamétralement opposées. Et vu l’ambiance pesante autour de la Selección, une victoire est essentielle pour la suite des aventures de la Roja en Russie…

Benjamin Bruchet 

@BenjaminB_13

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