Roja : Luis Rubiales “con dos cojones”

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Moins de 24 heures après l’annonce de la signature de Julen Lopetegui au Real Madrid, le président de la Fédération espagnole Luis Rubiales a pris une décision radicale et a viré purement et simplement le sélectionneur. Une décision difficile, surtout à 2 jours de l’entrée en lice de la Roja dans ce Mondial, mais qui a le mérite de la clarté. Trahi mardi, Rubiales a répondu avec cran. Ce choix radical était nécessaire car après 30 ans de gérance Villar, l’Espagne du foot doit voir bien au-delà de ce mois de compétition en Russie.

C’était un peu trop calme ces temps-ci autour de la Roja. Et puis, sorti de nulle part, le communiqué officiel du Real Madrid annonçant la signature de Julen Lopentegui après le Mondial a précipité le football espagnol dans un tourbillon institutionnel et médiatique sans précédent. Prévenu seulement 5 minutes avant l’officialisation de l’arrivée du sélectionneur chez les Vikingos dès la fin de la Coupe du Monde, Luis Rubiales a été trahi et humilié publiquement. Le frais nouveau président de la Fédération (RFEF) avait prolongé Lopetegui le 28 mai dernier. Et voilà que, sans crier gare, le technicien basque mettait l’homme qui lui avait renouvelé sa confiance devant le fait accompli. Une remise en cause claire et nette du pouvoir de Rubiales qui devait restaurer son autorité bafouée. Au sein d’une Fédération gangrenée par la corruption depuis de nombreuses années, il faut aller au-delà du simple Mondial 2018 et penser aux années futures. Le natif de Gran Canaria a été provoqué et il a répondu d’un uppercut foudroyant pour asseoir son pouvoir.

Cañizares et Xavi en faveur de Rubiales

Mercredi en conférence de presse, Luis Rubiales a pris une décision d’homme fort : il a purement et simplement viré Julen Lopetegui. Quitte à aller à l’encontre du souhait des capitaines de la Selección. Quitte à renoncer aux 2M€ de la clause de rescision écrite dans le contrat du sélectionneur. Quitte à devenir responsable médiatiquement d’une élimination prématurée. “On ne peut pas agir de cette manière, encore moins 5 minutes avant l’annonce, a expliqué le président de la RFEF qui était à Moscou pour le Congrès de la FIFA et non à Krasnodar où réside la Roja. Je sais qu’il y aura des critiques mais les valeurs de la Fédération sont au-dessus de tout. Elle ne peut pas rester à la marge des négociations de l’un de ses employés et être mise au courant 5 minutes avant le communiqué. Nous avons été obligés d’agir”.

Et Rubiales a frappé fort car il s’est senti trahi. Selon les informations de la Cadena Cope, le président de la RFEF n’a pas caché sa déception à l’égard du technicien basque proche d’Ángel María Villar et de l’ex-intendante María José Claramunt et qui avait voté en faveur de José Luis Larrea, le rival de Rubiales. “Je t’ai renouvelé ton contrat alors que je savais que tu n’avais pas voté pour moi” aurait dit en substance l’ancien représentant du syndicat des joueurs au nouveau coach des Vikingos, fâché du manque de loyauté de Lopetegui.

L’intérêt supérieur du football espagnol a primé. Le licenciement de Lopetegui ne manquera pas de faire réagir et, vu les résultats des sondages populaires pratiqués par les quotidiens sportifs et les programmes TV ibériques, c’est du 50/50. C’est déjà une victoire pour le président de la RFEF, d’autant qu’il a été appuyé par plusieurs ex-internationaux comme par exemple Santi Cañizares, Juanito et surtout Xavi Hernández. “La décision de Lopetegui me paraît inopportune, inattendue et précipitée, a déclaré l’ex-Blaugrana. Cela a été une surprise pour tous mais Rubiales a très bien réagi. Il a regardé l’intérêt de la Fédération qui doit toujours être au-dessus des personnes. Je ne suis personne pour juger de l’attitude du Real Madrid, mais en tant qu’ancien joueur je crois que la Fédération a très bien décidé”. Xavi se fait-il le porte-parole de ses anciens coéquipiers culés ? Il ne faut pas oublier que les joueurs du Barça avait poussé en faveur de Lopetegui, à commencer par Andrés Iniesta. Eux aussi ont dû se sentir trahi, d’autant que le capitaine Sergio Ramos a été sondé par les dirigeants du Real Madrid pour valider l’arrivée du désormais ex-sélectionneur.

Crédits : elconfidencial.com

Hierro, la conscience tranquille

Hier soir, on pouvait se questionner sur le rôle de Fernando Hierro dans le Lopetegui Gate. Monument du Madridisme et directeur sportif de la Selección, l’ancien défenseur central aurait pu être partie prenante de la signature du sélectionneur chez les Vikingos. Il n’en est manifestement rien. Les caméras de Telecinco ont capté une discussion très tendue entre Lopetegui et Hierro lui aussi floué dans l’histoire. Savait-il déjà que le technicien basque était condamné à quitter la Roja ? En tous cas, il a essayé de sauver Lopetegui mais Rubiales ne l’a écouté ni lui ni les capitaines de l’effectif. Et finalement c’est bien celui qui a été adjoint de la Roja championne du monde en 2010 qui a hérité du poste.

Rubiales a promu un homme charismatique et respecté par tous qui, malgré une expérience limitée d’entraîneur, a l’envergure pour cette mission commando. “On ne peut pas toucher en deux jours à deux ans de travail, a expliqué le nouveau sélectionneur. Une grande partie du staff continue avec nous. Il faut être intelligent. J’ai été présent tous les jours. Nous leur demandons d’être eux-mêmes, les joueurs de cette fantastique qualification. La clef, c’est d’y toucher le moins possible. Nous devons nous battre lors des trois matches. Il n’y a pas d’autre objectif”. Quant au départ en catimini de Lopetegui, Hierro semble avoir déjà tourné la page : “nous nous trompons si nous pensons au passé. J’ai la conscience très tranquille. Nous devons être positifs et courageux. Toutes les conditions sont réunies pour nous battre pour quelque chose qui n’arrive que tous les 4 ans. C’était une question d’affronter la réalité. Nous avons eu une discussion d’amis. Nous nous sommes parlé et nous nous sommes dit au revoir”.

Dans les prochaines heures, Juan Carlos Martínez, ancien préparateur physique de… Lopetegui avec la Sub21 et Porto, ainsi que Julián Calero, entraîneur de Navalcarnero (Segunda B) qui devait incessamment signer à Alcorcón (Segunda) viendront renforcer le staff de Fernando Hierro. Ce mercredi 13 juin, Luis Rubiales a affirmé son pouvoir et son autorité de président de la Fédération espagnole. Spectaculaire certes mais tellement nécessaire.

 

François Miguel Boudet

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