Tunisie : Mnari, un but face à l’Espagne synonyme d’espoir en 2006

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Crédit : 4231
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On est en 2006, la Tunisie est l’équipe en forme du continent. Sous la houlette de Roger Lemerre les Aigles de Carthage sont inarrêtables et ont notamment soulevé la CAN 2004. Ce 19 juin, ils défient l’Espagne pour y croire. Retour sur un des derniers match de la Tunisie dans un Mondial.

En 2006, la Tunisie se prépare pour le Mondial et a quelques certitudes. Tout d’abord, c’est la 3e Coupe du Monde consécutive pour la Tunisie, une performance qu’elle n’avait jamais réalisé auparavant. Et surtout, les Aigles de Carthage ont remporté la CAN 2004 avec un sacre face au Maroc en finale. Cela fait 4 ans que Roger Lemerre fait progresser sa sélection, le groupe est stable, les leaders sont connus et quelques joueurs sont venus garnir leurs rangs.

Pourtant pour arriver à cette échéance allemande, le parcours n’a pas été simple pour la Tunisie. Les éliminatoires de la zone Afrique ne laissent place à aucune faille. La Tunisie est versée dans le groupe 5, avec le Maroc en adversaire numéro 1. Dans cette poule de 5 sélections, seul le premier se qualifie et la lutte sera âpre.

Une Tunisie construite dans la douleur

Dans ce groupe qui hormis la présence des Lions de l’Atlas reste abordable, la Tunisie sait qu’elle ne doit pas fauter et ne laisser aucun point au Maroc. Les deux Nations se retrouvent et le Royaume n’a pas oublié la finale perdue de 2004. Les matchs sont à couteau tiré. Rapidement la Tunisie est dans le dur après une victoire inaugurale face au Botswana. Elle perd face à la Guinée et enchaîne avec deux nuls face au Maroc et au Malawi. Ces débuts compliqués vont encore plus souder l’équipe qui fera carton plein jusqu’au dernier match face au Maroc.

« On a tout connu : le doute, la joie, la rage de revenir au score, la rage pour tenir ce match nul qui nous qualifie, et au final ça nous a souri. C’est un souvenir exceptionnel » Hamed Namouchi dans le magazine Telquel.

Ce dernier match s’écrit en plusieurs parties, comme toute bonne dramaturgie. La Tunisie a besoin d’un nul pour voir l’Allemagne quand le Maroc a besoin d’une victoire. Tout le monde retient son souffle à Radès, lieu de cet affrontement encore une fois très tendu. Hamed Namouchi raconte : « Il y avait tellement de tension, le stade de Radès était chaud bouillant ». Pourtant c’est bien Marouane Chamakh qui profite d’une erreur de la défense pour ouvrir le score. Namouchi poursuit : « On se remobilise assez vite. Dans un match pareil si tu te mets à gamberger, c’est fichu« . La Tunisie repart donc à l’attaque mais c’est brouillon. Pourtant, les locaux reviennent au score sur penalty et soulage tout un pays. Cependant, les coeurs tunisiens vont encore être mis à contribution : le Maroc reprend l’avantage juste avant la pause. La deuxième période est floue et les Aigles patinent… mais vont tout de même égaliser. Le score en restera là : la Tunisie sera du Mondial 2006.

Le Mondial 2006 comme aboutissement

La Tunisie championne d’Afrique 2004 est donc qualifiée pour la Coupe des Confédérations 2005, la grande répétition avant la Coupe du Monde. Défait logiquement face à l’Argentine et l’Allemagne, elle bat l’Australie. Encore une fois, c’est plutôt une bonne compétition pour la Tunisie qui montre encore qu’elle peut prétendre à quelque chose en Allemagne. Pour la CAN 2006 qui se déroule 4 mois avant le Mondial, la Tunisie sort en quarts aux tirs au but face au Nigeria futur 3e de l’épreuve.

Crédits : Onze Mondial

Les amicaux pré-Mondial sont encore une fois intéressants. La Tunisie perd d’une petite tête face à la Serbie-Montenegro, bat la Biélorussie et fait un nul contre l’Uruguay. Des résultats qui continuent d’alimenter ce sentiment que la Tunisie peut faire quelque chose de bien en Allemagne, d’autant que les Aigles de Carthage ont un lien particulier avec la Coupe du Monde. En effet, La Tunisie est la première équipe africaine à avoir gagné un match dans la plus belle des compétitions, en 1976 face au Mexique.

La chute face à l’Arabie Saoudite, l’espoir face à l’Espagne

Les attentes sont importantes. Le groupe composé par Roger Lemerre ne peut pas passer à côté de ce Mondial, surtout qu’il est expérimenté, qu’il a ses marques et qu’il se connaît par coeur. L’Espagne est favorite, mais l’Arabie Saoudite et l’Ukraine semblent à la portée d’une Tunisie sur de son fait. Tout commence bien en prime. Avant la demi-heure de jeu, la Tunisie mène face à l’Arabie Saoudite et a son destin entre les mains. Sauf que ce but va leur couper les jambes. Incapables d’enfoncer le clou, les Aigles se font punir 2 fois et sont menés à quelques minutes du terme. Jaïdi égalise mais le mal est fait. C’était le match où il fallait prendre 3 points et la Tunisie doit maintenant réaliser un miracle face à l’Espagne et battre l’Ukraine. A peine un match de disputé et déjà au pied du mur.

« Le premier match raté face à l’Arabie Saoudite a plombé les chances de la Tunisie » Farouk, expert du foot tunisien pour Lucarne Opposée.

Se dresse donc l’ogre espagnol en guise de plat de résistance. La Tunisie doit au moins prendre un point face la Roja pour croire en ses chances. Le match débute très bien pour les Aigles qui jouent sans complexe et font douter la Roja. En se reposant sur la doublette très solide Bouazizi-Mnari accompagnée de joueurs plus portés vers l’offensive comme Chedli et Namouchi, la Tunisie récite ses fondamentaux. Avant la 10e minute, elle prend les devant par la sentinelle Mnari. Le milieu aime les matchs à enjeu : 2 de ses 3 buts ont été marqués dans une phase finale.

Ce sont réellement des débuts de rêve pour les Aigles qui se mettent à croire à un miracle. Malgré une domination nette de la Roja, la Tunisie reste en tête. Mnari continue d’être excellent dans les duels, lui qui joue en Allemagne depuis une saison et est le symbole des excellents 6 que les Tunisiens savent produire. Il n’est pas un puto crack balle au pied, mais il ratisse, compense, bouge et protège au maximum sa défense. Le combat, il connaît et il est en train d’en livrer un gros.

Cependant à la 71e minute, Raúl transperce une première fois la défense de la Tunisie. Ce but est un coup de massue et les Aigles se ne relèveront pas. S’en suivra un doublé de Fernando Torres pour enterrer les derniers espoirs de la Tunisie. Le dernier match face à l’Ukraine se solde une nouvelle fois par une défaite. La Tunisie avait tout de l’équipe-frisson mais elle déçoit et quitte le Mondial allemand par la petite porte. Après être revenu dans une relative discrétion (aucune demi-finale de CAN et aucune qualification pour le Mondial), la Tunisie retrouve la Coupe du Monde en cette année 2018. Dans un groupe très relevé, les Aigles de Carthage seront-ils capables de passer enfin le premier tour et surtout, Skhiri reprendra-t-il le flambeau de Mnari ?

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

Remerciement à Farouk mine d’informations sur le football tunisien et africain.

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