Panamá : Rommel Fernández, le Panzer est parti trop tôt

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Le Panamá dispute pour la première fois de son histoire la phase finale d’une Coupe du Monde. Historique pour les Canaleros qui se rappelleront aux bons souvenirs de deux joueurs qui auraient mérité d’en jouer une : Julio César Dely Valdés et Rommel Fernández. Si le premier a marqué les supporters du PSG, c’est pourtant le second qui est resté le plus populaire au pays. Portrait d’une idole disparue tragiquement en 1993. 

Inconnu en France, Rommel Fernández était footballeur professionnel au début des années 90. Véritable star dans son pays, le Panamá, il était plus connu que Francisco Rodríguez, le président local de l’époque. Avec sa petite moustache comme signe distinctif, il arpentait les surfaces de réparation tel un vautour, et à la moindre occasion, il allait placer son coup de tête dévastateur. Il avait le don de toucher en plein cœur les supporteurs. Véritable icône à la Drazen Petrovic, basketteur croate décédé à 21 ans, il disparut aussi tragiquement que ce dernier, en pleine fleur de l’âge.

Le "Panzer du Panama" Rommel est parti trop tôt

Rommel Fernández a 23 ans quand il débarque en 1989, en Europe, dans les rangs du club espagnol du CD Tenerife. Il est recruté suite à un tournoi organisé par le club canarien qui regroupait des joueurs d’ascendance espagnole et se nommait « Mundialito de la Emigración » (Le petit mondial de l’émigration, ndlr). Il se fait remarquer par ses nombreux buts et surtout ceux inscrits de la tête. On le surnomme le « Panzer ». Tenerife lui offre un contrat dans la foulée pour jouer avec l’équipe réserve.

Le club était alors plutôt dans une mauvaise période et végétait entre la Segunda A et la Segunda B. Par manque de talent en attaque, Rommel Fernández obtient alors très vite sa chance avec l’équipe première et ne la lâche plus pendant deux ans où il marque 47 buts dont un bon nombre de la tête. La légende raconte qu’il en aurait même mis de plus de 30 mètres…

Grâce à son efficacité et une équipe de guerriers soutenue par un public reconquis, Tenerife redevient une équipe de première division. Le Panaméen est le détonateur qui précipite le club dans la meilleure période de son histoire, à savoir les années 90. Ses deux saisons réussies lui ouvrent les portes du grand Valence avec un transfert avoisinant les 300 millions de pesetas. Par manque de chance et sans trop jouer, il marque peu de buts pour le club che. Il est alors prêté en 1992 à Albacete, où il retrouve son meilleur niveau, avec 7 réalisations en 14 matchs.

Le "Panzer du Panama" Rommel est parti trop tôt

Putain d’accident

A cette époque, Rommel Fernández est la star de la sélection panaméenne durant les qualifications pour la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis. Mais tout s’arrête brutalement un jour de mai 1993. Le « Panzer du Panamá » revient d’un repas organisé avec ses coéquipiers au volant de sa voiture. Il faisait beau, et sur une ligne droite, sa voiture sort de la route pour aller s’encastrer dans un arbre. Il meurt dans l’accident, sa Toyota Celica brisée en plusieurs morceaux signe de la puissance du choc. La raison demeure encore inconnue…

Dès lors, il inscrit son nom sur la liste des légendes parties trop tôt. En hommage, on donne son nom au stade national de Panama City. Une statue est érigée à l’endroit de l’accident à Albacete, et même aujourd’hui, des fans y déposent encore des fleurs. Une mosaïque est faite au dos d’une tribune du stade Heliodoro Rodríguez López, où les supporters de Tenerife viennent se recueillir.

On pourrait se dire que cette fin tragique est la raison de tous ces honneurs posthumes. Mais en creusant, on se rend compte que si le public l’aimait autant c’est qu’il avait un parcours bien atypique. Rommel Fernández était issu d’une famille pauvre d’un quartier désoeuvré de Panamá City. Il savait à peine lire et écrire. Du fait d’un physique robuste, 1.85m pour 81 kg, il avait été recruté à l’âge de 15 ans par l’Atlético Panamá pour jouer en professionnel puis dans le meilleur club du pays à l’Alianza FC.

Le "Panzer du Panama" Rommel est parti trop tôt

Arrivé à Tenerife, il ne parlait pas beaucoup par peur de moqueries, mais s’exprimait surtout sur le terrain en effectuant un travail de sape sur les défenses adverses. Il savait aussi s’exprimer en dehors, en écumant jusqu’à tôt le matin, les bars à salsa de la ville de Santa Cruz. Gentil, timide, bosseur, guerrier, modeste : tant de synonymes qui ressortent et qui le caractérisent. C’était l’anti-star par excellence et son niveau social lui a fait devenir le contraire. Sa vie avait mal commencé et comme un pied de nez, elle s’est achevée tout aussi tragiquement. Les fans de Tenerife, d’Albacete, du Panamá, de la Liga, et du football ont perdu ce 6 mai 1993, plus qu’un joueur, une figure amicale tout simplement.

La meilleur conclusion revient sans conteste à l’ancien Parisien Julio Cesar Dely Valdés qui a prononcé lors d’une récente interview : « Au Panamá, Rommel Fernández est un synonyme de football ». Tout est dit.

Programme du Panama à la Coupe du Monde :

18/06 à 17:00 : Belgique – Panama

24/06 à 14:00 : Angleterre – Panama

28/06 à 20:00 : Panama – Tunisie

Jé Pintio (@JePintio)

Commentaires

Amoureux des Canaries et de son football, passionné de Primera, Segunda, Segunda B et Tercera. Il a la classe de Redondo, la puissance d'Ayoze Pérez, la tête de Rommel et la vista de Felipe Miñambres. Il adore vous raconter des histoires mais ce ne sont pas des bobards.