Nigéria : 13 juin 1998 à La Beaujoire, la bourde de Zubizarreta

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C’était il y a 20 ans lors de l’entrée en lice de l’Espagne pour le Mondial en France. La Roja défie le Nigéria. Comme souvent favorite, elle se plante magistralement contre la génération championne olympique en 1996. Un match cauchemardesque marquée par un but casquette encaissé par Andoni Zubizarreta.

Le football peut se révéler particulièrement cruel. On peut avoir une carrière exemplaire, avoir remporté des titres et pour une mauvaise inspiration, le premier souvenir que l’on laissera dans l’imaginaire collectif, c’est cette bévue. En la matière les gardiens espagnols ont payé le plus lourd tribut avec Luis Arconada en finale de l’Euro 1984 et Andoni Zubizarreta en 1998.

Reine des amicaux contre champions olympiques

L’Espagne débute le Mondial 1998 le 13 juin à 14h30, sous le cagnard de La Beaujoire. La Roja de Javier Clemente affronte le Nigéria de Bora Milutinovic qui, 4 ans plus tard, deviendra le 1er sélectionneur à disputer 5 Coupes du Monde avec 5 Nations. Comme à chaque début de tournoi, l’Espagne fait partie des favoris. A l’époque, c’est encore la Furia qui prédomine. Le style de jeu c’est, pour l’expliquer trivialement, les cojones sur la table. La Selección a encore en mémoire le 1/8 de finale perdu contre l’Italie en 1994 et marqué par le coup de coude de Mauro Tassotti dans le nez de Luis Enrique. La championne du monde des matches amicaux arrive en France avec de sérieuses ambitions et le premier tour disputé contre le Nigéria, le Paraguay et la Bulgarie vieillissante de Hristo Stoitchkov n’est qu’un vulgaire tour de chauffe. Sur le papier, ce match inaugural contre les Super Eagles, dont la génération dorée a remporté les JO 1996, est le plus relevé, sans pour autant représenter un obstacle insurmontable. D’ailleurs, la Roja commence de la meilleure des manières en ouvrant la marque dès la 23e minute grâce à un coup franc de Fernando Hierro. Pas le temps de profiter de cet avantage : 5 minutes plus tard, Mutiu Adepoju égalise. Mais à peine de retour des vestiaires, Raúl González Blanco inscrit une volée à bout portant. De quoi éteindre la fougue des Super Eagles ?

Voilà de la boulette, sortez les briquets

Il reste environ 20 minutes à jouer en comptant les probables arrêts de jeu. Passeur décisif sur l’égalisation nigériane, Garba Lawal récupère le ballon dans la surface, sur le côté droit de la défense espagnole. Il passe Iván Campo qui s’est jeté et s’arrache pour centrer fort au premier poteau mais c’est sans danger, Rashidi Yekini étant positionné en retrait… Sauf qu’Andoni Zubizarreta juge mal la trajectoire et touche le ballon du bout du gant, suffisamment pour que ce centre anodin se transforme en but. Il y a eu l’Arnonada, désormais il y aura la Zubi.

Cette erreur fait non seulement basculer le match mais aussi tout le Mondial de l’Espagne. Quelques secondes plus tard, Jay-Jay Okocha effectue une rentrée en touche dans la surface, Fernando Hierro repousse de la tête dans l’axe. En première intention, à 25 bons mètres, Sunday Oliseh expédie une ogive qui transperce les filets de Zubizarreta. 3-2 : la Roja est KO debout et ne reprendra ses esprits que lors du 3e match contre la Bulgarie… alors que les deux équipes sont déjà hors-course. Car entre temps, le Paraguay a obtenu le nul contre les hommes de Clemente, validant ainsi leur billet pour les 1/8 de finale contre la France. Le Nigéria quant à lui termine 1er du groupe et perdra contre le Danemark dès le tour suivant.

Ne pas oublier l’essentiel

Le poste de gardien est sans nul doute le plus ingrat. La moindre erreur ou inattention se traduit au tableau d’affichage. Et à l’instar de Luis Arconada, Basque de la Real Sociedad, Andoni Zubizarreta, Basque d’Alavés, doit vivre avec ce geste malencontreux qui a contribué à l’élimination prématurée de la Roja. Cependant, il serait dommage et absurde de résumer la carrière de « Zubi » à cela. On parle d’une légende de l’Athletic et du Barça, un portero qui bien avant Iker Casillas avait dépassé les 100 sélections avec la Selección : « ce fut une erreur grave mais une trajectoire comme la mienne ne pas s’envisager simplement avec ça, expliquait le désormais directeur sportif de l’OM dans les colonnes de Marca en 2013. J’ai toujours su être meilleur que les autres. Si cela n’avait pas été le cas, je n’en serais pas arrivé là. Être gardien comporte ce genre de choses. La vérité, c’est que je me rappelle de cette action parce que pendant très longtemps, on n’arrêtait pas de m’en parler. Je n’ai pas d’explication simple parce qu’il n’y avait pas de danger ».

Le Mondial 98 devait le point d’orgue de la fin de carrière du Basque, 826 matches de Liga au compteur avec l’Athletic (239 de 1981 à 1986 avec l’Athletic, 410 de 1986 à 1994 avec le Barça, 184 de 1994 à 1998 avec le Valencia CF), 126 sélections depuis 1985, 4 Coupes du Monde disputés, sans oublier entre autres une C1, une C2, 6 titres de champions (2 avec les Leones, 4 avec les Culés) et 3 Copas del Rey (1 avec l’Athletic, 2 avec le Barça). Avant ce fait de jeu malheureux qui reste évidemment dans toutes les mémoires, Zubizarreta c’est surtout cette longévité dans la performance. Quitte à ne pas oublier cette bourde, autant de ne pas oublier sa place dans le football espagnol.

François Miguel Boudet

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