Croatie : Il y a 20 ans, Davor Suker

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Crédits : pcsd.forumfree.it
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L’année 1998 fut faste pour Davor Suker. En un mois, il aura acquis une notoriété qui demeure 20 ans plus tard, bien qu’écorchée. 

Les souris ont une espérance de vie de quatre ans. Leur coeur ne tiendrait pas plus longtemps. De par sa légèreté et du moins de temps nécessaire entre deux battements, taille oblige, il bat davantage. Le coeur d’une souris conventionnelle bat ainsi entre 500 et 600 fois par minute. Alors forcément, au bout d’un moment, le muscle finit par lâcher. Reste à espérer que la souris ait eu une vie appréciable. Dans le cas de l’homme, le cœur bat plus lentement. Entre 70 et 90 battements pour les personnes en bonne santé, et aux alentours de 30 pour les dopés à l’EPO. Alors quand Davor Suker déclare, “avant de tirer ce pénalty, j’ai pris mon pouls pour attendre qu’il descende. À 12 pulsations, je peux maîtriser ma tension”, le doute est permis sur la véracité des propos. Mais avant, contextualisons.

En 1998, Davor Suker a 30 ans. Le Croate s’apprête à participer à sa première Coupe du Monde. En réalité, il était déjà du voyage en Italie pour l’édition 1990, avec la Yougoslavie, mais il a passé la compétition sur le banc. Huit ans plus tard, la Yougoslavie n’existe plus. Suker choisit de représenter la Croatie, et c’est en fer de lance de la sélection qu’il arrive au Mondial français. Pourtant, sa saison n’a pas été brillante.

Certes, le Real Madrid dont il fait partie vient de remporter la Ligue des Champions, une première depuis 32 ans. Une victoire d’autant plus retentissante que la saison madrilène est chaotique et que l’ambiance au sien du vestiaire n’a rien de joviale. Loin des 29 buts marqués avec le maillot merengue la saison précédente, il termine l’exercice avec 15 buts à son actif. Lors de la finale de la C1 contre la Juventus, il n’est même pas titulaire. Le jeune Fernando Morientes, 22 ans à l’époque, lui a damé le pion.

Faire vivre la Croatie

Avec la Croatie, sa place est évidemment garantie. Le joueur le plus en vue, c’est lui. Pour les Croates, c’est une première dans une Coupe du Monde. Deux ans plus tôt, leur histoire footballistique a été initiée avec un Euro plutôt encourageant, au cours duquel ils ont atteint les quarts de finale. Désormais, l’heure est à la confirmation.

Si la fédération croate a des ambitions sportives conformes à sa jeune histoire, les objectifs du gouvernement croate sont autres. Le pays étant jeune, tout est encore à construire au niveau des symboles : sentiment d’appartenance, fierté nationale, image à l’étranger. L’équipe nationale doit justement contribuer à cela. Un bon résultat sur la plus grande des scènes, et le sentiment croate sera multiplié. Les équipes nationale de waterpolo et de basket l’ont obtenu lors des JO de Barcelone et d’Atlanta, mais rien n’est comparable à la fièvre que peut déclencher le football. D’ailleurs, Suker est concordant avec ce projet . Il désire “utiliser chaque match pour faire connaître la Croatie dans le monde”.

Crédits : the42.ie

Le pénalty

Lors des deux premiers matches de l’événement, les hommes de Miroslav Blazevic, une figure bien connue du côté de Nantes, font le travail face à la Jamaïque et au Japon. Suker a marqué deux fois, confirmant son statut de meneur de cette formation. Qualifiée pour les huitièmes de finale, elle doit affronter la Roumanie de Popescu et Moldovan. Dans le temps additionnel de la première mi-temps, les Balkaniques obtiennent un pénalty. Le fameux pénalty.

Suker s’élance une première fois et transforme son tir. Malgré le but, l’arbitre estime que le tir doit être refait. Le capitaine croate, Boban, serait rentré dans la surface trop tôt. Retour au point de départ. C’est peut-être là le cauchemar de tout tireur. Au lieu de se concentrer exclusivement sur la zone dans laquelle ils vont envoyer le ballon, cette réitération les fait penser beaucoup trop. Ils se mettent à la place du gardien, et doivent désormais composer avec une pensée extérieure en plus de la leur.

Pour ne pas perdre pied, l’ex joueur du Betis place sa main à la hauteur de la carotide et compte son pouls. C’est à propos de ce moment qu’il déclarera pouvoir maîtriser sa tension à partir de 12 pulsations. À moins que son coeur ne batte moins vite que celui d’une baleine à cet instant précis, dur à croire. Toujours est-il que le compteur de pouls a le contrôle de la situation. Preuve de cela, il tire exactement au même endroit et marque.

Une bonne puis une mauvaise fin

Dans la suite de la compétition, la Croatie éliminera l’Allemagne, championne d’Europe en titre, avant de buter contre la France en demi-finales lors d’un match qui avait bien commencé pour eux. Le débat tactique à la mi-temps dans le vestiaire français s’érigera comme un moment culte du tournoi. Enfin, la bande à Suker disposera des Pays-Bas dans la petite finale. Pour sa première participation à une Coupe du Monde, les Croates réaliseront l’exploit de finir troisièmes. Suker, lui, aura marqué à tous les matches auxquels il aura participé. Cette année-là, il finira deuxième du Ballon d’Or, derrière Zidane.

L’héritage que cette équipe laissera au pays sera mythique. Ce qui n’est pas forcément le cas de Suker. Depuis, il s’est reconverti dans la gouvernance footballistique. Actuellement à la tête de la Fédération croate, son travail ne convainc personne et la corruption l’éclabousse. En 20 ans, il est passé du statut d’idole à celui d’ennemi public. Avec le temps, il n’y a que les buts qui restent parfaits.

Elias Baillif

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