Argentine : Mario Kempes, le premier Matador

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Crédits : Eurosport
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Il y a des légendes plus connues que d’autres. Mario Kempes est l’égal de Maradona et de Messi, sauf qu’il passe toujours au second plan quand il faut énumérer les légendes argentines du football. Pourtant, à Valence son empreinte est encore indélébile. Retour sur la carrière d’un des joueurs les plus élégants que le football ait porté.

Mario Kempes, ce n’est pas qu’une simple idole sur les bords du Turia. C’est le premier géant, celui qui a fait rêver tout un peuple. L’Argentin est un monstre, un joueur virevoltant et précoce qui a ébloui la planète football de son talent. Cependant, Kempes ce n’est pas juste des lignes de stats ou de palmarès : c’est des histoires, une démarche, un look et une manière de jouer et d’appréhender le football.

Des débuts en fanfare au pays et fausse identité

La première des histoires autour de Mario Alberto Kempes remonte à son arrivée à l’Instituto de Córdoba. Lui, le natif de Bell Ville à plus de 200 km de là, fait déjà sensation. Son père qui l’a mis au football très jeune voit son fils empiler les buts et montrer un sacré talent. Un jour, alors qu’il a 17 ans, le téléphone sonne. C’est un recruteur de l’Instituto qui avertit le père de Kempes que son fils est invité à une détection. Aussitôt, Kempes fils fait 3 heures de bus pour être au lieu de rendez-vous le lendemain. La sélection est filmée, et la personne qui tient le micro demande à chaque joueur de décliner son nom et sa commune de naissance.

Crédits : Sofoot

Mario Kempes annoncera : « Carlos Aguilera, Bell Ville ». Une personne présente lui demandera s’il ne connaît pas un Mario Kempes qui fait fureur à Bell Ville, il répondra que non. Le match débute et Mario marque un doublé en moins de 20 minutes et signe un contrat dans la foulée avec l’Instituto. Mais pourquoi n’a-t-il pas annoncé son vrai nom ? Le président de Bell Vill et de l’Instituto était plus proches et celui de la ville natale de Kempes était plus que bavard. Il avait fait la pub du tout jeune Mario à tout les clubs du pays. Sauf que le recruteur de l’Instituto de l’époque détestait les jeunes joueurs à réputation. Mario savait très bien que s’il ne dissimulait pas son identité on ne lui ferait aucun cadeau. Preuve maintenant qu’il a pris la bonne décision.

Rapidement, tout s’enchaîne pour le jeune Mario, et à 20 ans il rejoint Rosario Central, un club majeur en Argentine. Il empile les buts comme des perles au point de finir dans la sélection qui jouera la CDM 74 en Allemagne. Tout ne se passe pas comment prévu vu que le natif de Bell Ville ne trouve pas le chemin des filets lors de la phase finale. Cette page douloureuse avec la sélection refermée, il continue de marcher sur l’eau et son jeu qui rappelle un danseur de tango rend fou les clubs européens. En 76, l’Argentine est trop petite pour lui, il doit rejoindre l’Europe.

Mario Kempes devient El Matador

La différence entre l’Amérique du Sud et l’Europe est moins grande que maintenant à l’époque mais le fossé reste conséquent. A son arrivée, il rejoint une équipe de Valence incroyable qui a tout pour marcher sur la Liga et l’Europe. Son style fait rapidement des ravages et fait succomber l’aficion de Valence, réputée pour être la plus exigeante d’Espagne. C’est bien simple : Mario Kempes est l’un des premier joueur à savoir tout faire. Dans une position de neuf et demi, il sait dribbler, il sait passer, il est fort des deux pieds, excellent de la tête, bon que ce soit en dehors ou dans la surface. C’est simple, c’est un footballeur parfait. De plus sa chevelure bouclée, et sa petite moustache combinée à ses chaussettes basses et ses longues jambes font de lui un joueur qu’on remarque. Mario Kempes c’est tout d’abord une attitude avant d’être un football incroyable, avec ce buste toujours bombé et cette chevelure qui bouge au rythme du tango qu’il danse avec ses adversaires sans leur consentement.

Avec le Valencia CF il ne remportera aucune Liga mais sera au sommet de sa carrière. Dans un championnat violent et qui ne protège pas les artistes comme maintenant, il fait des ravages et par deux fois termine Pichichi. En Copa Del Rey, il élimine le Barça entraîné par Lucien Muller (la victoire 4-0 au retour du VCF après la défaite 4-1 à l’aller a provoqué le départ du technicien français) et bat le Real pour s’adjuger le trophée en 79. Ce sacre ouvre la voie de la Recopa au club de Valence. Emmené encore une fois par un Kempes de gala et Don Alfredo Di Stéfano sur le banc, le club che s’adjuge ce titre européen contre Arsenal en 80 et s’offrira même la Supercoupe d’Europe face à Nottingham Forest ensuite. Valence est considérée comme une des meilleures équipes d’Espagne, Kempes comme un des plus grands joueurs du monde et cette équipe est encore jugée aujourd’hui comme la meilleure de l’histoire du club. Mario Alberto Kempes devient El Matador.

La consécration avec le Mondial 78

Kempes a beau être devenu l’un des meilleurs joueurs du monde, un joueur capable de scorer près de 40 buts en 46 matchs en Europe, il n’en reste pas moins le joueur à 0 but du mondial 74. Dans ce mondial 78, il n’est pas appelé tout de suite. C’est le Mondial de la junte militaire au pouvoir durant cette période en Argentine, et elle ne veut que des joueurs évoluant au pays dans la sélection. Après que Boca et River Plate aient refusé de laisser partir leurs internationaux avec la sélection, Menotti réussit à obtenir un laisser-passer pour Kempes.

Dans un groupe qui fait énormément débat en Argentine, Kempes hérite du numéro 10 sans l’avoir demandé (les numéros étaient désignés par ordre alphabétique à l’époque), mais avec un rôle de sauveur de la nation. Surtout que le petit prince Maradona est laissé sur le quai de la gare au dernier moment par ce même Menotti. Ce mondial 78 ne se passe pas vraiment comme prévu pour l’Argentine. La première phase de groupe est mitigée et le Matador ne trouve pas le chemin des filets. L’Albiceleste finit tout de même 2e et se qualifie donc pour la deuxième phase de poule.

Mario Kempes ne comprend pas pourquoi il ne réussit pas à faire trembler les filets chez lui. Il va donc voir son sélectionneur pour lui demander s’il connaît la raison de son manque d’efficacité. Sur le ton de la plaisanterie, Cesar Menotti lui lance : « Rase toi la moustache et ça ira mieux après ». Le Matador s’exécute, grand bien lui fasse. Lors des 3 prochains matchs, Kempes marquera un doublé face à la Pologne et un autre lors du match particulier face au Pérou. L’Argentine avait besoin d’une victoire par 4 buts d’écart pour se qualifier et elle écrasa le Perou 6-0, des suspicions de match truqué planant encore autour de ce match.

Dans une Bombonera en fusion, l’Argentine se dresse alors devant les Pays-Bas en finale avec la volonté de soulever le trophée chez elle. La pression est grande, tout le monde ou presque au pays veut voir l’Albiceleste soulever le trophée Jules Rimet mais en face, c’est les Pays-Bas du football total. Dans un match à sens unique ou presque, Kempes ouvre la marque en seconde période, les Hollandais reprennent espoir avec une égalisation en toute fin de match qui ouvre la voie à des prolongations. Sauf qu’une nouvelle fois, El Matador est au dessus et va marquer son 3e doublé de la compétition et offrir l’ivresse à son pays. Lui qui s’enduisait les jambes d’une mixture avec une odeur forte pour déstabiliser les défenseurs fait chavirer l’Argentine.

La déchéance ensuite

Auréolé de ce titre de champion du monde, Kempes remporte aussi le trophée de meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi. Avec ses succès en club il aurait pu prétendre au titre de Ballon d’Or mais il n’était alors ouvert qu’aux joueurs européens. En 80, le physique de Kempes marqué par les coups répétés commence à craquer. Il retourne au pays, à River Plate mais les finances du club ne sont pas saines et il est incapable de couvrir les émoluments du Matador. Kempes retourne en Espagne mais la magie s’est brisée. Lors de la CDM 82, en Espagne, il reste muet…

Kempes reste un joueur incroyable mais son physique ne répond plus, les coups de génie sont bien plus rares. El Matador n’a que 30 ans mais la fin de carrière est proche. Après une pige dans un club de futsal espagnol, il rejoint Herculés et ensuite l’Autriche dans l’anonymat presque total. Maradona l’a déjà dépassé au pays.

Crédits : 20 minutes

Il raccroche les crampons en 92. L’année suivante il devient adjoint à Valence. Le temps de se former et de s’envoler pour différents projets plus ou moins délirants. Entre le Chili, l’Albanie, Singapour ou encore la Bolivie, la carrière de manager de Kempes est particulière, un peu comme le bonhomme. Une fois loin des bancs de touche il devient consultant pour la chaîne ESPN. Jamais sa cote d’amour n’a faibli à Valencia. En 2010, le fondo prend le nom du « Curva Nord Mario Alberto Kempes ». En 2013 il devient ambassadeur international du Valencia CF. Un rôle duquel il sera destitué après qu’il a critiqué assez violemment le club à la suite d’une lourde défaite… avant d’être réhabilité sous la pression des supporters blanquinegros. Une afición exigeante et rebelle, à l’image de son Matador.

Benjamin Bruchet

@Benjamin B_13

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