Russie : De meilleur buteur du Mondial 94 à un licenciement à Córdoba, l’histoire d’Oleg Salenko

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Watson
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Il est une légende de Logroñes et le meilleur buteur dans un match de Coupe du Monde. Lui c’est Oleg Salenko, attaquant paresseux présent dans tous les livres des records alors qu’il n’est même pas une légende dans son pays.

C’est l’histoire d’un homme présent dans tous les livres des records sans jamais n’avoir prétendu à rien. Un attaquant plutôt talentueux mais qui n’aimait pas souffrir. Un bon vivant qui a su saisir l’opportunité de rentrer dans l’histoire en passant par la fenêtre. Oleg Salenko n’est pas un joueur majeur en Russie, il ne travaille même pas dans la fédération du pays des Tsars mais pour celle des voisins ukrainiens. Surprenant car Salenko détient un sacré record, en plus d’avoir un ratio exceptionnel : 6 buts en 8 sélections, tous marqués lors du Mondial 1994. Il est même le seul homme à avoir marqué un quintuplé lors d’un match de Coupe du Monde, plutôt pas mal non ? Retour sur l’histoire espagnole d’Oleg Salenko, sur son record totalement fou et son passage en Espagne.

Des débuts en fanfare

Oleg Salenko est natif de Leningrad (l’actuel Saint-Pétersbourg). Formé au Smena, il intègre rapidement le Zenit, club avec lequel il fait des débuts en fanfare. Lors de son premier match, il offre la victoire à son club avec un but déterminant dans un match échevelé. Après 3 saisons et il s’envole pour le Dynamo Kiev. Alors que la plupart des talents des RSS quittent la Fédération à cette période, lui préfère l’Ukraine et rejoint la légende Lobanovsky. Ce transfert fait beaucoup parler parce qu’il est le premier comportant une indemnité entre deux clubs rouges. C’est la première fois que le nom de Salenko défraie la chronique. Avec le club ukrainien, il fait trembler les filets une trentaine de fois en 3 ans.

En 1992, l’URSS disparaît et le football des républiques est chamboulé. Le grand championnat fort et structuré s’effondre, les championnats locaux ne sont ni préparés ni structurés et la fuite des cerveaux continue. Comme beaucoup, Salenko veut partir. Les Spurs viennent toquer à la porte mais il ne peut pas avoir de visa de travail et le transfert capote. L’attaquant n’a pas de sélection en A mais une belle cote, acquise grâce à ses très bonnes performances en Coupe d’Europe et à la Coupe du Monde U20 de 1989 où il a terminé meilleur buteur de l’édition. Pourtant, il rejoint à Logroñes, un petit club espagnol qui lutte pour sa survie en Liga.

La révélation en Espagne

Dans la péninsule, il rejoint une formation qui vit la meilleure période de son histoire. A cette époque, Logroñes compte près de 10 000 abonnés et a frôlé la qualification en coupe d’Europe. La première année de Salenko est tronquée : il doit se remettre à niveau, s’habituer à la vie à l’ouest et au style espagnol. Le buteur prend tout de même part à 16 matchs et marque 7 buts, un rendement encourageant. A son arrivée, il touche le salaire minimum, autrement dit une misère. Quelques mois après sa signature, il déboule chez son président avec ses cartons lui expliquant qu’il ne peut pas rester si son salaire n’est pas augmenté. Son boss l’écoute et accède à la requête du Russe. Grand bien lui fasse vu son rendement par la suite. Sa deuxième saison est celle de la révélation. Salenko trouve le chemin des filets 16 fois en 31 matchs et finit meilleur buteur du club. Il voit de nouveau sa cote grimper et il est sélectionné pour le Mondial 94 aux États-Unis.

Crédits : Eldesmarques

En Espagne, Salenko découvre bien plus qu’un football léché, lui le Russe qui n’a rien d’un stakhanoviste mais qui préfère plutôt se prélasser au soleil en mangeant des crevettes. Pas mal d’anecdotes circulent sur son compte, mais une chose est sûre : l’entraînement, ce n’était pas son truc. Moins il en faisait mieux il se portait. Salenko adorait s’allonger dans l’herbe durant les entraînements. Oleg Salenko est un joueur particulier, en 1992 il opte pour la sélection ukrainienne, un choix rare pour l’époque. Il jouera cependant qu’un seul match avec l’Ukraine qui ne sera pas comptabilisée par la FIFA. Cela permet à Salenko d’accepter la sélection russe en 19993 pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 94. C’est Sadyrin, le coach qui l’a lancé au Zenit, qui lui ouvre les portes de la Sbornaya. Ce match se solde par une défaite face à la Grèce mais la Russie réussit quand même à se qualifier pour le tableau final.

Cependant rien n’est vraiment simple à l’époque en Russie : quelques titulaires critiquent fortement le sélectionneur en place et demande du changement. Le fond de l’histoire, c’est l’argent. Les mutins trouvent les primes proposées par la fédération russe trop basses et ont demandé l’appui de leur sélectionneur. Lui est d’accord pour les appuyer mais il demande que les joueurs demandent aussi une augmentation pour lui, ce qu’ils refusent. Le scission grandit et devient publique. De 7 on passe rapidement à 14 mécontents. La fronde prend même de l’ampleur au pays et une lettre est rédigée à Athènes entre les mutins. Salenko est un des signataires même s’il reconnaîtra ne pas avoir tout compris à la missive. Sadyrin a néanmoins le soutien de sa hiérarchie et reste pour le Mondial 94 qui se déroule quelques mois plus tard. Pas la meilleure ambiance pour préparer un tel événement.

Une élimination au premier tour mais la folie camerounaise

Après 2 revers et surtout un seul petit but marqué, la Russie est déjà au bord de l’élimination avant le 3e match. Avant ce dernier affrontement face au Cameroun de Roger Milla, personne du côté de la Snorbaya n’y croit vraiment. La préparation de cette opposition se résume à pas grand chose : détente et volleyball. Le Cameroun a un point de plus et peut donc aussi prétendre à être meilleur 3e et se qualifier pour les 1/8 de finale.

Pourtant ce dernier match de poule disputé au Stanford Stadium va rester dans les annales pour de très longues années. Dès le 16e minutes le match s’enflamme. Salenko en renard trompe le gardien camerounais Jacques Songo’o. Juste avant la mi-temps, il profite d’une erreur camerounaise pour s’offrir un doublé suivi d’un triplé sur penalty. La Russie mène 3-0 à la pause et Salenko vient de marquer son 4e but du tournoi après celui face à la Suède au match précédent. Une performance de haut vol déjà pour le joueur de Logroñes. Sauf qu’au retour des vestiaires, Roger Milla s’offre lui aussi un morceau d’histoire en devenant le joueur le plus âgé à marqué en phase finale de Coupe du Monde à 42 ans. Ce but enflamme littéralement le match et les Lions indomptables se ruent à l’offensive. Salenko n’en demandait pas tant. Après une superbe action collective il s’offre un 4e but suivi d’un 5e tout en toucher. Le buteur entre dans l’histoire avec ce quintuplé, une performance encore jamais égalée dans un match de phase finale. Pour couronner le tout, il offre un but à Radchenko en toute fin match.

« Je pense que cela a pas mal aidé de jouer contre le Cameroun. Ils étaient bons en 1990 mais à cette époque, les équipes africaines pouvaient être un peu folles tactiquement. Dès qu’elles se prenaient un but, elles commençaient à se ruer à l’attaque en grand nombre. Quand Roger Milla a marqué au début de la seconde période, les Camerounais ont cru qu’ils pouvaient revenir, ils ont lancé l’assaut. Et on les a punis…« 

Ces 5 buts, tous inscrit du droit ne font pas l’unanimité. On ne sait comment, il partagera un moment son record avec l’Uruguayen Schiaffino (vainqueur du Mondial 1950, meilleur joueur du tournoi, buteur et passeur décisif lors du Maracanazo, ndlr) avant que lui même ne dise qu’il n’avait jamais réalisé un tel exploit. Les Russes se mettent à rêver d’une qualification mais rapidement les espoirs sont douchés. En plus de finir meilleur buteur russe (6 buts de sa sélection sur 7 ont été inscrit par lui), il finit meilleur buteur du tournoi à égalité avec Stoitchkov qui s’est arrêté en demi-finale. En l’espace de 8 sélections et de 3 matchs de Coupe du Monde, Salenko devient donc le meilleur marqueur dans un match, le seul meilleur buteur d’une édition de CDM à s’être arrêté en poule, le seul joueur à avoir été meilleur buteur d’un Mondial U20 et d’un Mondial senior et l’un des seuls à avoir eu 10/10 dans l’Equipe. Ce qui n’est pas mal pour un gars qui joue chez le modeste Logroñes.

Crédits : As.com

Une fin en eau de boudin

Le nom d’Oleg Salenko est sur toutes les bouches en Europe. Lui qui a déjà son destin bouclé avant la Coupe du Monde rejoint Valence avec ce statut tout nouveau. Rapidement on se rend compte qu’il a été touché par la grâce lors de ce match face au Cameroun et qu’il est loin d’un tel niveau, surtout qu’il prend un peu de poids et a des problèmes physiques récurrents, le Russe se laisse même clairement aller. Avec Valence il réussira tout de même à marquer 10 buts en 31 matchs, un bilan honorable mais loin des attentes qu’ont suscité ce Mondial. De plus, le club che déçoit malgré un recrutement intéressant. Pris en grippe par Carlos Alberto Parreira son coach de l’époque, il est contraint de plier bagage pour l’Ecosse. On ne le reverra jamais plus sous la tunique de Russie non plus, mis de côté par le nouveau sélectionneur. Salenko expliquera que Romantsev ne voulait pas d’un joueur plus connu que lui, mais la vraie raison semble être purement sportive.

« Salenko est très faible, il a été un buteur de la Coupe du monde dans un seul match et ensuite il n’a travaillé nulle part. Quand il a marqué cinq buts, l’équipe camerounaise n’était pas en conditions de jouer. A l’aube, il y avait encore des joueurs dans la piscine qui buvaient et qui se tenaient près des femmes. Sur le terrain, il y avait des joueurs qui venaient de boire. C’était contre cette équipe que Salenko était le meilleur buteur du Mondial » Carlos Alberto Parreira

Jamais plus on ne reverra Oleg Salenko au haut niveau. Son physique le lâche complètement et après une expérience mitigée à Istanbulsport en Turquie, il raccroche les crampons en Espagne, à Córdoba. Cette dernière expérience est un bon résumé de la fin de carrière de la légende Salenko. Avec les Andalous, il ne reste sous contrat que… 72 jours. Un deal pharaonique, près d’un million de pesetas par mois plus un autre million par but marqué et pourtant Salenko est loin de sa meilleure forme. Son genou est en miette et sa bedaine importante. Il ne réussira pas à faire trembler les filets mais provoquera une bagarre et se fera virer comme un mal propre.

« Tous les médias parlaient du record, mais je n’en avais pas pris conscience. Je n’ai vraiment réalisé que je détenais un record de la Coupe du Monde qu’après avoir mis un terme à ma carrière. Quelqu’un m’a proposé il y a cinq ans de vendre mon Soulier d’or aux Émirats Arabes Unis où ils prévoyaient d’organiser un gros tournoi et d’ouvrir un musée des exploits sportifs. Le tournoi n’a pas eu lieu et le projet est tombé à l’eau, mais j’en ai été honoré. Lorsqu’on me le demande, j’expose le trophée au restaurant du Stade Olympique de Kiev pour que les gens puissent le découvrir et prendre des photos. J’aimerais qu’il puisse être mis en valeur à l’occasion de la Coupe du Monde, en reconnaissance de toute l’équipe nationale de Russie, pas seulement pour moi ».

Salenko tentera bien un retour en Pologne quelques mois après, sans réel mieux sur le plan physique. L’expérience ne durera qu’un match. L’étoile filante Salenko a disparu. De Salenko on ne retiendra que ces 90 minutes durant lesquelles il était juste là où il fallait. Un match qui lui a permis d’être tout en haut mais qui marque le point culminant de sa carrière. La suite n’a été que des déceptions. Il sera même à deux doigts de vendre son prix de meilleur buteur pour éponger quelques dettes… On ne devrait pas vieillir.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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