120 ans de l’Athletic : Angleterre, Ketchup, Guardia Civil et autres anecdotes sur l’histoire de ses maillots

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Mercredi dernier, l’Athletic a dévoilé son nouveau maillot domicile pour la saison prochaine. Une tenue sobre dessinée par la marque américaine New Balance. Une bonne occasion de revenir sur les maillots emblématiques et loufoques du club bilbayen qui fête ses 120 ans.

Il ne faut jamais se tromper de cadeau quand un anniversaire important est en jeu. En l’espèce, c’est celui d’une institution : l’Athletic. Créé en 1898, il fête en effet ses 120 ans d’existence. Forcément, l’histoire de ses équipements est particulièrement remplie. Commençons donc par le commencement et voyageons à la fin du XIXe siècle.

Le logo des 120 ans, présent dans le col du maillot 2019 de l’Athletic [Crédits : Athletic Club]

Avant de passer au bleu : le blanc

Pendant les cinq premières années de son existence, l’Athletic n’utilise qu’un maillot blanc. Suffisant pour disputer de simples matchs amicaux. Les choses changent en 1903 avec la fusion entre l’Athletic Club et le Bilbao FC. Le maillot passe alors au bleu et blanc. La chemise est alors divisée en deux, une partie pour chaque couleur.
En fait, il faut attendre 1910/11 pour voir un maillot rojiblanco pour la première fois à Bilbao.

Avant de passer au rouge : le bleu

Certaines personnes avancent l’hypothèse selon laquelle les dirigeants de l’Athletic ont souhaité se rapprocher du club de Southampton. Mais sans être totalement fausse, cette hypothèse n’est pas la bonne.
Comme un grand nombre des équipes espagnoles, l’Athletic a été fondé par des immigrants anglais. Ce sont eux qui ont amené le football en terres basques. C’est donc logiquement que la direction du club est allée acheter ses tenues sur l’ile.

Le maillot domicile, saison 2018/19 [Crédits : Athletic Club]

Au tout début des années 1900, le choix se tournait vers des maillots bleu et blanc et l’Athletic n’a pas fait exception. Ces maillots appartenaient en réalité au Blackburn Rovers FC (aujourd’hui en D2 anglaise, ndlr), qui a gardé ces couleurs aujourd’hui encore.

L’histoire veut qu’en 1910, année où Juan Elorduy dirigeait le club, celui-ci soit allé en Angleterre pour acheter sa cinquantaine de chemise (divisée équitablement entre l’Athletic Club et l’Athletic de Madrid qui appartenait à cette époque à l’équipe de Bilbao, ndlr) mais serait rentré sans le trousseau. Il semblerait que le club anglais n’ait pas été en mesure de donner suffisamment de maillots.

Le maillot extérieur en 2010 [Crédits : StarMaillot]

Il peut paraitre aujourd’hui étonnant de voir la faible commande passée en 1910 (les supporters ne portaient pas les maillots de leur équipe, ndlr) et les difficultés pour s’approvisionner. Pourtant, c’est bien pour ces raisons que l’Athletic a abandonné le bleu de Blackburn, ville célèbre pour son industrie du textile pendant la Révolution industrielle.

Le passage au rouge : la stabilisation

Toujours selon cette histoire, c’est dans le port où Juan Elorduy devait rentrer bredouille qu’il aperçut les maillots de l’équipe locale, le Southampton FC. Cela tombe bien puisque le dirigeant ne souhaitait pas rentrer les mains vides. De plus, il sait que les ouvriers ayant participé à la fondation de son équipe venaient de cette ville. C’est décidé : sa cinquantaine de chemise, il va l’acheter ici.

C’est ainsi que l’Athletic a opté pour les couleurs rouge et blanche. Celles-ci sont ensuite apparues sur le logo du club, anciennement bleu et blanc. Ce rojiblanco est toujours d’actualité à Bilbao.

Le maillot bleu et blanc n’a pas pour autant disparu puisqu’il sert de maillot extérieur des années 1960 à 2005. Il fait une nouvelle apparition grâce à l’équipementier Umbro en 2010, avant de disparaitre à nouveau.

Ce n’est qu’en 2017, lors de la première année de New Balance, qu’il revient à nouveau, cette fois en guise de troisième équipement.

Le troisième maillot en 2017/18 [Crédits : Athletic Club]

Athletic Club Sportswear : la marque 100% Athletic

Après deux nouvelles saisons chez Adidas, l’Athletic décide de créer sa propre marque : Athletic Club Sportswear. Nous sommes en 2001. Celle-ci a pour mission de créer les premiers et seconds équipements – et dans certains cas, les troisièmes – de l’équipe basque.

Les graphistes de la marque du club prennent leur mission à cœur et leurs créations ne déçoivent pas les supporters. La pression est cependant forte car cela fait quelques décennies que les supporters s’intéressent aux maillots portés par leurs idoles. Les maillots ne sont plus qu’un équipement porté par les joueurs, ils deviennent aussi un style vestimentaire. Les designers ne peuvent pas travailler sans prendre en compte ce détail, surtout dans un club comme l’Athletic.

Des soucis financiers amèneront l’Athletic à laisser tomber la marque, qui continue aujourd’hui de faire des vêtements à l’effigie du club, mais uniquement pour les supporters. En 2009, l’Athletic fait appel à Umbro pour réaliser ses tenues de match.

Maillot domicile en 2005 [Crédits : camisetasdelathletic]

Athletic Club Sportswear : le maillot ketchup

Il existe pourtant un maillot connu, réalisé pendant la période active de la marque de l’Athletic, qui n’a pas été réalisé par les graphistes du club basque.

En 2004, la bonne saison de l’Athletic lui permet de pouvoir disputer la Coupe de l’UEFA. Fernando Lamikiz, alors président, décide pour fêter cela de laisser la conception du maillot domicile à l’artiste Dario Urzay, natif de Bilbao.

Le maillot présenté par son créateur [Crédits : Elconfidential]

C’est lors d’un match amical aux Pays-Bas, contre le FC Groningen (défaite 3-2 de l’Athletic, ndlr) qu’est utilisé pour la première et dernière fois le maillot de Dario Urzay.
Son utilisation en public éveilla de nombreux médias européens et conforta les supporters des Leones dans leur dégoût pour ce maillot, désormais surnommé le maillot ketchup.

Le maillot ketchup lors de son unique match [Crédits : 20Minutos]

La colère des supporters est très forte. Le Pays Basque en général est très conservateur et les Bilbayens refusent de voir leur équipe jouer avec ce maillot. Le président cède quelques heures après le match amical en annonçant que le vêtement ne sera plus porté.

En guise d’anecdote supplémentaire, Urzay a très mal pris la décision du club et a même bloqué les droits de l’Athletic sur son œuvre. Aujourd’hui, celle-ci lui a valu une plus grande renommée dans le monde de l’art. Son maillot est aussi devenu un œuvre de collection pour certains supporters et collectionneurs.
Amusant aussi de retrouver l’œuvre de l’artiste basque dans la très grande majorité des classements des maillots les plus laids de l’histoire du football.

Le flocage du maillot 2018/19 [Crédits : Athletic Club]

Des sponsors autant politiques que polémiques

En un peu moins de 110 ans d’existence, l’Athletic n’a jamais porté de sponsor sur son maillot. Les choses changent en 2004 avec l’apparition de l’inscription Euskadi sur le devant du maillot.

C’est en effet lors de la saison 2004/05, dont nous avons déjà parlé avec le maillot ketchup, qu’un sponsor trouve sa place sur le maillot rojiblanco. Pour cette première, c’est le gouvernement de la communauté autonome du Pays Basque qui prend la place. Pas étonnant pour une équipe alors constituée uniquement de joueurs nés en Euskadi (le Pays Basque espagnol, ndlr) et en Navarre.

Le maillot extérieur de 2012, encore très apprécié à Bilbao [Crédits : Athletic Club]

Après trois nouvelles années sans sponsor, l’Athletic renoue avec ce principe en trouvant un accord avec Petronor. La marque de raffinerie basque reste en partenariat avec l’Athletic jusqu’en 2014.

Mais tout cela n’est pas en lien direct avec la politique, contrairement à l’Athletic entre les années 2009 et 2014. Pendant cette période, le club de Bilbao laisse un bel espace de la manche gauche de ses maillots à la Députation Forale de Biscaye (la province basque où est situé Bilbao, ndlr).
Un partenariat en accord avec la logique dans une équipe constituée d’une grande majorité de joueurs originaires de cette province.

Et si nous parlons de polémique dans le titre de cette partie, c’est parce qu’il y en a eu plusieurs.
Quand aucun sponsor ne trouve sa place sur le maillot rojiblanco en 110 ans, difficile d’habituer les supporters à sa présence lorsqu’il en arrive un. Alors que la mention Euskadi ne fit pratiquement pas polémiquer, les Basques étant très fiers de leurs racines, quel que soit leur rapport avec le gouvernement en place, la venue de Petronor en 2009 ne suscita pas les mêmes réactions.

Le maillot sponsorisé par Euskadi [Crédits : Libertad Digital]

En effet, le maillot de l’Athletic est un symbole de l’identité basque depuis le franquisme. Avec l’interdiction d’arborer le drapeau régional, les supporters ont utilisé le maillot bilbayen pour montrer leur attachement régional.
Il est donc difficilement concevable pour eux de voir leurs rayures tachées de la sorte. Les supporters se sont tout de même habitués à cette présence, en partie grâce à la contribution financière de la marque.

Le contrat avec la banque Kutxabank, entré en vigueur en 2014, a créé une nouvelle vague d’indignation au sein de la population supportrice de l’Athletic. Ce n’est cette fois pas la « tâche sur le maillot » qui est remise en question mais bien la « tâche » en elle-même. Les relations entre la banque basque et la société locale sont en effet mauvaises. Des expulsions injustifiées à leur mauvaise gestion sociale, c’est l’institution bancaire en elle-même qui est critiquée par les supporters.

Le maillot domicile, saison 2018/19 [Crédits : Athletic Club]

Quelques années plus tard, nous pouvons constater que ce sponsor ne fait plus polémiquer ou beaucoup moins. Les athletizales ont sûrement remarqué l’apport financier d’un tel partenariat. Il a donc été plus facile de s’adapter aux sponsors qu’à la sauce tomate sur les maillots !

2016/17 : la polémique du maillot Guardia Civil

Au final, nous pouvons remarquer qu’il y a eu peu de polémiques concernant le design des maillots de l’Athletic. La plus récente date de 2016, avec la présentation par Nike du nouveau maillot extérieur, pour la saison 2016/17.

La Guardia Civil [Crédits : ElConfidential]

Alors que certains – et notamment en dehors de la péninsule ibérique – y ont vu une ressemblance avec le maillot vert du Portugal, en Espagne, beaucoup ont remarqué la flagrante ressemblance avec les tenues de la Guardia Civil. L’équivalent de la gendarmerie française possède en effet des couleurs très proches de celles du maillot de l’Athletic.

La maillot en question [Crédits : Athletic Club]

Au final, ce sont plus les supporters des équipes adverses qui ont profité de cette polémique pour se moquer de l’équipe basque. Des cris « Viva la Guardia Civil » se sont souvent fait entendre lorsque les joueurs de l’Athletic portaient ce maillot.
Du côté des supporters bilbayens, cette polémique n’a eu pour effet marquant qu’une forte baisse des ventes de ce maillot. Tout cela s’explique par les rapports houleux entre cette police du Ministre de l’Intérieur espagnol et la population basque.

Les trois maillots de la saison 2017/18 [Crédits : TodoSobreCamisetas]

Finalement, les polémiques concernant les maillots des Leones sont rares. L’expérience du maillot ketchup est dans les carnets de notes des designers. La Biscaye est trop conservatrice pour faire dans l’extravagant.

Jérémy
@Euskarade

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