On était à la victoire du Barça en Youth League

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Crédits : Evening Standard
Crédits : Evening Standard

Pour la deuxième fois, le Barça a remporté la Youth League. FuriaLiga a assisté sur place à la victoire contre Chelsea. Une ambiance simple, du bon football et un Riqui Puig, au-dessus de toute le monde.

Nan mais maman, on est pour Chelsea nous. Allez, chante : CHELSEAAAA, CHELSEAAAA ” vocifère un enfant sur le bord du terrain. À proximité, un autre gamin fait très fort : t-shirt CR7, casquette Barça. Soyons excessivement indulgent, car il faut dire que pour cette phase finale de la Youth League, le public est très jeune. L’événement a été pensé de sorte qu’il fasse office de fête du football. Tous les clubs amateurs de la région de Nyon, où se déroule la fin du tournoi, sont représentés parmi les spectateurs. On vient avec ses parents, ses copains d’école ou ceux du club de foot admirer les futurs stars de demain. Dans le bus menant au stade, un individu s’adresse sur whats’app à ses amis, dans un groupe appelé “les BG de 2006”. 2006…, eh bien soit, roulez jeunesse !

Avant que le coup d’envoi ne soit donné, c’est un peu la chasse aux célébrités. Michael Essien a été repéré et enchaîne les selfies. Moins glamour, toute la direction sportive du Barça s’est déplacée pour voir ses protégés. Pep Segura, Robert Fernández, Guillermo Amor et Bakero sont de la partie, bien encostumés, passant incognito à-travers la foule. Comme la seule tribune du stade de Colovray, petit écrin située à proximité du Lac Léman et entouré par les bâtiments de l’UEFA, est réservée aux VIP, le bas peuple (moi compris) est assis en face sur une colline, un peu comme sur la Henman Hill à Wimbledon. La penya genevoise du Barça est présente, les drapeaux blaugranas flottent dans le ciel orageux. On aperçoit même une estelada, fameux drapeau de l’indépendantisme catalan, sans que son propriétaire ne se fasse aucunement inquiéter.

Sur le gazon parfaitement soigné, le spectacle commence. Chelsea réussit un premier pressing qui force le Barça à dégager. Puis un deuxième… En plus de devoir composer avec une pression londonienne efficace, il faut prendre la mesure du terrain relativement petit. Moins d’espace équivaut à moins de temps pour s’exécuter. Pendant les premières minutes, l’équipe Francisco Javier García Pimienta est contrariée par ce problème qui se pose à elle. Jandro Orellana, son numéro 6 peine à se faire trouver. Il n’arrive pas à lui seul à déjouer le plan adverse. Après avoir butté sur son idée initiale, l’équipe barcelonaise trouve une voie alternative pour sortir proprement de son camp de défense. Si Chelsea a densifié l’axe, il faut passer par les côtés.

Réfléchir pour jouer

Au lieu de chercher Jandro Orellana, son numéro 6, elle priorise les passes vers les latéraux. Comme il y en a toujours un de libre, les Catalans les utilisent pour progresser. Ce sont donc Mateu et Miranda, le premier davantage que le second, qui font remonter le ballon. Dans la suite de l’action, il n’est pas rare de voir intervenir l’ailier droit Carles Pérez. Avec ses foulées courtes, propices aux nombreux changements de direction, le gaucher repique systématiquement vers l’intérieur. Même si ses actions tendent à être prévisibles, il n’en reste pas moins difficile à gérer pour l’arrière-garde des Blues. Contrairement à ce que l’on a pu voir au club il y a quelques années, Pérez n’est pas un ailier à la Pedro qui collerait la ligne de touche.

Au fil des minutes, les Espagnols sont de plus en plus à l’aise. Ils s’installent dans le camp d’en face et mettent en place leur jeu. Dans ce contexte-là, un joueur en particulier peut s’exprimer : Riqui Puig. Numéro 14 apposé à son maillot, il rayonne. Beaucoup de bons joueurs ont foulé cette même pelouse lors des dernières années dans cette compétition, mais à n’en pas douter, Puig fait partie du haut du panier.

Riqui Puig, un sacré projet de joueur, appelé par le Barça B récemment. /Crédits : Goal.com

Le cerveau avant tout

Au premier abord, ce qui choque le plus est sa taille. À côté des autres joueurs, on dirait un enfant (encore plus que ses compères du milieu, Collado et Orellana, pas bien grands eux non plus). D’ailleurs, celle-ci lui a causé quelques contrariétés ces dernières années, raison pour laquelle il a décidé de ne pas monter tout de suite en Juvenil A et de rester encore un an de plus en Juvenil B la saison passée. Mais depuis que Pimienta a succédé à Gabri à la tête des Juvenil A, le petit Puig progresse à grand pas. Pour commencer, il pense plus vite que tout le monde. À la Masia, il a acquis ce geste indispensable qui est celui de regarder un coup par-dessus son épaule avant de recevoir le ballon. Ainsi, il sait déjà ce qui l’entoure et ce qu’il va faire à l’avance. Sa rapidité d’exécution s’en trouve augmentée. Au milieu de tous les joueurs, il danse. Il se place dans les intervalles, appelle, contre-appelle, bouge en fonction de la position de ses partenaires, compense les mouvements de ceux-ci. En quelques minutes, il offre un récital de déplacements sans ballons, faisant mire de toute son intelligence tactique. Si Riqui est autant en vue, c’est qu’il demande incessamment la balle, ne se défaussant jamais. Il y a chez lui une volonté d’être protagoniste à tout instant. À chaque réception, il est bien profilé ; de 3/4, afin de ne pas être complètement dos au jeu et de pouvoir se retourner plus facilement. Les fondamentaux du jeu de position sont totalement maîtrisés.

Grâce à une passe parfaite de sa part dans l’espace pour Abel Ruiz à qui Pimienta vient de demander un repositionnement à gauche, le numéro 9 peut centrer et assister Alejandro Marqués (30e). Pour fêter ce premier but, les drapeaux blaugranas ressortent pour quelques secondes. Un spectateur tente une félicitation en espagnol, peu sûr de la prononciation et des mots employés. On est dans le registre bon enfant par excellence. Pas une insulte, surtout des applaudissements et des exclamations de surprise, ponctués de quelques rires. La demi-heure de jeu franchie, le Barça est devant et un constat s’impose : il ne souffre pas en défense. Les quatre buts reçus par Manchester City en demies n’ont pas ébranlé les certitudes catalanes, meilleure défense de la compétition jusqu’à la rencontre face aux Citizens. Il faut qu’un exploit individuel sorte des pieds de St Clair & cie pour qu’un semblant de désordre soit instigué. Les Anglais tentent de jouer en profondeur sans succès, les centraux la gérant de manière optimale.

La force collective avant tout

A la 51e, Marques profite d’une erreur terrible de Guehi pour marquer le deuxième. Le Vénézuélien inscrit un doublé en finale, pour le plus grand bonheur de la presse de son pays reprenant sans plus tarder la nouvelle. Par la suite, Chelsea se procure des occasions dangereuses, qu’il ne convertit pas de justesse. La forteresse tient bon. C’est à la suite de cette vague que Riqui Puig décide de reprendre son récital, changeant le cours de la partie. Barcelone est à la recherche du troisième pendant que Puig fait admirer une nouvelle qualité dans son jeu, à savoir un premier coup de rein bien utile pour se débarrasser de ses poursuivants. Pourtant, certains spectateurs quadragénaires pestent contre le manque de folie. “C’est comme ça le foot maintenant. Moi je suis allé aux deux dernières finales de Ligue des Champions et je me suis ennuyé. Ah, ça je peux vous le dire“, ose l’un d’eux. Comme quoi, on voit ce que l’on a envie de voir, passant à côté de l’exceptionnel sans sourciller.

Pour condamner les dires de ce monsieur aux goûts très sélectifs, le Barça obtient le troisième gol. Abel Ruiz reprend une offrande et tient enfin son but, lui, la star de cette équipe. Alors seulement, son oeuvre parachevée, Riqui Puig peut s’en aller. Sur le banc, on le prend dans ses bras, on le soulève tel un wonderkid, gamin merveilleux qu’il est. Et dire que son contrat n’a toujours pas été prolongé et qu’il échoit le 30 juin…

Le coup de sifflet final interrompt mes pensées politiques, le Barça est champion ! En Suisse, faute d’affiches de haut niveau, la pelouse est envahie à chaque match un tant soit peu prestigieux. Comme chaque année, le public de la Youth League ne déroge pas à ses traditions, offrant un bain de foule à ces jeunes hommes devenus des héros de passage en à peine 90 minutes.

“Merci de ne pas rentrer sur le terrain”.

Dans les gradins, les dirigeants se congratulent de la victoire et sûrement qu’ils se préparent à faire face à une question tenace : alors que la formation barcelonaise se porte bien, pourquoi le dernier joueur de la Masia à avoir intégré la première équipe a-t-il 26 ans ? Dans la soirée, à milles lieues de Nyon, les éditorialistes s’en donneront à coeur joie de ressasser cette interrogation fatidique. Les succès sont toujours trop furtifs dans le football.

Elias Baillif

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