Barça : Des problèmes de riches et des interrogations

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Combien de clubs rêveraient de réaliser un doublé Liga-Copa ? A peu près tous. Mais au Barça, ce n’est jamais aussi simple. Car les Blaugranas ont beau être invaincus en championnat et à un match d’un quadruplé historique en coupe, l’afición culé gronde. Des problèmes de (très) riches certes mais qui suscitent bon nombre d’interrogations au moment où l’institution n’a jamais été aussi puissante économiquement.

L’annonce avait quelque chose d’incongru par rapport au contexte. Au lendemain de la piteuse élimination du FC Barcelone contre la Roma au terme d’un 1/4 de finale retour de Ligue des Champions complètement loupé, son président, Josep María Bartomeu déclarait fièrement et solennellement que l’Espai Barça, ce projet pharaonique qui redessine totalement l’architecture des alentours du Camp Nou, verra bientôt le jour. Excellent gestionnaire, Bartomeu a permis à son club de devancer pour la première fois le Real Madrid en termes de retombées économiques. Médiatiquement et économiquement, le Barça n’a jamais été aussi puissant. Ce n’est pas un hasard si la boutique Nike du stade est celle où la marque au swoosh facture le plus au monde. Difficile de jouer la carte de la différence désormais… en fait si. Mais c’est hors du domaine de compétence de Bartomeu : le sportif.

Enfants gâtés 

Homme de chiffres, Bartomeu peut arguer que, sortie des 90 minutes de calvaire à l’Olimpico, la saison du Barça reste plus que positive : leader incontesté en Liga en étant invaincu avec la meilleure attaque et la 2e défense, finaliste de la Copa, vainqueur du Clásico au Santiago Bernabéu en décembre et Lionel Messi Pichichi et meilleur passeur du championnat. Sur la scène domestique, difficile de faire mieux. Mais, à l’image de clubs comme le Paris Saint-Germain et Manchester City, la saison 2017-2018 ne sera pas réussie… sans être vraiment ratée, surtout quand on se rappelle de l’humiliation en SuperCopa contre l’ennemi merengue en début d’exercice. A ce moment-là, qui aurait pu croire que le Barça serait à l’aube d’un doublé ? Au contraire, les gazettes promettaient déjà une razzia au Real de Zidane et pourquoi pas le sextuplé comme Pep Guardiola. Huit mois plus tard, la tendance s’est complètement inversée en Espagne. La Casa Blanca a été sortie à domicile par le voisin désargenté Leganés et termine la Liga sur un rythme despacito. Mais si elle remporte la décimotercera et réalise le triplé en Ligue des Champions, c’est bien elle qui aura réussi sa saison alors que, sur le plan du jeu, elle a largement déçu, sauf dans “sa” compétition.

Il ne faut pas oublier que le Barça initie un nouveau cycle sportif. Luis Enrique est parti retourner faire du vélo dans les Asturies et Ernesto Valverde, coach très coté de l’autre côté des Pyrénées, est venu restaurer les fondations culés. A plusieurs moments de la saison, les Culés ont été irrésistibles et la presse locale avait d’ailleurs surnommé ce renouveau le “Barça de Valverde”.

Évidemment, il y a eu de nombreux signes annonciateurs de la débâcle de Rome, y compris lors du match aller lors duquel les Blaugranas ont mal géré leur avantage. Messi a souvent sauvé les apparences par des inspirations divines. Certes, Txingurri aurait pu faire davantage confiance aux jeunes pousses de la Masia qui galèrent en Barça B, peu aidées par Gerard López dont le bail devrait prendre fin dès ce weekend en cas de nouveau revers. Cependant, on peut aussi se demander si l’afición culé n’en fait pas trop avec ces jeunes joueurs. Oui, Josep María Bartomeu et Pep Segura détricotent l’héritage de la cantera, oui Gerard López est un piètre entraîneur, mais au-delà de ces évidences, quels sont les joueurs qui ont le niveau pour entrer véritablement dans le groupe ? Valverde les a entraînés à maintes occasions, il sait travailler avec des joueurs en devenir et aucun membre de la B, pas même Carles Aleñá, n’a eu sa chance sur la durée : il doit sans doute y avoir une raison sportive non ? Car après savouré la génération dorée des Carles Puyol, Xavi Hernández, Sergio Busquets, Lionel Messi et Andrés Iniesta – qui vit ses dernières semaines en blaugrana – les supporters du Barça doivent se rendre à l’évidence : ce qui est exceptionnel est par essence éphémère. La Masia continuera de sortir un ou deux talents, peut-être même un authentique crack, mais il faudra attendre un long, voire très long moment pour retrouver une telle densité de génie. Le XI titulaire contre le Celta sans canteranos est l’avenir du Barça car c’est une conséquence de la perpétuelle course à l’armement qui régit le football européen.

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Politique du chéquier, hypocrisie et choix ontologique

Avec la perte de Neymar au cours de l’été, le Barça a pris un très gros éclat en termes de business et de merchandising. Parmi les joueurs les plus bankable du moment, le Brésilien devait en quelque sorte succéder à Lionel Messi. Trop pressé, le meneur de jeu de la Seleção a mis les voiles vers Paris, désireux de s’émanciper de la Pulga mais sans pour autant dépasser le Maître. Complètement pris au dépourvu, humilié publiquement, Bartomeu n’a pas eu d’autre choix que d’encaisser la clause de 222M€. Un coup forcé comme on dirait aux échecs mais qui aurait pu être une aubaine si le board culé avait su gérer l’événement, ce qui n’a pas été le cas, loin sans faut. Les liasses de billets ont brûlé les doigts de Josep María Bartomeu et de Robert Fernández, le directeur sportif, qui ont navigué à vue.

Le 28 août, alors que la presse était conviée à l’Auditori 1899 pour l’officialisation de l’arrivée d’Ousmane Dembélé, le planning – qui avait déjà plus d’une heure de retard – a été chamboulé et inversé : la présentation au public s’est faite avant la conférence de presse. La raison : le transfert n’était pas encore bouclé entre le Barça, le joueur et le Borussia Dortmund. Une improvisation qui va de paire avec le montant du transfert, totalement surévalué (140M€ bonus compris). Un panic buy qui a, en partie, ralenti la venue de Philippe Coutinho dont l’arrivée en janvier n’a pas vraiment de sens, ni pour le joueur, ni pour le club. Au rang des arrivées, on peut aussi mentionner celle du défenseur Yerry Mina qui a à peine joué depuis cet hiver.

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Pour résumer : le Barça a de l’argent, beaucoup d’argent mais vu le niveau des dirigeants au niveau sportif, c’est trop d’argent. Au final, Josep María Bartomeu fait figure de Florentino Pérez aux petits pieds. Commencer les conférences de presse en catalan, répéter à l’envi “Més que un club” c’est bien gentil mais si c’est pour, au final, agir exactement comme le Real Madrid et dégainer le chéquier sans regarder ce qu’il y a à disposition et sans prévoir à moyen terme, cela revient à bafouer l’héritage historique du Barça, déjà bien entamé depuis que le maillot blaugrana porte un sponsor et qui a repris un bon coup de canif lors du match à huit clos contre Las Palmas lors du référendum illégal qui a montré de manière étincelante que les points en Liga valaient plus que le rôle de porte-voix de la société catalane. Et si les dirigeants ont du mal à assumer ce changement d’ère, l’afición pas davantage quoique ce ne soit pas propre au Barça. Pour devenir le club le plus puissant au monde, à l’heure actuelle, les trophées prévalent sur l’identité profonde du FC Barcelone, quitte à jouer dans un Camp Nou morne devenu un repère à touristes avides de selfies. A force de réclamer l’exceptionnel, le Barça risque de perdre le plus important : sa raison d’être en Catalogne.

François Miguel Boudet

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