Dix ans de vogue et Málaga coula…

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Dix après être remonté en Liga, Málaga va faire ses adieux à l’élite, alors qu’un futur difficile l’attend. Comment le club en est-il arrivé là et vers quoi se dirige-t-il ? 

Crédits : Egypt Today

En dix ans, Málaga a réussi à s’imposer comme une figure qui compte dans le championnat espagnol. Il y a eu le Málaga européen de Pellegrini avec Isco, Joaquín, van Nistelrooy et Santi Cazorla. Puis le Málaga de Javi Gracia, qui avec peu, se distinguait particulièrement contre les grandes équipes. Il y a aussi eu la cantera andalouse, qui a produit des joueurs comme Fornals, Juanpi, Juanmi et le susmentionné Isco. Pourtant, depuis que le cheikh Abdullah Al Thani (parent de l’émir du Qatar et propriétaire du PSG) a racheté le club en juin 2010, les turbulences ont affecté Málaga sans discontinuer.

Cheikh chose est un mystère

Depuis 2012, Al Thani a quitté Málaga. Non pas qu’il ait vendu le club et quitté sa présidence ; ce qu’il a quitté, ce sont les terres andalouses. Ses enfants, membres du conseil d’administration et gagnant 1,4 million d’euros par année, sont eux restés en Espagne, sans pour autant représenter le club. Ils vivent cachés, sans mettre les pieds au stade. Dès lors, difficile de savoir comment fonctionne l’entité. Mardi, Javier Tebas, président de la Liga, a sommé Málaga de nommer un directeur général. Depuis 2015, le poste est vacant, bien qu’il ait été officieusement repris par l’avocat du club, Joaquín Jofre. De fait, certains postes sont occupés par des fantômes au sein de l’entreprise malaguène. À titre d’exemple, il n’y a pas de directeur marketing actuellement. “On ne sait pas comment fonctionne le club. Il y a un directeur général [officieux donc] et un directeur sportif. On imagine que toutes les décisions doivent passer à-travers le cheikh” informe Justo Rodríguez, journaliste de la Cadena Ser à Málaga.

Al Thani au Qatar, ses enfants bien discrets, le directeur général qui n’en est pas vraiment un, la figure la plus visible de l’organigramme est celle du directeur sportif, Mario Husillos. Mais même là, personne ne connaît l’étendue de son activité. Et pour cause, le strapontin a connu un nombre d’occupants élevés ces dernières années. Licenciements, intérims, ré-engagements, certains murmurent qu’en virant les responsables de la planification sportive, le cheikh protège sa personne. La figure du coupable idéal est toute désignée en la personne du directeur sportif. Le dernier remercié en date a été Francesc Arnau, écarté en octobre 2017. Il a été inculpé de toutes responsabilités de l’échec sportif, quand bien même le cheikh était venu s’immiscer dans son travail l’été passé en empêchant les signatures de Javi García et Adrián López, ou en le court-circuitant dans la venue d’Esteban Rolón. À la place d’Arnau, c’est donc Mario Husillos qui a été engagé, et qui pourrait bien être congédié une quatrième fois en six ans par Al Thani.

“Coupable de couler Málag, Al Thani dégage maintenant”

La réalité du terrain 

Si dans les coulisses les choses sont chaotiques, il en va de même avec le terrain. L’été a laissé de graves traces dont Míchel, l’entraîneur jusqu’en janvier 2018 n’est pas parvenu à se remettre. Le départ de Fornals à Villarreal qui n’a eu qu’à activer la clause libératoire du joueur, couplé à celui de Camacho, le maître à jouer de ces dernières saisons, et du défenseur Diego Llorente ont plongé l’équipe dans une crise de jeu sans précédent. Les mercatos n’ont eux rien arrangé. “La cause principale de la débâcle actuelle, c’est surtout l’effectif. Cette saison, ils ont vendu les meilleurs joueurs. Soit ils ne les ont pas remplacés, soit ils les ont à moitié remplacé, et voilà ce qui est arrivé. C’est un mélange entre ça, les entraîneurs, le cheikh qui est un désastre et les directeurs sportifs qui ont composé cette équipe” reprend Justo Rodríguez. Pendant un temps, Javi Gracia s’est débrouillé pour que la mauvaise gestion dans les bureaux ne se traduise pas par une catastrophe footballistique. Dès son départ, Málaga a souffert. Sur les deux dernières saisons, l’équipe n’a été convaincante que durant les premiers mois du mandat de Míchel. La dynamique est globalement très négative.

Le plus grand problème de ce Málaga-là réside au milieu de terrain. Il manque ce milieu de terrain organisateur comme l’a été Camacho. Devant et sur les côtés, les forces en présence auraient de quoi faire la différence si elles étaient intégrées dans un bon collectif, ce qui est loin d’être le cas. Alors, transparaissent les limites de ces joueurs offensifs, qui malgré une certaine qualité, n’ont pas la capacité de prendre à eux seuls les rênes de l’équipe, comme ont pu le faire Sergio León à Osasuna par le passé ou Morales à Levante cette saison. Quand on analyse cette équipe, on se rend rapidement compte du fait qu’elle n’a aucune force, aucune idée à laquelle se raccrocher.

“Ce n’est qu’à partir de janvier qu’Husillos a pu avoir le contrôle. Et les joueurs qu’il a signés en janvier sont des joueurs qui sont venus sans temps de jeu dans leurs équipes, sans rythme, et qui n’ont au final rien apporté” poursuit Justo Rodríguez. Les Boquerones ont empilé les attaquants et les ailiers avec une, voire deux bonnes saisons dans leurs carrières seulement. Cela s’est révélé être une armée de faux bons plans. Sans parler du fait qu’un tiers de l’effectif est composé de joueurs prêtés. Difficile de composer un projet à long terme de la sorte. Toutefois, d’autres clubs ont montré qu’il était possible de s’en sortir ainsi. Le meilleur exemple étant celui d’Alavés, transformé depuis qu’il a été repris par Abelardo. Mais voilà, les Andalous n’ont pas la chance d’avoir un entraîneur comme disposent les Basques. Sans bon entraîneur et sans effectif capable de se prendre en main tout seul, pas de miracle…

Des nuages au-dessus de la Méditerranée 

Plutôt que de s’appitoyer, il est à présent urgent de préparer la saison à venir en Segunda. Avant toute chose, trouver un entraîneur. Juan Ramón López Muñiz était la première option jusqu’à ce que le club essuie un refus de sa part, lui qui devrait s’engager avec Las Palmas. Fran Escribá, José Luis Oltra ou Joseba Arrasate sont des noms qui reviennent. Dans tous les cas, le club recherche un entraîneur d’expérience, et non un jeune entraîneur novateur.

Ensuite, viendra le tour de la planification sportive. Toute l’équipe sera à reconstruire, étant donné que la majorité des joueurs quittera le navire. Les prêtés retourneront dans leurs clubs, les gros salaires chercheront une autre équipe alors que les joueurs confirmés de première division (Recio, Rosales, Luis Hernández) trouveront sans problème un acquéreur.

Au vu de l’exigence de la Segunda, impossible de remonter sans avoir bien travaillé en amont. Et comme le bon travail n’est pas le fort du club méditerranéen, les craintes de ne pas pouvoir retrouver la Liga sont bien présentes. D’autant que certaines équipes de cette division mènent un projet à long terme qui font d’elles de redoutables concurrentes pour la montée (Cadix, Real Oviedo). “Bien sûr qu’il y a la peur de rester en Segunda. Beaucoup de gens pensent qu’on va être le Real Madrid de deuxième division et qu’on va remonter sans rien faire. Mais la deuxième division est très compliquée. Si on ne fait pas attention, on peut même descendre en Segunda B”, argue le journaliste malaguène.

Crédits : nuevofutbol.com

Un changement de propriétaire ?

Au-devant de ce futur nébuleux, le très fidèle et chantant public de la Rosaleda a déjà manifesté à plusieurs reprises son ras-le-bol envers Al Thani. Le fameux “vete ya“, cantique d’exaspération par excellence au pays des Ibères a résonné à moultes reprises au sein de l’enceinte andalouse. Le cheikh n’est pas attaché au club, comme l’a montré son désintéressement croissant à mesure que les saisons passent. De plus, le Qatari ne s’exprime quasiment jamais, diatribes sur Twitter exceptées. Personne ne sait ce qu’il entend faire du club, ni ce qu’il représente pour lui.

Le 8 décembre s’annonce comme une date à laquelle les supporters blanquiazules pourraient festoyer. Ce jour-là, se célébrera un procès dans lequel Al Thani pourrait perdre 49% des parts du club au profit de la chaîne hôtelière Bluebay. Le litige porte sur l’attribution des actions au moment où Al Thani a acheté le club. En cas de victoire de Bluebay, il y a fort à parier que le cheikh, qui dispose aujourd’hui du 97% du club, quitte Málaga. “Maintenant, ce qu’il faut, c’est de l’air frais. On ne sait pas si Bluebay vient pour vendre, pour faire de l’argent ou pour construire une bonne équipe. Mais au vu de ce qui se passe actuellement, tout le monde veut de l’air frais. Et si non, que Bluebay vende le club. Málaga est un club attrayant : il y a la ville, l’afición, la Costa del Sol, …” conclut un Justo Rodríguez peu inquiet quant à une éventuelle reprise par un nouvel investisseur.

Crédits : Blog Málaga

La principale difficulté pour Málaga pour les prochains mois va être de bâtir une équipe pour la Segunda, sans savoir qui sera à la tête du club dans quelques mois. Sans compter qu’un changement de propriétaire en cours de saison n’est jamais un élément facile à gérer. Dix ans après, tout est à refaire… Au moins, durant ces années, l’histoire aura été joyeuse par moments.

Elias Baillif

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