On était dans un Vallecas en feu pour Rayo-Saragosse

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Un stade plein, un parcage visiteur bondé et animé : au-delà du match et de l’intérêt sportif élevé, ce Rayo-Saragosse disputé dimanche en fin d’après-midi a été un partidazo en termes de décibels et de spectacle dans les tribunes. Si, en plus, les Rayistas inscrivent des golazos, alors Vallecas s’embrase. ¡Furia Liga! y était.

Vallecas n’est certainement pas le stade le plus grand d’Espagne mais il est assurément l’un des plus légendaires. Entre ses 3 tribunes (la 4e ne peut être construite en raison des immeubles), son aspect vétuste des murs décrépis aux urinoirs qui fuient, ses bruyants Bukaneros et son appartenance affichée au peuple ouvrier, le stade du Rayo Vallecano semble appartenir à l’ancien temps, celui où une équipe était le reflet du quartier qu’il représentait. C’est toute l’ambiguïté : on aimerait tous que notre club conserve ce lien tout en jouant les premiers rôles. On voudrait tous avoir un morceau de Rayo Vallecano et ce n’est pas un hasard s’il existe tout une mythologie autour des Rayistas.

Quand on descend à Portazgo, on se rend immédiatement compte que nous sommes bien dans un quartier populaire de Madrid. Seules les grosses cylindrées des joueurs (on suppose), de bons gros SUV de marques allemandes jurant avec le paysage, rappellent que, même en Segunda, les salaires peuvent être confortables.

Cubatas devant Catherine Zeta-Jones

Nous sommes deux heures avant le match. Les terrasses sont remplies de supporters de Saragosse. Les Maños sont 6es au classement, le dernier strapontin pour disputer les barrages d’accession en Liga. Partout, on voit du bleu et blanc. Ça chante, ça rit, ça siffle des cañas et du tinto de verano. Pendant que les vendeurs de pipas et d’écharpes installent leurs tréteaux, c’est l’effervescence devant les taquillas. Les supporters des deux camps font la queue pour récupérer une place. “Les places en fondo, il n’y en a plus depuis mardi, peu sont mises en vente et ça part très vite”, explique le guichetier, la soixantaine bien tassée et cheveux blancs immaculés. Le fondo, c’est la tribune des Bukaneros, le groupe ultra emblématique du Rayo, peut-être le plus connu du Royaume. Opposés au président Presa, ils sont l’âme du club.

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Dans la cafétéria du stade, des supporters de Zaragoza ont entamé l’apéro depuis un petit moment déjà. L’un d’eux, chapeau Saint-Patrick sur la tête, lance des cánticos à tue-tête. Au-dessus de la barra, un carré d’écran diffusent en simultané la fin de Milan-Naples, de l’Amstel Gold Race, le début d’Atlético-Levante et… le Masque de Zorro (Ah, Catherine Zeta-Jones !). Ça tombe les cubatas de gin tonic et les tercios de Mahou aux couleurs du Rayo avant 18 heures et le coup d’envoi de ce match capital. L’ambiance est bon enfant entre les deux hinchadas. Ça change d’un pays qui émet des arrêtés préfectoraux pour un oui et surtout pour un non…

Marseillaise, sosie de Verratti et derechazos

Le football, ça va vite. A la même époque en 2017, les Rayistas se demandaient si après la descente en Segunda ils n’allaient pas vivre le “doublé” et plonger en Segunda B, la troisième division espagnole. Cet après-midi, en cas de victoire, ils resteraient 2es du classement, à égalité de points avec le Sporting de Gijón qui a gagné son match à Valladolid. Ironie de l’histoire, le Sporting est entraîné par Rubén Baraja, l’ancien coach du Rayo remplacé par Míchel, aucun rapport avec l’ancien entraîneur de l’OM et Málaga.

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Comme on pouvait s’y attendre, le parcage réservé à l’afición de Zaragoza est plein. “D’habitude c’est vide mais quand on affronte de grandes équipes c’est souvent rempli”, sourit Jaime Bonnail, journaliste abonné à Vallecas qui vient toujours avec son écharpe fétiche et qu’il porte depuis 15 ans. Aux “¡Sí se puede!” des supporters adverses, les Bukaneros répondent par une version locale du “Aux Armes” du Vélodrome et de La Marseillaise, toujours lancée à la 24e minutes. “Alors Fran, tu ne te sens pas comme à la maison ?!” plaisante Jaime qui a, il y a quelques années, créé l’inverse de ¡Furia Liga!, c’est-à-dire un site en espagnol qui parle de football français.

Sur le terrain, le Rayo fait le jeu et Zaragoza procède par contres. Au milieu, Fran Beltrán, 5e meilleur récupérateur de Segunda, rayonne. “Il me fait penser à Verratti dans le style”, s’enflamme Jaime. C’est vrai que Beltrán est un modèle réduit qui se démultiplie pour récupérer et relancer. Dans son sillage, les Rayistas mettent les Maños en difficulté mais l’arbitre rechigne plusieurs fois à siffler, ce qui a le don d’exaspérer Vallecas. A la pause, le score est nul et vierge et le trio arbitral rentre aux vestiaires sous la bronca.

En 2e période, le Rayo attaque face aux Bukaneros. “¡Todo el estadio tiene que animar!” scande les tribunes de Vallecas. Oui, tout le stade doit encourager les siens pour faire basculer le match. Et sur un derechazo sans élan, Raúl De Tomás, le 2e meilleur buteur de Segunda avec désormais 20 pions au compteur, trouve l’ouverture en forçant la serrure. 1-0 pour le Rayo, le stade explose. Ça chante, ça saute, les drapeaux et les écharpes virevoltent, les murs tremblent.

Et ce n’est pas fini. Vous vous rappelez de l’ancien Toulousain Óscar Trejo ? A la récupération d’un mauvais dégagement de la défense de Zaragoza, il glisse un amour de frappe du droit dans la lucarne et libère tout un peuple. Il y a 11.500 personnes dans l’enceinte mais elles font du bruit comme 100.000.

La réduction de l’écart en tout fin de match sur une énorme boulette du gardien rayista rajoute un peu de tension dans les ultimes minutes. Le score reste à 2-1 et Vallecas peut exulter de longs instants avec ses joueurs. Il est près de 20 heures et le Rayo, dans l’attente du résultat de Huesca-Barça B de lundi soir, dispose de 5 points d’avance sur le 3e et est plus que jamais bien placé pour accéder directement à la Liga. Un club comme ça mérite la Primera. Plus que quelques matches et le Rayo retrouvera la place qui est la sienne.

François Miguel Boudet

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