Takashi Inui, l’autre bataille entre Eibar et le Betis

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Devenu plus qu’un joueur de foot en Liga, Takashi Inui est le symbole de la lutte sportive entre Eibar et le Betis. Les deux clubs s’affrontent lors de cette 31e journée avec comme objectif une qualification européenne à la fin de la saison. En plus, les deux clubs se disputent aussi l’ailier japonais, tiraillé entre le désir de rester dans un club qui l’a adopté et celui de franchir un cap à presque 30 ans. Portrait et avenir de Taka, un homme que tout le monde apprécie. 

« Nous devons essayer que des clubs comme Eibar, Levante ou Leganés aient des joueurs qui sont des références dans certains pays, on a eu Eibar avec Inui, qui l’année prochaine va au Betis, de toutes façons ». Par ces quelques mots, cette petite phrase lâchée lors d’une conférence sur le développement de la Liga à l’international, Javier Tebas a encore une fois mis le feu aux poudres. Sans réellement le vouloir, le sulfureux président de la Ligue espagnole vient de rendre un match déjà crucial encore plus tendu avec comme symbole la situation contractuelle de Takashi Inui.

Crédtis : Fcbarcelona.fr

L’ailier japonais est de ces joueurs qui deviennent des chouchous sans vraiment le chercher. Takashi, ou Taka pour les intimes, est rapidement devenu la coqueluche d’Ipurua. Sans être la star ou avoir l’aura d’un Pedro León, l’ancien de l’Eintracht et du Cerezo est réellement apprécié au Pays basque. Toujours souriant, il répond constamment aux attentes sur le terrain. Son style, qui a fortement évolué sous les ordres de José Luis Mendilibar, fait de lui un des meilleurs milieux excentrés d’Espagne. Tout logiquement, il est fortement courtisé, surtout qu’il se trouve en fin de contrat en juin 2018.

« Inui est un joueur important pour nous. Il a capturé mon idée de football et en ce moment, il est le joueur qui interprète le mieux ce que je veux de l’équipe » Mendilibar dithyrambique

Les débuts du jeune Takashi sont plus que brillants au Japon. En 2007, après avoir remporté l’un des tournois inter-lycées les plus importants du pays, il signe directement en J1 avec les Yakohama F-Marinos. Il a 19 ans et a tout pour devenir un excellent joueur. Sauf qu’il n’arrive pas à faire son trou dans son nouveau club. La marche semble un peu trop haute pour lui et il décide de reculer pour mieux sauter. Il signe donc pour le Cerezo en J2 où il va former avec un certain Shinji Kagawa un des duos offensifs les plus prolifiques de ces dernières années. 38 matchs, 46 buts (dont 26 pour Inui) et 30 passes décisives (16 pour Inui) plus tard, le Cerezo accède à l’élite, propulsé par ce duo de feu. Par la suite, orphelin de Kagawa parti rouler sa bosse au BVB, Inui est moins flamboyant mais continue d’enchaîner les bonnes performances. Et à l’image de son ancien binôme, il rejoint à son tour la Bundesliga.

Apprécié sans jamais devenir une référence

Lorsque qu’il signe à Bochum, il arrive dans un club de deuxième division qui a pour ambition de monter. Une situation identique à celle qu’il a connu à Cerezo. Avec les bleu et blanc, il dispute 30 matchs (tous titulaire) et marque 7 buts. Des prestations plus qu’honorables pour une première saison en Europe. Alors que Bochum rate la montée, Inui se fait quand même remarquer et signe avec l’Eintracht Frankfurt qui, lui, a composté son billet pour la montée. Avec les Aigles, il réussit un début de saison incroyable pour le retour du club en Buli : 4 victoires sur les 4 premières journées disputées, un record outre-Rhin. Par la suite, Inui rentre dans le rang et marque de moins en moins. Il est surnommé « la créature délicate » par son entraîneur Amin Veh. Un petit nom qui résume beaucoup de choses autour du Nippon.

Exilé sur un côté alors qu’il jouait plutôt en soutien de l’attaquant au Japon, il devient un coéquipier modèle à défaut d’être celui qui fait lever les foules. Son physique plutôt frêle est par moment pointé du doigt et il perd un peu sa place lors de sa deuxième saison avec l’Eintracht. Replacé dans l’axe du milieu, mais plus reculé qu’à l’époque Cerezo, son meilleur niveau est loin et sa place avec les « Samourais blues » est même remise en question. Entre temps, Armin Veh est de retour pour une saison : Inui retrouve quelque peu une place de titulaire avec les Aigles mais demeure loin du niveau annoncé lors de sa première saison chez les rouges. Le départ semble inéluctable pour lui.

Au final, son passage au pays de la bière et la currywurst est mitigé. D’un côté, on se dit qu’Inui a plutôt bien réussi à s’adapter à la vie européenne, qu’il a su être à être décisif et s’est fait remarquer. On se dit aussi qu’il ne parviendra jamais vraiment à devenir une référence et que son passage à l’Eintracht Frankfurt aurait pu lui ouvrir une plus grande porte.

La renaissance au Pays basque

A l’été 2015 et pour une bouchée de pain, il pose ses valises dans la petite ville basque d’Eibar. Le club a fini en position de relégable au terme de l’exercice 2014-2015, pourtant Inui découvrira la Liga. La raison ? La relégation administrative d’Elche qui repêche le petit club de Gipuzkoa. Les pensionnaires d’Ipurua font office d’ovni dans le paysage footballistique espagnol. Un tout petit budget, un stade à taille humaine ancré dans la ville, une belle histoire. Taka arrive donc là un peu par hasard mais le mariage improbable va prendre très rapidement. Placé sur le coté gauche dans le 4-4-2 fétiche de José Luis Mendilibar, il prend littéralement son envol en Liga. Alors qu’il ne semblait pas vraiment apprécier ce poste en Allemagne, il devient une référence à son poste en Espagne.

Symbole parfait de la politique de recrutement des Armeros, il régale les spectateurs à chaque journée de Liga. Virevoltant, il anime parfaitement son aile. Souvent lancé à la rupture, il provoque pour rentrer dans la surface et servir un Pedro León ou trouver la tête de Sergi Enrich. Le Japonais se construit une solide réputation en Espagne. Devenu un habitué de la sélection japonaise, il représente parfaitement l’exemple du joueur technique et intelligent sans être phénoménal mais qui donne sa pleine mesure dans un collectif très bien rodé.

Son passage à Eibar ouvre aussi un pont culturel et économique entre la petite ville basque et l’archipel nippon. Eibar devient la 3e équipe la plus regardée au Japon ! Son maillot est le plus vendu aussi. Symbole de l’importance qu’a pris Taka hors terrain aussi, il a par exemple raté deux journées de Liga la saison passée pour prendre part à un déplacement de la famille royale espagnole au Japon sur invitation de son empereur. Inui s’épanouit parfaitement sur et hors du terrain à Eibar. Forcément, il est très courtisé en Espagne.

Le grand saut avec le Betis ?

Takashi Inui approche de la trentaine mais il n’a que très peu goûté aux joutes continentales. 7 petits matchs avec le Cerezo en Asie, 6 avec l’Eintracht Frankfurt pour un total de 900 minutes. Pourtant, il semble avoir le niveau pour prétendre évoluer régulièrement dans un club avec des ambitions européennes. Avec Eibar, il n’a jamais pu accrocher une qualification coupe d’Europe. Alors début janvier, quand la présidente du club amorce des négociations avec le Japonais, on se dit qu’elles seront courtes tellement le couple est fructueux. Mais alors que tout semble bouclé et qu’un accord verbal est même trouvé, une chose va faire tout basculer. Le Betis, un club emblématique en Liga, est en train de réaliser une saison incroyable et fait une offre à Taka. Longtemps, le Japonais paraît hésiter et on se dit que cela va devenir un sacré feuilleton.

Après un début de saison éprouvant, longtemps passé dans les profondeurs de la segunda tabla, Eibar a détenu pendant un long moment la meilleure forme d’Europe, à tel point qu’une qualification pour la prochaine Ligue Europa reste possible. Or, depuis quelques matches, les Basques calent. A plus de 6 longueurs du… Betis, les Armeros n’avancent plus depuis qu’ils ont atteint la barre symbolique des 40 points synonyme de maintien. Pendant ce temps, le Betis a fait son chemin et s’est installé depuis lundi dernier à la 6e place, dernier strapontin pour l’Europe. Des formes opposées qui ont dû fortement peser dans la balance du côté de Taka. Si on ajoute à ça l’avenir de Mendilibar qui s’écrit en pointillés du coté d’Ipurua, l’idée d’un départ ne pouvait que germer dans l’esprit du Japonais.

Credits :Juan Manuel Serrano Arce/Getty Images

La solution Betis, qui semblait tout en bas de la pile, prend tout de suite plus d’ampleur. Surtout qu’en plus de proposer un salaire attactif, le Betis a d’autres arguments : un stade magnifique, une afición de feu, un coach (Quique Setién) qui propose une philosophie de jeu qui convient aux qualités du Japonais, surtout cette possibilité de jouer l’Europe. Inui va donc, presque logiquement, rompre l’accord verbal avec son club actuel pour signer au Betis. Il n’y a pour l’instant rien d’officiel mais il est d’ores et déjà acquis que l’ailier sera Verdiblanco la saison prochaine. C’est une certitude à la fois pour Javier Tebas mais aussi pour la presse sportive andalouse.

« Je ne sais pas si Tebas a des informations privilégiées » Quique Setién, humoriste

Histoire de pimenter l’affaire, le Betis reçoit Eibar ce samedi (18h30) pour le compte de la 31e journée de Liga. Un match crucial pour les deux clubs. Les Basques sont à 6 points de leur rival : une défaite et ils peuvent faire une croix sur leurs rêves européens. En face, le Betis, après avoir écarté Getafe lundi dernier, peut disposer d’un autre concurrent et continuer de mettre la pression sur Villarreal et Séville. Au vu de sa situation contractuelle, Inui disputera-t-il ce match ? A bientôt 30 ans il n’a plus le temps d’attendre un miracle du côté d’Eibar. Il doit se mettre en danger pour grandir. Coupe d’Europe ou pas, le Betis reste un grand d’Espagne et Eibar semble désormais trop petit pour lui. Mais une chose est certaine : Takashi Inui a véritablement marqué l’histoire des Armeros.

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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