Saoudiens en Liga épisode 2 : Déception et accord commercial

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A la surprise générale, une dizaine de joueurs saoudiens ont débarqué en Espagne cet hiver. Pour cet épisode 2, on va faire le point sur leur situation sportive et les accords commerciaux derrière ces arrivées.

Après avoir abordé l’accord commercial en démêlant le vrai du faux et évoqué l’apport sportif des nouveaux arrivants en Liga, nous analysons la situation purement sportive et économique des Saoudiens en Liga. Comme prévu beaucoup n’ont pas joué, des couac sont apparus et surtout un accord commercial a été scellé.

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Des situations sportives dans l’impasse

Même chez les plus ambitieux et optimistes suiveurs de la Liga (FuriaLiga en faisait partie), la probabilité de voir les Saoudiens en match officiel était très faible. Depuis leur arrivée surprise fin janvier, aucun n’a foulé les pelouses en Liga ou en Segunda. Ali Al Nemer est celui qui a été le plus proche de faire ses débuts. Il a réussi à être sur le banc face à Albacete avec son club de Numancia.

Pour les autres, c’est très faible. Aucune présence sur la feuille de match. Fahad de Levante a réussi à jouer plus d’une heure en amical il y a un mois. Depuis ? Plus rien malgré une partition plutôt encourageante sur le terrain. Al Dawsari à Villarreal était dans le groupe qui a voyagé à Lyon en 16e aller d’Europa League. Malheureusement le Saoudien a été le 19e et a regardé le match des tribunes. Pour les autres, absolument aucune activité, aucun appel et une présence maintenant très discrète sur les réseaux sociaux des clubs. Ils sont comme cachés. Une situation qui n’est pas saine pour ses joueurs.

Cadeau empoisonné

Fin janvier, lors de l’annonce de l’accord qui a amené ces internationaux en Liga, tous étaient ravis et enchantés, conscients de la chance inouïe de pouvoir se montrer à l’étranger, dans un grand championnat et des clubs sains. Sauf que voilà, l’idylle n’a pas vraiment duré et très vite les Saoudiens ont déchanté. Alors qu’ils étaient installés dans leur championnat local, avec une réputation et surtout enchaînant les matchs, ils ne peuvent même plus goûter au terrain depuis leur arrivée en Espagne.

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Une impasse sportive qui joue sur leur mental. Plus du tout en confiance, ils commencent à laisser filtrer leur mécontentement. Fahad, celui avec la plus grosse notoriété dans le royaume, a fait un post sur son Instagram. Une photo accompagnée d’un petit émoji qui a fait parler en Espagne, y compris chez les médias classiques. D’autres, comme Ali Al Namer, ne parlent pas la langue. Ne maîtrisant ni l’espagnol ni l’anglais, il est obligé d’être constamment accompagné d’un traducteur payé par la fédération saoudienne. Un traducteur qui ne pénètre jamais dans le vestiaire. Malgré sa volonté de prendre des cours de langues, les discussions ne doivent pas être légion avec ses coéquipiers. Il est pourtant celui qui a joué un amical avec son club et qui a même pu s’asseoir sur le banc en Segunda. Al Sulaiheem du Rayo, qui parle un peu plus l’anglais, n’a jamais eu sa chance en équipe première. En bonne forme, le club de Vallecas (premier de Segunda) n’est pas près de faire des essais et ça se comprend .

David Cobeño , directeur sportif de Rayo Vallecano, l’explique bien : « Il surmonte la barrière de la langue. Techniquement il est très bon et ça aide pour l’intégration car le Rayo est une équipe plus technique que physique. Il est à l’aise. Il rentre bien dans le moule du club, s’entraîne bien, mais il faut savoir qu’il sera difficile d’entrer dans le groupe. Pas parce qu’il n’a pas la condition mais parce qu’il est difficile d’entrer dans un bloc qui a été fait depuis un certain temps. »

Al Mousa à Valladolid est lui aussi toujours accompagné d’un traducteur qui peut, lui, assister aux réunions techniques et tactiques du club. Jamais sélectionné dans le groupe, il aurait pris pour habitude d’aller voir ses coéquipiers avant les matchs. Il semble mieux gérer sa vie en Espagne.

L’accord commercial, la vraie raison de l’arrivée de ces saoudiens ?

Au vu du peu d’intérêts que ces joueurs suscitent dans leurs clubs, on attendait de voir les vraies raisons de cet accord. Ne déboursant presque pas un euro pour payer le salaire des Saoudiens, les clubs où évoluent les transfuges touchent en plus une belle prime de la part de la SAFF. Fin février, l’annonce tombe : Levante signe un partenariat commercial avec la société Jawwy. Cette entité appartient à Saudi Telecom Company et propose des abonnements téléphoniques modulaires qui rencontrent un vrai succès auprès des jeunes. Cet accord va encore apporter près de 3 millions dans les caisses du club. Logiquement, Jawwy va signer d’autres accords commerciales avec les clubs qui ont accueillis des saoudiens cet hiver. Leganés, Villarreal, Numancia, Valladolid et même le Rayo vont être sponsorisés par la société de télécom saoudienne.

Crédits : Diarodesevilla.es

Cet accord commercial va dans le sens du deal signé entre la Liga et la SAFF. L’objectif est de donner de la visibilité à des clubs moins connus du championnat espagnol dans une région très friande de football. Jawwy, coeur de cible de cet accord, est très populaire auprès de la jeune génération. Au Moyen Orient, les jeunes sont ultra-connectés et beaucoup d’opérateurs proposent des forfaits qui offrent simplement le droit à des donnés internet.

Les clubs qui ont reçu des Saoudiens sont très actifs sur les réseaux. Certains comme Villarreal ont même lancé des comptes Twitter en arabe. Le deal a fait exploser les interactions des comptes des clubs concernés. Cependant, cet emballement a aussi ses ratés Lorsque Leganés fait un tweet pour annoncé que le capitaine portera un brassard avec les couleurs de la LGBT, les fans saoudiens ont été un poil virulent en réponse. C’est aussi ça, le choc des cultures.

On va donc avoir des pubs dans le royaume saoudien avec joueurs de Villarreal ou Levante, chose encore totalement improbable il y a quelques mois. Cependant, cet accord va faire un mal fou à la carrière des joueurs envoyés en première ligne alors qu’il peut être une réussite totale pour les clubs concernés. Bienvenue dans le foot business, bienvenue dans le foot moderne.

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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