Etat des lieux des changements d’entraîneur en Liga

0

Sept clubs ont changé d’entraîneur cette saison en Liga. Entre solution en interne, pari ou choix plus classique, tous ont essayé de se réajuster après un mauvais choix de mister. Décryptage de ce qui a réussi et ce qui a raté.

C’est toujours un moment compliqué à passer. Surtout quand on est un président. Assumer que l’on s’est trompé dans son choix d’entraîneur… Certains prennent le taureau par les cornes très rapidement et ne font pas d’état d’âme. D’autres attendent, parfois trop longtemps et se retrouvent avec un effectif ingouvernable qui va droit dans le mur. C’est une question que tous les dirigeants se posent : comment choisir l’homme qui va réussir à redresser la barre sans avoir choisi l’effectif ni avoir orchestré la préparation estivale ? Cette saison de Liga a été encore une fois riche en changement de coachs. Des profils très différents sont arrivés dans des clubs avec des situations toutes aussi différentes. Cependant pourquoi ça a réussi à Alavés, à Villarreal et pourquoi ça a raté au Depor ou à Malaga ? Tentative d’explication.

crédits : AS.com

Alavés : Le bon élève

C’est assez fou à dire, mais oui, Alavés a réussi à se remettre à l’endroit, et ce alors que beaucoup d’observateurs avaient des mots très dur sur le club (FuriaLiga en a fait partie). L’été compliqué couplé à un choix surement trop rapide de mettre dehors Zubeldia aurait pu être fatal à Alavés. Un club qui s’était maintenu tranquillement la saison dernière et qui avait même joué une finale de Copa avait décidé de tout changer cet été. Les cadres comme Deyverson, Theo, Llorente ou Camarasa n’ont pas étés conservés, pour différentes raisons. Pellegrino le coach est aussi parti.

La direction basque a choisi de miser sur des paris pour rééditer une aussi belle saison. Medran, Bojan, Munir et Pedraza ou encore Zidane sont arrivé. Des joueurs avec beaucoup de talent mais sans réelles références au haut niveau. De plus, même sur le banc, c’est un très jeune qui est nommé en la personne de Zubeldia. Au vu de ces changements importants le début saison a été logiquement compliqué. Le tout jeune argentin et son jeu ambitieux sont remplacés très tôt (4 matchs) par le vétéran De Biasi. Malgré le changement de style rien n’évolue et Alavés s’enfonce au classement.

A lire : Abelardo à Alavés, une bonne idée ?

Les Basques sont une nouvelle fois obligés de limoger leur entraîneur. Cependant, cette fois ci, la direction basque semble revenir à la raison et va prendre un ancien de la maison habitué à travailler avec des jeunes et à lutter pour le maintien. Abelardo est nommé, la greffe prend tout de suite et à la 29 journée, le club est quasiment sauvé. Mais comment a t’il réussi ce tour de force ?

« L’aspect psychologique est très important dans le football, Seedorf nous dit que nous sommes bons et nous croyons que nous pouvons nous maintenir, pour moi c’est très important. Lors des entraînements nous voulons tous nous améliorer et faire mieux. » Fede Cartabia (Depor)

Comment un club sans avenir et quasiment condamné a pu enchaîner presque 10 victoires à domicile ? Ça peut paraître fou mais c’est ce qu’a réalisé Abelardo avec Alavés. Comment ? Tout d’abord en surfant sur l’euphorie qui s’est créée avec sa nomination. On le sait, un changement d’entraîneur en cours de saison entraîne toujours une émulation qui pousse les joueurs à se dépasser. On l’a vu avec Levante et Paco Lopez qui vient d’être nommé qui a réussi à gagner ses deux premiers matchs.

« Cette victoire est très importante » Abelardo après le match fou face à Girona

A Alavés, le scénario du premier match d’Abelardo a permis en plus de faire perdurer cette euphorie. Menés 2-0 à l’heure de jeu par Girona, les Basques vont réussir l’exploit de gagner 3-2 avec un Ibai de gala. Ce résultat, en plus de faire du bien au moral, va être le match référence sur lequel Abelardo a pu travailler. Ce match lui a permis tout d’abord de faire accepter sa patte, sa vision rapidement. De plus les principes de l’ancien international sont clairs et surtout facilement assimilables. Un 4-4-2, deux lignes solidaires, des latéraux qui montent peu et sécurisent les couloirs ce qui permet au milieu excentré d’avoir plus de libertés. Au milieu, deux chiens qui bloquent les contres. Devant, Munir pour mettre le feu et John Guidetti pour peser sur les défenses. Abelardo n’a rien réinventé, il a juste mis un cadre propice pour permettre à ses meilleurs joueurs d’être performants.

« Nous devons continuer comme ça, en jouant avec le coeur et en équipe » Guidetti, lucide

L’autre point très important, c’est le sentiment d’appartenir à quelques choses. Les joueurs doivent avoir ce sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand pour se dépasser et donner leur maximum. Pour cela, Abelardo a fait des choix d’hommes et installé son XI. Exit Bojan, Medran ou Zidane par exemple. Les joueurs qui sont titulaires sont ceux qui semblent s’investir au maximum dans le projet. Jemez a fait la même à Las Palmas en écartant Loïc Remy d’entrée, lui reprochant son manque d’implication.

A lire : Las Palmas : Paco Jémez dans les habits du sauveur

A lire : Le voyage initiatique de Paco Jémez

Crédits : MundoDeportivo

Les solutions en interne, mauvaise idée ?

A lire : Levante va-t-il manger la grenouille ?

C’est le choix que beaucoup font quand un coach est destitué : choisir l’adjoint ou le mister de la réserve. Cette saison Villarreal, le Depor et tout récemment Levante ont fait par exemple ce choix. Les résultats sont loin d’être identiques mais une chose est sûre, ça ne marche que trop rarement. Même à Villarreal où Calleja, ancien coach de la B, fait un travail plus qu’honnête, cela semble friable. Souvent ces coachs sont balancés trop tôt, avec comme seul argument le fait qu’ils connaissent le club et les jeunes. Des raisons bien trop légères pour réussir à manager une D1. Etre numéro d’un club de Liga c’est un métier totalement différent que de coacher une D3 ou D4. Souvent, ce sont d’anciennes gloires des clubs qui sont lancées trop tôt ; de grands joueurs ne font que trop rarement de très grands entraîneurs tout de suite. Il faut un temps de formation et d’acclimatation dans ce nouveau rôle, et ça, les dirigeants n’y pensent que trop rarement.

A lire : Cristóbal, un ancien du PSG pour sauver les Blanquiazules

Cristobal au Depor est arrivé par exemple avec des idées claires et une ambition assumée. Sauf qu’il n’a jamais réussi à gérer la pression consécutive aux mauvais résultats et a rapidement perdu le fil. Onzes sans saveur, approche à l’exact opposé de ce qu’il semblait vouloir faire au début et un Depor qui sombre mentalement et sportivement. A Villarreal c’est un poil différent. Calleja a tout d’abord de meilleurs résultats, il a bien redressé la barre et le club est encore dans la course pour l’Europe. Il a réussi à poser un cadre, à installer des joueurs mais les résultats se reposent trop sur les dits joueurs et non sur la patte du coach. C’est un sentiment particulier mais on le voit. Sans Bakambu Calleja ne réussit pas à trouver une formule qui marche offensivement (Unal est dans les starting block). Au milieu, quand Rodri est absent l’équipe s’écroule. C’est inquiétant pour l’avenir même si Calleja a la chance de travailler dans une environnement sain tout en étant plutôt protégé.

Des paris qui n’ont pas réussi

A lire : Séville : Montella-Maresca, la Botte avec quel but ?

Deux entraîneurs sont arrivés créant une certaine surprise générale en Liga. Le premier, c’est Vincenzo Montella, en remplacement d’Eduardo Berrizo cet hiver. Séville n’était pas à la cave mais les matchs étaient trop peu rassurants pour que la direction maintienne sa confiance en Toto. Le choix de Montella a surpris, arrivé avec la légende Maresca dans ses valises et sans pause après son expérience ratée à Milan. Beaucoup ont tiqué sur ce choix. Prendre un entraîneur qui n’arrive pas à devenir un top dans un club qui veut devenir un grand club, c’est surprenant. De plus, c’est Javi Gracia qui semblait tenir la corde. Montella est arrivé très tard sur la pile de noms de la direction andalouse. Poussé par Maresca et surtout par l’agent qui a amené Muriel à Seville (transfert le plus cher du club), il a réussi à devancer tout le monde.

« Je suis fatigué de voir l’équipe avec ces hauts et des bas, nous devrions ne pas toujours donner ce sentiment » Montella

Ses résultats sont intéressants pour l’instant si on ne regarde que le bilan comptable. Il a construit sa petite réussite en installant un XI avec les meilleurs joueurs de l’effectif, ce que Berrizo n’a jamais voulu – ou réussi – à faire. Cependant il semble incapable de créer quelque chose collectivement à Séville. Face à Valence, l’Atleti ou même Girona par exemple son équipe a été dépassée dans le jeu sans être capable de trouver des réponses tactiques. C’est réellement inquiétant pour la suite, tant ça semble tenir sur pas grand chose voire rien.

Montella n’a pas l’excuse de débuter dans le métier comme Calleja pour adoucir notre jugement. L’Italien a un effectif de qualité et une expérience conséquente qui doit lui permettre de réussir à Seville. Cependant il semble ne pas connaître la Liga et ne fait rien pour en savoir plus. Ses approches face à Eibar ou Leganes, des clubs pas sexy sur le papier mais de véritables traquenards sur le terrain, étayent cette impression. Surtout si on les compare à la préparation des chocs contre l’Atleti en Copa ou Manchester United en Ligue des Champions.

« J’aime les défis et je pense que le maintien est possible » Seedorf, ambitieux

Le deuxième pari, c’est Seedorf. Clarence a encore moins de références que Vincenzo, dans la mesure où il n’a jamais fait de saison complète avec un club par exemple. Il arrive vraiment par hasard au Depor. Le Hollandais cherchait désespérément à entraîner et le Depor cherchait un mister pour se sauver. Le choix a surpris, les résultats beaucoup moins. Avec Willy Wonka, les Galiciens ne se sont toujours pas relevés, pire l’effectif semble s’enfoncer matchs après matchs. Encore incapable de gagner contre Las Palmas ce eek-end, Clarence n’a toujours pas goûté à la victoire avec le Depor. L’attaque, le point fort de l’effectif galicien, est en berne. La direction des pensionnaires de Riazor semble avoir choisi Seedorf plus sur son passé de joueur que sur ses réussites en tant qu’entraîneur, et elle en paye logiquement le prix.

A lire : Depor : Profesor Seedorf au tableau

Malaga : tout ce qu’il ne faut pas faire

Cette saison, si Alavés est l’exemple de tout ce qu’il faut faire pour réussir un redressement de club, Malaga est à l’exact opposé. Les Andalous ont eux aussi vécu un été compliqué, avec cette fuite de cadres et ces passes d’armes dans la presse entre Michel et sa direction. Les résultats sont aussi très mauvais et malgré un effectif intéressant, les Andalous ne montrent rien. Chaque journée, on pense que Michel va être congédié tant le spectacle est affligeant et rien ne semble pouvoir être sauvé. Cependant le board des Boquerones ne fait rien, attend et prend une décision seulement en décembre.

Crédtis : Laliganews

Sauf que le mal semble trop profond dans les têtes. Gonzalez arrive avec la méthode qui avait marché à Grenade : être solide et on verra ensuite. Sur le terrain, l’équipe fait des progrès. Elle est plus solide sans le ballon, mieux organisé à la perte de balle, mais l’équipe est incapable de tenir un résultat. Elle ne croit pas en elle n’a pas le supplément d’âme qu’a Alavés par exemple. Gonzalez n’a toujours pas goûté à la victoire avec son nouveau club, Malaga est toujours dernier et rien ne semble se passer dans le club. L’émulation qui a par exemple profité à Levante ou Alavés ne semble jamais être arrivée à Malaga. Ça en dit beaucoup sur l’état mental des Andalous.

Pas de bons ou mauvais choix

Sur cette cuvée 2017-2018, des profils d’entraîneurs très différents sont arrivés sur les bancs pour inverser des tendances et retrouver des résultats. Beaucoup ont échoué (Seedorf/Cristobal/Pako Ayestaran), d’autres sont encore en phase de travail (Paco Jemez et Paco Lopez) et certains ont réussi (Abelardo). Cependant, une chose est sûre, il n’y a pas de mauvais ou de bons choix, le plus important étant de le faire ce choix et si possible au bon moment. Par exemple, virer Berizzo juste après Noël et mettre deux semaines à choisir son remplaçant reflète une équipe dans la réaction alors qu’une formation de haut niveau doit être dans l’anticipation. Il faut toujours prévoir avant d’agir. L’exemple de Las Palmas qui a vu deux entraîneurs ne pas pouvoir les rejoindre à cause de problèmes juridiques reflète là encore une équipe qui avance à tâtons.

Cependant faire un choix c’est bien mais il faut choisir un entraîneur sur autre chose qu’un nom ou la facilité d’accès. Quand un club comme le Depor choisi un mister qui n’a pas de saison entière sur un banc alors qu’il est dans une situation critique, quel est le projet ? Rhétorique identique avec les choix en interne qui sont très souvent des échecs avec des coachs pas choisis sur leur niveau. La Liga 2017-2018 est d’un tout petit niveau, les choix est hommes sur les bancs en est en grande partie la raison. Et c’est bien dommage.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

Commentaires