Manchester United 1 – 2 Séville : Comment les Andalous ont gagné le match

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Historique, tout simplement historique. Hier soir sur la pelouse d’Old Trafford, pour la deuxième fois de son existence et la première depuis près de 60 ans, Séville va disputer un quart de finale de C1. Comment les hommes de Montella ont-ils mis en échec le (pas si) grand Manchester United ? Éléments de réponse quelques heures après le doublé rageur de Wissam Ben Yedder. 

« On entre dans l’histoire du club ». Auteur d’une performance exceptionnelle, Clément Lenglet était d’un sang froid digne d’un très grand pour revenir sur l’exploit que son équipe venait de réaliser. Personne ne donnait très cher de la peau des hommes de Vincenzo Montella, tellement on attendait LE coup tactique de José Mourinho. Sauf qu’il ne sait rien passé et c’est même l’Italien qui a joué un mauvais tour au Portugais.

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Tenir bon mentalement

On l’a souvent reproché à Montella. Incapables d’élever le niveau de son équipe dans un gros match, ses hommes semblaient très souvent dépassés tactiquement et mentalement.

« Nous avons juste été très bons. Excellents. Tous les joueurs ont été fantastiques. Beaucoup d’entre eux ont joué le match de leur vie » Vincenzo Montella

Hier soir, l’opposition mancunienne n’était pas flamboyante, manquant très clairement d’ambitions et d’idées dans le jeu. Cependant, les Nervionenses auraient pu craquer, exténués par cette faillite offensive déjà problématique à l’aller. Manchester United voulait contrôler sans le ballon et détruire son adversaire avec un contre ou un coup de pied arrêté. Pas vraiment digne d’une telle institution mais avoir la possession n’est pas toujours synonyme de victoire. Le stéréotype, c’est qu’une équipe de Mourinho gagne au mental, celle de Montella perd… au mental aussi. Sauf que le tópico a volé en éclats. Mille petits morceaux éparpillés sur la pelouse du Théâtre des Rêves.

Cette solidité mentale a un nom : Clément Lenglet. Dix-huit mois après son arrivée à Nervión, le jeune défenseur central est passé de grand espoir à taulier de l’équipe. A 22 ans, le Picard est un incontournable et hier soir, il a tenu la boutique, l’arrière-boutique, la comptabilité et a baissé le rideau en fer. Il a épaulé Simon Kjaer et fait du dépassement de fonctions à droite et à gauche par une intervention saillante et bien rappeler que ce soir, un an an après manqué le coche à Leicester, la qualification en 1/4 de finale ne serait pas un nouveau regret éternel. Impérial dans les airs, solide dans les duels, exceptionnel dans la lecture du jeu et des trajectoires, il a répondu parfaitement à l’impact physique de Lukaku. Si Séville était encore en vie au moment de l’entrée décisive de Ben Yedder, Lenglet y est pour beaucoup.

Crédits : L’équipe

Banega et N’Zonzi dans un fauteuil

C’est un poncif du football mais hier soir, cela s’est encore vérifié : Mourinho et Manchester United ont perdu la bataille du milieu. Car si Lenglet et la défense andalouse ont permis à Séville de rester dans le match, Steven N’Zonzi et Éver Banega ont permis de le gagner.

« Vous pouvez accepter un jour sans si l’attitude était bonne. Seulement, l’attitude était loin d’être irréprochable. » Paul Scholes, lucide.

Difficile de croire que ce doble pivote était le même à Old Trafford que celui grignoté par Kondogbia et Parejo samedi en Liga à Sánchez-Pizjuán. Pourtant, Valencia avait dessiné le patron de ce que devait reproduire les Red Devils. Il suffisait juste de relier les points. Un joueur devait être ciblé en particulier : N’Zonzi. Point d’équilibre, clef de voûte et premier relanceur, c’est lui qui assure les bonnes transitions. Pour comprendre son importance dans le jeu sévillan, il suffit de se rappeler qu’entre lui et Berizzo, les dirigeants palanganas ont préféré sacrifier le coach argentin plutôt que de voir son milieu défensif partir cet hiver, alors que la relation entre les deux hommes avait atteint un point de non-retour. Mais quand Kondogbia a étouffé le métronome de Séville en lui imposant un impact physique monstre, le milieu mancunien lui a laissé un espace incroyable pour orienter le jeu. N’Zonzi est un joueur qui a énormément évolué. Il n’apprécie plus autant le combat physique mais privilégie l’espace-temps pour dicter le jeu de son équipe. Et si on laisse N’Zonzi dans un fauteuil, Banega sort la boîte de cigares. Hier soir, l’Argentin a allumé un Romeo y Julieta modèle Exhibición nº3 Corona Gorda. Che Banega, ¡Hasta la victoria siempre! ¡Venceremos!

« Certaines choses n’allaient pas avec certains joueurs, certains se cachaient. La déception est vraiment grande parce que je pense que nous avons bien commencé le match. Et puis nous avons laissé le contrôle du jeu. » Romelo Lukaku

Cette élimination prématurée est avant tout une défaite intellectuelle pour Mourinho, à l’aller comme au retour. 180 minutes de vide footballistique. El Cholo Simeone et Marcelino lui avaient montré la marche à suivre pour éteindre ce duo. Il a préféré jouer petit bras en laissant Pogba et Mata sur le banc. Il en paie le prix.

Crédits: Twitter de Ben Yedder

Ben Yedder est sorti de sa tanière

La certitude de voir Luis Muriel débuter une nouvelle fois n’a pas masquer la déception des supporters de Wissam Ben Yedder, tout simplement le meilleur buteur du club en Ligue des Champions cette saison. C’est un des choix forts de Montella : imposer coûte que coûte le Colombien en pointe malgré des performances plus que moyennes. Plusieurs facteur entrent en ligne de compte : le même agent, le prix du transfert qui « force » la valorisation de l’actif (Muriel est le joueur le plus cher de l’histoire de Séville), le passif entre les deux hommes à la Sampdoria (El Tucu Correa faisait aussi parti de l’effectif par ailleurs). Hier soir encore, Muriel a énormément dézoné, a fui le combat avec les centraux alors que c’était là qu’il fallait appuyer. Lors de cette deuxième manche, il a plus marché sur les pieds de Sarabia et Correa qu’il ne leur a proposé de solutions.

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Là où Montella gagne le match, c’est qu’il se rend compte qu’il doit changer son 9. Tandis que Mourinho attend beaucoup trop pour renforcer son milieu après l’entrée ineffective de Pogba, l’Aeroplanino fait un choix fort en sortant un homme de base et en relaçant un joueur qui se morfond depuis de nombreuses semaines. En 14 minutes sur le pré, Wissam Ben Yedder a enfoncé la porte des titulaires et a donné une masterclass à Muriel. Disponible, toujours en mouvement, proposant des appels en profondeur entre les deux centraux anglais, le Français a été intenable. Il attendait depuis un moment sa chance pour briller et rappeler ce qu’il est : un vrai buteur de classe. Son premier but est d’ailleurs typiquement le genre d’action que Muriel ne fait quasiment jamais à Seville. Quand on a des passeurs comme Banega, Vázquez, Sarabia et Correa à ses côtés, il faut profiter de leur science de la passe, du crochet, du décalage. Ben Yedder a tout de suite proposé et c’est là que Banega et Sarabia sont passés de la catégorie « convenable » à « excellent ». L’ancien Toulousain a ce sens du but, cet olfato comme on dit en Espagne. Il respire le but et en deux tentatives, il a assommé le rencontre et marqué de son sceau ce match historique pour les Nervionenses.

Sur sa première réalisation, en lançant parfaitement son appel entre les centraux et à la limite du hors-jeu, WBY a montré que c’était lui le seul pur numéro 9 de l’effectif andalou. Pour permettre à Séville de faire le break, il a fait étalage de son intelligence de placement. C’est la marque des buteurs et Montella ne peut pas ne pas le savoir : de traîner là où le ballon va arriver. Deuxième poteau mais premier servi. Bien sûr, il faut une certaine dose de réussite mais Ben Yedder est du genre à la provoquer quand Muriel est trop attentiste et toujours à contre-temps. Avec ce doublé, le Français devient le meilleur buteur tricolore cette saison en Ligue des Champions avec ses 10 pions. A l’aube des quarts de finale, il ne pointe plus qu’à 2 longueurs du meilleur buteur 2017-2018, un certain Cristiano Ronaldo.

« Je me suis assis à cette place avec Porto, Manchester United a été éliminé. Je me suis assis à cette place avec le Real Madrid, Manchester United a été éliminé. Donc ce n’est pas quelque chose de nouveau pour le club » José Mourinho, mauvais perdant et en roue libre.

A force de trop avoir été dans le calcul et la gestion, José Mourinho a perdu une bataille face à un adversaire supposément inférieur. Après le 0-0 de l’aller, MU devait l’emporter et n’a rien fait, ou du moins trop peu pour se qualifier. Séville a cru en son chemin, a oublié sa saison en dents de scie pour réaliser le partidazo qu’on attendait des Nervionenses. Après avoir éliminé l’Atleti en Copa sur un format identique, Montella montre qu’il préfère la coupe au championnat. Un homme de coups ? En tous cas, il a réussi le meilleur casse de sa carrière d’entraîneur avec ses trois cracks de la French Connection.

Benjamin Bruchet et François Miguel Boudet

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