Valence-Seville, plus qu’un simple match

0

Expulsions, démissions, retournement de situations et but en fin de match, un Valence-Seville n’est jamais un match lambda, surtout quand il se déroule au Pizjuan. 

Un antagonisme entre deux équipes ne se crée pas simplement sur de la rivalité sportive. Il faut bien sur un terreau sportif fertile, des chocs, des équipes concurrentes au classement et des scénarios un peu fous. Cependant, pour qu’un simple match un peu accroché devienne une réelle rivalité il en faut plus, beaucoup plus. Séville et Valence sont deux bourgades d’une importance certaine. De grandes villes espagnoles avec logiquement des clubs de foot de bon niveau. Sauf que deux événements ont forgé l’antagonisme entre les deux clubs.

Crédits : sevilla.abc.es

2004, naissance d’une rivalité

Pour beaucoup (surtout pour l’afición de Valence), ce match de mai 2004 au Pizjuan n’est pas vraiment le début de la rivalité entre Seville-Valence. Pourtant c’est un match important pour comprendre ledit antagonisme. Le Valence de Benítez est en course pour un incroyable doublé Liga-C3. L’équipe joue bien, et les résultats de cette 36e journée lui sont favorable.s Le Barça a perdu face au Depor et le Real a fait nul contre Mallorca. Une victoire offrirait donc le titre aux ché.

En face, Séville est dans une période de reconstruction. Le club est dans une situation financière critique. Monchi commence à prendre du poids dans le sportif du club alors que Séville débute la guérison de la descente en Segunda du début du millénaire.

Tout naturellement, Valence va donc disposer de Seville chez lui. Baraja scelle la victoire du club ché et fait exploser de joie tout un club. Pendant de longues minutes Valence va fêter son titre dans l’antre du club de Nervión. Baraja, Valence et Benítez viennent de poser la première pierre de la rivalité Valence-Séville.

2014, M’Bia pour laver l’affront de 2004

Depuis le sacre de Valence en 2004, les dynamiques entres les clubs ont énormément évolué. Séville n’est plus un simple petit club : il commence à peser sportivement en Espagne et surtout en Europe. En face le club blanquinegro est sur la pente inverse. En net recule sportivement, Valence perd de son importance en Espagne. À cause de mauvais choix et d’une direction dépassée Valence régresse. A part la Copa de 2008, plus beaucoup de choses ne mettent du baume au cœur des supporters de Valence.

Cette double confrontation en Ligue Europa ressemble énormément à un passage de témoin entre les deux outsiders. Valence verrait le club chez qui ils ont vécu une de leurs plus grande joie les dépasser sportivement. Seville peut encore plus appuyer sur la tête d’un rival qui bat de l’aile et effacer l’affront de 2004.

Crédits : Marca.com

L’aller est dominé 2-0 par Séville chez lui. Ce match va être entaché de plusieurs polémiques. La première porte sur l’ouverture du score de M’Bia. L’ancien de l’OM est très clairement hors-jeu mais le but est quand même validé. La deuxième est le jaune que Paco Alcarcer va prendre en toute fin de match. Un jaune qui le suspend d’office pour le retour mais surtout un carton qu’il n’aurait jamais du recevoir. C’est Beto qui cherche l’attaquant chéri de Valence. Il lui met un coup et pourtant c’est Paco qui reçoit un jaune. Un match aller qui laisse présager un retour très explosif.

Le retour à Mestalla est plutôt terne. Peu d’adversité et un Valence qui déroule pour mener 3-0 à la 90e. Un résultat qui qualifie le club ché pour la finale à Lisbonne. Un score net, sans bavure qui met en joie l’afición de Mestalla. Tout le stade commence à chanter à la gloire de ses héros. Le compte de fée se profile et Valence mettrait un sacré coup à l’ambition de Séville. Sauf que tout va basculer tragiquement à la 94e.

Une touche longue sévillane jouée comme un corner est dévié par Fazio. Le cuir vole dans la surface de Valence quand M’Bia se jette et trompe Alves à bout pourtant. Silence dans le stade et explosion sur le banc andalou. M’Bia célèbre, tout le banc exulte. Valence est sonné, les joueurs sont inconsolables, Mestalla est silencieux. Au même moment un homme court comme un dératé. Cet homme c’est l’entraîneur de Séville qui finit sa course folle dans les bras se son assistant. Des noms d’oiseaux lui sont adressé des tribunes. L’individu qui laisse exploser sa joie n’est autre que Unai Emery, l’ancien de Valence. Séville vient de laver l’affront de 2004 en rendant la monnaie de sa pièce à Valence. La rivalité entre les deux clubs est maintenant à son paroxysme.

Deux stades chauds

Ce match est passé d’un classique de LaLiga à une vraie rivalité autant sportive qu’au niveau des tribunes, qui jouent un rôle dans le maintien de cette rivalité. Surtout qu’en plus d’avoir deux stades très chaud et des afición plus que passionnées, ces deux clubs ont des groupes Ultra opposés politiquement.

A lire : Sébastien Louis, spécialiste des ultras : “Les medias et les politiques participent à la confusion entre ultras et hooligans”

En Espagne la mentalité ultra est implanté depuis très longtemps. Juste après l’Italie c’est le premier pays d’Europe occidentale qui a vu émerger cette contre-culture dans les stades. Cependant, elle n’a pas la réputation de l’Italie ou de l’Allemagne pour la simple et bonne raison qu’elle englobe des revendications politiques très fortes. Les Biris de Seville sont un groupe Ultra d’extrême gauche. Proches des Bukaneros du Rayo, ils sont connus pour leurs actions violentes en Espagne.

A lire : Les Bukaneros, plus qu’un groupe Ultra

En face, Valence a du répondant avec son Mestalla souvent bouillant. Cet ambiance est portée par la Curva Nord de Mestalla. Cette Curva regroupe plusieurs groupes de supporters. L’association la plus connue est Yomus, un groupe d’Ultra eux aussi plutôt violents et virulents. Ce groupe est positionné très à droit sur l’échiquier politique.

Crédits : publico.es

Ces différences politiques marquées entre les deux groupes font qu’en plus d’avoir une rivalité sportive, les tribunes sont régulièrement en conflit. Un conflit qui accouche très souvent d’ambiances plus chaudes qu’a l’accoutumée. Ces stades chauffés à blanc donne un supplément d’âme au Séville-Valence, les joueurs se donnent à fond, sont littéralement survolté et le rythme est souvent fou.

Il se passe toujours quelque chose dans un Seville-Valence

Que ce soient les joueurs, les coachs ou les suiveurs, personne ne veut rater. Pourquoi ? Parce qu’un Séville-Valence n’est jamais un match classique. Déjà il y’a régulièrement pas mal de buts et des scénarios plus que rocambolesques.

Décision arbitrales moyennes voire totalement polémique, buts en fin de match et expulsions, voilà des confrontations qui partent régulièrement en cacahuète. Dans les expulsions assez folles on peut rappeler que Silva (oui oui le chauve tout gentil de City) a été expulsé dans un Séville-Valence. Navarro a fait un mauvais coup à Aduriz et l’a aussi fait expulser (bon le basque s’est bien rattrapé par la suite).

Sur les bancs ils se passent aussi régulièrement des choses. En dehors de la course folle d’Emery en 2014, on peut parler des multiples démissions coté Valence qui ont eu lieu après un match face à Seville. Nuno a démissionné en conférence de presse d’après match. Quique Sanchez Flores a été destitué après une défaite face à Seville. Même Valverde a annoncé son départ de Valence en fin de saison après un tel match.

Aujourd’hui Banega retrouve Valence et Kondogbia retrouve Séville dans une opposition qui s’annonce bouillante tant elle est important sur le plan sportif. Séville n’est plus aussi reluisant qu’avant et a du mal à devenir un top club quand Valence est de retour sur le devant de la scène cette année. Encore une fois, le match s’annonce palpitant et possiblement riche en rebondissements. Marcelino va-t-il réussir à assurer la Champion’s ? Montella mettra-t-il le doute dans les têtes che ? Réponse à 18h15.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

Commentaires