UD Las Palmas : Le voyage initiatique de Paco Jémez

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Catapulté en sauveur de la UD fin décembre, Paco Jémez a déjà vécu énormément de choses en 3 mois sur son île natale. Entre violence, déception, repli sur soi et espoir, l’entraîneur semble grandir en même temps que Las Palmas retrouve des couleurs.  

Le foot c’est plus qu’un sport et puis le sport c’est le plus qu’une simple dépense physique pour flatter son égo et sa santé. Le sport, le football ça te structure, ça fait de toi la personne que tu es. Tu apprends aux contacts des autres, l’être humain est un être social qui a besoin des autres pour s’épanouir. Le balompié apporte beaucoup de choses et ce dès le plus jeune âge : dépassement de soi, solidarité, vie de groupe. Même avec l’âge, des acteurs du foot grandissent grâce aux épreuves que ce sport met devant eux. Comme le dit si bien Camus : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois ».

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Paco Jémez est revenu chez lui, sur son île de Gran Canaria, dans son club cet hiver. Un Las Palmas à la cave, miné par une gestion calamiteuse et sans planification. La UD était dernière de Liga à la clôture de cette 18e journée qui a vu arriver le bouillant chauve sur son banc. Deux mois après, ce retour à tout d’un voyage initiatique pour le chauve qui apprend sur lui autant qu’il permet à Las Palmas de se remettre sur pied.

Etape 1 : La violence

On est fin décembre, Paquito Ortiz qui n’était là que pour un intérim quitte ses fonctions. Jorge Almirón, le candidat qui semblait tenir la corde, ne peut pas voir son contrat homologué. La UD est de nouveau sans solution comme cet été après l’imbroglio avec De Zerbi.

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Paco Jémez revient naturellement tout en haut de la pile des candidats. Supporter de la UD, amoureux de ce club qu’il a déjà coaché sans grande réussite était sur le marché après une expérience qui a tourné court au Mexique, à Cruz Azul. Lui ne semblait pas très chaud pour replonger dans une mission qui semblait perdue d’avance. Il s’est pourtant laissé embarquer.

« L’entraîneur m’a traité comme si j’étais de la merde. Je me suis senti comme de la merde. Je ne m’attendais pas à être en France en ce moment sans jouer » Loïc Rémy ne partira certainement pas en vacances avec Jémez.

Les débuts sont violents. Paco Jémez a mis des clauses dans son contrat pour essayer de mener à bien cette mission suicide. Il crie à qui veut l’entendre que c’est lui maintenant qui commande, que la UD c’est lui et que si quelqu’un n’est pas content la porte c’est par là. Ses premières décisions tombent très rapidement. Loïc Rémy, le meilleur buteur du club à cette époque, et Oussama Tannane sont priés de trouver un nouveau point de chute. Personne n’est épargné par la fureur de Jémez et même le chouchou de président Aythami est exclu du groupe et poussé dehors. Les joueurs clés comme Vicente Gómez ou Tana font des séjours sur le banc. Il impose aussi un entraînement quasi militaire à ses joueurs qui doivent vivre au maximum ensemble. La UD brûlait avant son arrivée, maintenant c’est l’explosion.

Credits : Eldiarony.com

Etape 2 : Les premières déceptions

Après avoir tenté de mettre tout le monde au pli et imposé sa domination en faisant des choix forts, Paco Jémez a voulu imposer ses hommes. Dans ses valises mexicaines il ramène le latéral gauche Matteo Aguirregaray et le numéro 6 Gaby Peñalba. De plus, il demande à son président de faire les efforts pour signer son ancien protégé au Rayo, le défenseur d’Eibar Álex Galvez. Il met ensuite en place le système qui a fait recette au Rayo mais que beaucoup trouvent suicidaire et pas adapté à la UD. Les premières sorties du club sous la houlette de Jémez sont plus que chaotiques. Le nul accroché en Copa contre Valencia à Gran Canaria est miraculeux, la défaite 2-1 à domcile face à Eibar n’est pas plus reluisante. Le 4-0 contre Valencia en retour de Copa et le 6-0 encaissé contre Girona à Montilivi plongent toute l’île dans les ténèbres. Et si Paco Jémez n’était pas l’homme de la situation ? Clairement la tactique d’empiler les joueurs offensifs, de partir à l’abordage sans s’intéresser à la défense avec un pressing suicidaire est vouée à l’échec. Le coach se doit de réagir pour éviter de sombrer avec son club.

Etape 3 : La remise en question

L’ex du Rayo se retrouve donc à un carrefour. Rester sur sa ligne directrice, dans sa vision de football, celle qu’il n’a quasiment jamais renié et finir par couler en Segunda ou tenter de jouer autrement et peut-être inverser cette spirale inquiétante. Clairement, personne ne pensait Jémez capable de se renouveler. Il semblait beaucoup trop dogmatique pour ça. Et pourtant, sans tout changer, il a commencé à réajuster quelques points. Son équipe ira chercher la 1re victoire de l’ère Jémez avec les cojones contre Valencia. Une bonne indication pour la suite. Fini l’abordage, fini le pressing suicidaire, fini l’empilement de joueurs offensifs :  bienvenue à la UD qui réfléchit et qui pense d’abord à être bien en place avant de vouloir marquer des buts. Un changement de vision surprenant mais un changement payant.

Credits : Squawka

Etape 4 : L’espoir

Depuis la claque reçue au Montivili, la UD n’a perdu que 2 matchs, face à Seville et l’Atleti. Mieux encore : elle a réussi à prendre un point au Barça, un à l’Athletic et surtout gagner son match de la peur face à Málaga dans les ultimes instants. De plus, l’équipe a réussi à garder sa cage inviolée 3 fois sur ses 5 derniers matchs. Ce rythme plus qu’intéressant à permis à Las Palmas de ne plus être dernier de Liga et surtout d’avoir le 17e et dernier non relégable dans viseur. 6 points pris sur 15, un rythme pas fou mais un ratio qui donne de l’espoir. Paco Jémez a réussi à changer, à se remettre en question. Un changement salvateur sûrement pour lui mais surtout pour son club de coeur. Surtout que cette évolution dans le style de l’entraîneur canarien est couplée avec des recrues hivernales au niveau. Le mercato d’ajustement a permis à la UD de faire un bond qualitatif. Aguirregaray est un latéral offensif doté d’une palette technique digne d’un ailier qui apporte beaucoup sur son côté. Gálvez apporte beaucoup à la relance et Peter Etebo est partout au milieu, quelqu’un dont on reparlera à coup sûr.

Las Palmas n’est toujours pas remis sur pied mais le club recommence à croire en son destin. Un destin qu’on pensait obligatoirement funeste mais qui pourrait finir en effusion de joie fin mai. La UD est sur la bonne voie, c’est certain. Mais il va falloir enclencher la deuxième face au Celta dès ce soir. Un succès sortirait les Pio Pio de la zone rouge. Un sacré exploit.

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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