Pour comprendre la politique chinoise en matière de football : l’Atleti et le Wanda group

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Pays qui a dynamité la planète football il y a 2 ans, la Chine se faisait discrète mais le mercato hivernal a remis un coup de projecteur sur sa politique d’investissement dans le football. Avec une vision à beaucoup plus long terme, le pays de Xi Jinping a un lien particulier avec l’Espagne qui s’est de nouveau matérialisé depuis le début d’année. Quelle orientation veut prendre de l’Empire du milieu en matière de football ?

Le mercato hivernal prend fin en Chine et la saison de CSL va pouvoir reprendre quasi sereinement. Les clubs européens peuvent donc de nouveau respirer, les joueurs ne seront (presque) plus convoités à coup de millions par des clubs de l’Empire du milieu. Cependant, alors qu’une vague de froid s’abat sur l’Europe, les Yuans chinois ont mis du baume au cœur de plusieurs équipes espagnoles. Pas au mieux au niveau financier, de nombreux clubs de Liga ont profité des liasses du géant asiatique pour soigner leurs trésoreries. Derrière ces investissements plus discret et ciblé, se cache quelque chose de plus grand et ce quise passe à l’Atleti nous donne une indication pour l’avenir du football chinois.

Merci les dollars chinois

Lors cette fenêtre hivernale, la Chine est revenue aux affaires après une accalmie plutôt remarquée. Des clubs espagnols comme Villarreal ou encore Las Palmas et surtout l’Atlético de Mardi ont largement profité de ce retour de flamme chinois. Deux clubs ont mis le feu à la Liga cet hiver. Le Beijing Guoan a claqué 40M sur Cédric Bakambu et près de 11M sur Jonathan Viera. Quant au promu Yifang Dalian, il a fait un joli chèque de 60M à l’Atleti pour s’offrir Yannick Carrasco et Nico Gaitán.

Crédits : Matchday.ua

D’autres joueurs de Liga sont partis en Chine cet hiver. Par exemple, Javier Mascherano, après plus de 7 ans de bons et très loyaux services au Barça et Juan Cala, excellent avec Getafe, ont également fait leurs valises. Clairement, tous les clubs incriminés se sont affaiblis sportivement mais financièrement, il est évident qu’ils n’auraient jamais pu récupérer autant d’argent d’un coup avec ces joueurs-là à cette époque de l’année. Même si le marché se dérégule totalement, toucher 40M sur Bakambu ou 15M sur Viera (Las Palmas n’avait que 60% des droits du joueur mais a négocié un pourcentage à la revente), c’est pour ainsi inespéré inespéré pour des clubs de cette stature.

L’Atleti grand gagnant du mercato chinois

Tout d’abord, c’est Augusto Fernández qui a très vite cédé aux sirènes du pays du Dragon en signant à Renhe. Très loin de son niveau au Celta depuis sa grave blessure au genou, l’Argentin se savait sur la touche. Un départ en Chine lui assure une fin de carrière sereine au niveau financier mais surtout un endroit pour continuer à jouer au football en étant un tant soit peu protégé.

Ensuite, les Colchoneros ont fait coup double. Yannick Carrasco a signé au Dalian Yifang en échange d’un chèque de 30M. Même si l’ailier belge a été un membre important de la dernière épopée européenne du club, il a perdu son statut de titulaire aux yeux de Diego Simeone. À peine 1000 minutes de terrain, un genou qui grince et une mise à l’écart dans le vestiaire, cette vente est une bouée d’oxygène pour lui et le club, d’autant que le torchon brûlait depuis de nombreuses semaines entre le joueur et les dirigeants.

Carrasco n’est pas parti seul. Le milieu de terrain Nico Gaitán, qui n’a jamais réussi à s’adapter au Cholismo, a également rallié le Dalian Yifang contre 18M. Une telle somme à ce moment de l’année pour un trentenaire en échec, c’est encore une fois très dur à refuser, d’autant que lui aussi cherchait une porte de sortie depuis un moment.

Ces trois mouvements ont permis au club madrilène de devenir l’entité européenne ayant encaissé le plus d’indemnités en provenance du championnat chinois. Ils dépassent Chelsea (qui détient encore le record de la plus grosse vente avec Oscar) mais avec prés de 93M en cumulé l’Atleti est le roi européen du mercato chinois. Les matelassiers ont un lien très particulier avec la Chine et les voir à cette position n’est pas très surprenant.

Wanda, groupe pionner en Espagne.

En 2015, l’Atleti a besoin de liquidités. Le géant chinois Wanda veut investir dans le football espagnol. Il se positionne d’abord pour devenir actionnaire majoritaire du Valencia CF. Finalement, il se rabat sur l’Atlético, alléché par des projets immobiliers à Madrid. Pour 45M, la société récupère 20% des parts du club. Le groupe est un géant du divertissement en Chine et surtout un investisseur compulsif à l’étranger. Il détient des morceaux ou des sociétés entières dans énormément de pays occidentaux.

L’Espagne est rapidement devenue une porte d’entrée pour les investissements chinois dans le monde du sport, quelques années après avoir convaincu des formateurs de la péninsule de venir apprendre le football aux gamins. En 2015, Xi Jinping, le tout-puissant président chinois, parle pour la première fois des bienfaits du football. Un discours qui sera suivi de faits très rapidement. En Chine, quand le chef de la super-puissance parle tout le monde écoute et se plie aux ordres. Après ce discours, de très nombreux chinois vont investir dans des clubs de football.

crédits : scmp.com

Le mariage entre Wanda et l’Atleti est suivi par d’autres en Espagne. Le Rastar group a pris le contrôle de l’Espanyol à l’été 2016. Le même été, c’est Grenade qui est arraché à l’empire Pozo par la Link International Sports Limited qui appartient au milliardaire Jiang Lizhang. Les politiques sont différentes mais le géant chinois a manifestement le pays de Cervantes dans le viseur et LaLiga, obnubilée par la vente des droits télé en Asie, est très contente de voir autant de capitaux chinois dans le championnat. Car en plus de ces participations actives, on peut rajouter les partenariats entre des clubs espagnols et des entreprises chinoises, comme à la Real Sociedad ou au Rayo Vallecano.

Cette politique est vivement encouragée par la Liga, elle qui a toujours l’ambition de rattraper son retard du la Premier League. La Chine est LE nouveau marché à conquérir pour les ligues européennes. Le championnat espagnol a été un des premiers à ouvrir un comptoir en Chine et à adopter les horaires de match pour ce pays, comme le Clasico en décembre dernier.

Un divorce surprise

Ce mariage entre le mastodonte chinois et l’ambitieux de l’Atleti, union qui a ouvert la voie à d’autres mariages, a pris fin prématurément il y a quelques jours. En effet, au milieu du mois de février se tenait le rassemblement des différents actionnaires colchoneros. A cette occasion, le Wanda Group, détenteur du naming du Metropolitano, le tout nouveau stade de l’Atleti, a annoncé qu’il avait vendu 17% des 20% de l’Atleti qu’il détenait. Une décision qui vient directement de Chine et du FISC local.

crédits : scmp.com

La raison de cette décision pour le groupe chinois ? Des dettes énormes contractées à l’État chinois par le biais de sociétés détenues par la République populaire. Cette dette commençait à devenir inquiétante et Pékin, par le biais du Fisc, a tiré la sonnette d’alarme pour calmer la folie de l’investissement du groupe Wanda

Le groupe va plutôt mal. Même s’il reste un groupe très puissant, il a perdu pas mal de points à la bourse et son propriétaire Wang Jianlin a même vu sa fortune fondre de près de 20% en 2017. Une situation qui inquiète en Chine et qui a donc forcé le groupe à se séparer de ses investissements non stratégiques hors de Chine.

Un retour en Chine pour Wanda mais un cadeau de départ

Wanda a donc été ordonné de retourner au pays pour stabiliser ses finances et retrouver une spirale positive. Cependant, le groupe n’oublie pas le souhait du président chinois à l’égar du football. En rentrant au pays, le groupe reprend en main le club de la ville où le club a été créé : le Yfiang Dalian. Ce nom vous dit un truc ? Bien sûr ! C’est le club qui vient de récupérer Gaitan et Carrasco à l’Atleti pour 60M. Un ticket conséquent, surtout au vu de la taxe sur les transferts des étrangers qui existent en Chine. Par exemple, le Beijing Guoan a payé 40M + 34M de taxes pour Bakambu.

Ces transferts interpellent en Europe. Comment l’UEFA ou la FIFA ne se sont pas encore saisies de ces mouvements qui ont tout de suspects ? Un actionnaire qui vient de vendre ses parts du club fait un chèque de 60M en partant sous couvert de transfert ? Un mouvement inquiétant, d’autant que l’Atlético est toujours dans une situation financière préoccupante. Incapables de réduire leur dette rapidement, les Colchoneros se savent épiés par LaLiga qui épluche chaque saison les comptes des clubs. Ces 60M étaient donc durs à refuser, surtout pour des joueurs dans cette situation. Néanmoins, cela pourrait entraîner des sanctions graves. Ce ne serait pas la première fois que l’Atleti se ferait épinglé, lui qui sort à peine d’une interdiction de recrutement.

Un changement de cap pour la Chine

Après avoir fait couler beaucoup d’encre avec les rachats du Milan, de l’Inter ou encore des parts prises dans le capital de l’Atleti, la Chine était sous le feu des critiques. Accusée de participer à la dérégulation du marché, de surpayer des joueurs et donc de développer une concurrence déloyale, la Chine était regardée avec méfiance par l’Occident du football. Cependant, ces investissements, qu’ils soient dans des joueurs ou dans des clubs, ont permis à la Chine d’émerger à une vitesse folle. Passée d’existante à diffusée régulièrement sur SFR Sport la saison dernière (pas de diffusion annoncée pour la saison qui débute début mars) par exemple, l’Empire du milieu s’est fait une place sur l’échiquier footballistique, plus de 15 ans après son unique participation à la Coupe du Monde en 2002.

Crédits : Yahoo

Le retour au pays de Wanda et la reprise en main de son club phare montrent aussi le réajustement de la Chine en matière de politique d’investissement dans le football. L’empire du milieu ne s’est jamais caché : il a l’ambition d’organiser une Coupe du Monde à horizon 2030-2040. Elle essaye donc de lisser son image et déteste le bad buzz. Le piteux épisode Tévez au Shanghai Shenhua a marqué le pays. C’est ce transfert et ses conséquences qui ont poussé la Chine à tenter de réguler son football.

Le pays du Dragon a aussi compris que la crédibilité se construit dans l’arrière-boutique. Une filiale du groupe Wanda (encore) a investi des sommes énormes pour devenir sponsor de la FIFA. Un autre groupe a aussi acheté 53% de la société espagnole Imagina. Ce nom ne vous dit probablement rien mais elle détient de nombreux droit de diffusion de football et gère BeIn Sport en Espagne. Une autre entité chinoise a récupéré des droits de diffusion de compétition FIFA.

La géopolitique du sport, ce fameux soft power que de nombreux pays investisse depuis une décennie, a encore de beaux jours devant elle. La Chine est en train de devenir une nation importante du sport-roi en très peu de temps. Mais va-t-elle réussi son pari d’organiser un Mondial et de commencer à peser au niveau purement sportif ? Quel sera le rôle de l’Espagne et de la Liga dans cette entreprise ? Affaire(s) à suivre…

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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