On a vu Girona-Leganés à Montilivi

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Pour ouvrir la 24e journée de Liga, deux petits poucets s’affrontaient. Et ce sont les Catalans qui ont dominé les Madrilènes. ¡FuriaLiga! y était.

Girona, ville paisible à moins d’une heure de la frontière française, à mi chemin entre Costa Brava et Barcelone, n’a pas encore été dénaturé par un tourisme de masse. Tout son charme se concentre dans sa vielle ville magnifique, fait de petites ruelles où c’est un plaisir de s’y perdre. Les édifices religieux sont nombreux pour une ville de cette taille, datant de l’époque où Girona était un carrefour central de l’empire romain. Le petit écrin catalan a quand même vu son nombre de touristes augmenter rapidement depuis que la ville est un lieu de tournage de la série à succès Games Of Thrones. Comme l’arrivée de Machín sur le banc a totalement chamboulé le club, celle de GOT a mis un coup de boost à l’intérêt de la ville.

Cet écrin encore préservé de la Catalogne est aussi une ville totalement engagée politiquement puisque le député de la province n’est autre que le célèbre Carles Puigdemont, l’ancien maire de Girona et président de la Catalogne en exil en Belgique. C’est lui qui a oeuvré pour la tenue du référendum qui a fait tant polémique il y a quelques mois et qui lui vaut désormais d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt en cas de retour en Espagne. Le journaliste de profession est même un fervent supporter du club de Girona. Dans la ville, énormément de drapeaux catalans, que ça soit la classique Senyera ou l’estelada blava indépendantiste sont pendus aux fenêtres. De plus Girona est comme enroulé dans un ruban jaune, en soutien aux hommes politiques et militants catalans indépendantistes emprisonnés. Il y a aussi beaucoup d’affiches pour la démocratie, pour le droit à référendum, le fameux dret a decidir. Le catalan est aussi parlé à tout les coins de rue. C’est une sensation particulière que nous laisse cette ville, réellement.

Stade en préfabriqué, mais vraie équipe

La ville n’est pas très grande, à pied on en fait vite le tour. Le stade est excentré mais accessible assez facilement en voiture. L’Estadi Montivili est accolé à la faculté de Girona, entre polytechnique et la fac de sciences. L’accès s’y fait à pied, toutes les routes menant au stade étant fermées les soirs de matches. On se sent rapidement perdu au milieu de nulle part. Le stade est tout en préfabriqué et cerclé d’échafaudages en acier qui semblent être montés juste pour l’occasion, comme un cirque itinérant de passage en ville pour divertir les locaux. S’il n’y pas de camions à saucisses aux alentours du stade, on peut cependant se restaurer dans… le réfectoire de la fac de sciences.

Même si Girona vit sa première saison en Liga, l’aficion répond présent avec facilité. Pour ce match face à un adversaire pas ultra sexy sur le papier, Montilivi est plein. La bonne passe du club doit y être pour beaucoup, mais cela n’est pas le plus important. La boutique, elle aussi en préfabriqué, est prise d’assaut. On est loin de la foule des grands soirs et pourtant les maillots et autres goodies du club se vendent comme des petits pains. Il y a même encore une file conséquente pour récupérer les derniers sésames pour le match.

Une aficion bonne enfant

À l’image du club qui est en train de se structurer, les tribunes du Montivili sont encore éclatées. L’ambiance est très familiale et il y a énormément d’enfants. D’un côté, en Gol Sud, c’est un homme muni d’un tambour et drapé d’un étendard du Ghana qui chauffe un groupe de gamins survoltés à l’idée de voir Portu mettre le feu aux hommes de Garitano. En Gol Nord, un petit groupe reprend les codes ultras : debout constamment, saut dos au terrain, tendus d’écharpes.. Le reste de l’afición est plus concentrée dans son match même si elle est réactive en cas d’actions chaudes.

Côté terrain, il n’y a pas eu photo

Leganés a encore beaucoup de mal à se reconcentrer sur le championnat après son aventure en Copa. Défait en fin de match face à Eibar il y a une semaine, ils ont été encore à côté de leur sujet ce week-end. Les débats sont équilibrés au début du match mais rapidement les locaux prennent le jeu à leur compte et les situations s’enchaînent. Portu allume la première mèche de la tête et c’est Martín Mantovani qui va craquer et concéder en penalty sur un coup franc bien brossé par Borja Garcia. Le monsieur 100% de Girona, Cristhian Stuani, le transforme. La machine est lancée. Mojica bien bloqué sur son côté c’est Aday qui dynamite le sien. Avec Portu ils se trouvent les yeux fermés. Et c’est le second qui va faire le break à la 36e. Bien lancé en profondeur il cloue Cuéllar d’un derechazo sous la barre sur place et fait exploser le stade. Le Montivili se met à entonner le nom du petit buteur, nouvelle coqueluche de la ville et auteur d’une saison incroyable.

Le second acte est plus insipide, mais l’entrée des joueurs sur la musique de Pirates des Caraïbes fait son petit effet. Les locaux gèrent leur avance et les Pepineros sont incapable de créer un quelconque danger. Une action réveille le stade cependant. Un joueur rouge et blanc est à terre, Girona envoie donc le ballon en touche, le fair play voudrait que Leganés rende le ballon aux locaux. Que nenni, Zaldua joue sa touche normalement et ses coéquipiers tentent de repartir à l’offensive. Un geste qui a le don de faire sortir le stade de ses gonds. Le bon Zaldua reçoit une flopée d’insultes à chaque ballon touché. Juanpe, servi par Granell, va sceller la victoire des siens qui poursuivent la bonne passe du club.

EuroGirona ?

Après le très bon match au Pizjuan qui s’est soldé par une défaite, Girona s’est remis à l’endroit et commence à rêver d’Europe. C’est simple : les Catalans n’ont pas encaissé un but depuis quatre matchs à domicile. Quatre victoires sèches à Montivili et 20 points pris sur 36 à la maison. Un bilan plus qu’intéressant pour un promu. Au vu du contenu, Girona est dans un rythme européen et produit des matchs aboutis. de quoi réussir des coups qui lui permettrONT de jouer ses cartes à fond. Les hommes de Machín ne sont qu’à quatre points de Villarreal, le 6e, et à cinq de Seville, 5e. Quand on sait que ces deux clubs sont encore engagés en Europe, le rêve est plus que permis pour les Blanquivermells. Cette saison est déjà historique pour Girona ; elle peut devenir légendaire en juin.

Benjamin Bruchet

@BenjaminB_13

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