On a assisté au derby entre Getafe et Leganés

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Pour la première fois de l’histoire, Getafe et Leganés s’affrontaient au Coliseum Alfonso Pérez en Liga. ¡FuriaLiga! y était et vous fait le récit du glacial derbi de la banlieue Sud de Madrid.

Pour comprendre la rivalité qui lie Getafe et Leganés, deux villes ouvrières au Sud de Madrid, on peut adopter une perspective familiale. Comme le disent les chants supporters azulones, Getafe c’est « le papa aux deux finales de Coupe, qui volait à travers l’Europe », alors que Leganés se sont « les fous, ceux qui jouent contre l’équipe B de Getafe, et qui en plus perdent contre elle ». À titre de résumé historique, le chant décrète que « Getafe, c’est meilleur que Leganés ».

Sauf qu’aujourd’hui, les deux clubs sont au même niveau et présentent quantités de similitudes troublantes : style de jeu, origine sociale de leurs supporters, entraîneurs (Pepe Bordalás au Geta, Asier Garitano au Lega) qui se sont connus à Alicante où ils formaient un tandem. Malgré les ressemblances, pas question de sympathiser. Perdre sa singularité, ça, jamais ! Alors, on fait tout pour exacerber son identité et se distancier du rival.

La Liga intervient

Pour calmer les ardeurs de tout ces supporters en quête de différenciation, la Liga a orchestré une sorte campagne d’apaisement. Les hautes instances disent du bien les unes des autres, une bonne poignée de main entre présidents suivie d’une photo, et chacun repart de son côté comme de rien. « La guerre, disait Paul Valéry, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». Pardonnez l’éventuel côté pédant, mais c’est bel et bien de ça qu’il s’agit. Les entraîneurs, les joueurs et les présidents se connaissent, s’apprécient, alors que leurs supporters sont prêts à se taper dessus s’il le faut.

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Les costards, c’est bien beau mais…

Eux sont insensibles aux desiderata des autorités. Ils ne sont pas en costume bien assis sous la tribune couverte, mais debout sous la pluie glaciale. On chambre, on siffle, on insulte, sans perdre de temps. Quand Omar Ramos sort un premier tacle appuyé sur un joueur azulón, la guerre est déclarée depuis les gradins : « Getafe n’a pas de mari, Getafe n’a pas de femme, Getafe a un fils stupide qui s’appelle Leganés ». Avec ce nouveau chant en provenance du Fondo Sur, on reste dans la perspective familiale. Encore une fois, l’antre du Geta n’est pas remplie. Les trombes d’eau ont emporté avec elles les âmes indécises quant à leur présence au match.

Vous reprendrez bien un peu de pluie ?

D’habitude, les équipes visitant le Coliseum se plaignent de l’état de la pelouse. Soi-disant serait-elle trop sèche. Ce qui est certain, c’est qu’en ce jour de derby, cet argument est invalide. Les foulées des joueurs sur le pré imitent le bruit de chaussettes que l’on essore. De toute façon, aucune des deux formations n’a besoin d’un terrain parfait pour s’exprimer. Quand elles essaient de faire tourner, un essaim de joueurs se précipite sur le porteur du ballon. On a beau être en première division, la dose de qualité technique présente dans les pieds des acteurs est insuffisante quand il s’agit de faire cinq passes. Car il faut dire qu’au milieu de terrain, ça presse, dans les deux sens du terme. Au-devant du pressing adverse, il urge de jouer rapidement. Comme d’habitude, le problème que pose Leganés à ses contradicteurs est assez insoluble. Les Pepineros défendent à des hauteurs variables, ce qui force l’adversaire à devoir interpréter sans cesse de nouvelles situations. Impossible d’appliquer incessamment le même patron pour pénétrer dans les bases-arrière d’Asier Garitano et consorts.

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Bien ou mal, l’important c’est de se parler

Finalement, le spectacle sur le pré est davantage assuré par quelques interventions individuelles que par les entités collectives. Djené crochète un joueur pepinero et deux hommes encapuchonnés s’exclament :

– Qu’est-ce qu’il est bon !
– Ouais… On va se le faire braquer cet été quoi.
– Il va falloir mettre 15 millions, je te le dis !

Et voilà que le Togolais récidive en dribblant un autre joueur quelques instants plus tard : « MAIS QU’EST-CE QU’IL EST BON ! ».

Ce qui procure des frissons, c’est le froid, pas le football proposé. À la mi-temps, un débat s’organise autour de la météo. Pluie ? Neige ? Pluie neigeuse ? Affûtez vos arguments. Les seuls éléments qui font consensus, c’est que Djené est un crack et qu’Omar Ramos est un homme mal éduqué.

Vous penserez peut-être que la haine à l’égard de l’adversaire est généralisée dans cette rencontre. Détrompez-vous. En plein échauffement, Amrabat fait la connaissance de trois jeunes garçons. Ils se font quelques blagues et c’est tout sourire que le Marocain complète une tâche identifiée comme fastidieuse par tous les sportifs autour du globe.

Neigement plus ennuyant

Au retour des vestiaires, Getafe a eu la bonne idée de démarrer cette seconde mi-temps en étouffant Leganés. La troupe de Bordalás se procure un coup-franc. Un spectateur prédit un but, très sûr de lui. Après un conciliabule pour désigner le tireur, c’est Antunes qui s’élance et… il attrape le poteau. Quelle déception pour notre spectateur qui perd à la fois son pari et la possibilité de fêter un but. Une minute plus tard, Molina trouve la barre de la tête. Le Coliseum se chauffe. L’espace de 3.5 secondes, on aurait dit Mestalla. Et puis, comme il ne se passe plus rien sur le terrain, la frustration se fait doucement une place. On dit que la neige excite les gens (plus de doute, il neige bel et bien). À moins que ce ne soit l’absence d’occasions, la source de la morosité ambiante… On se moque du très bon Cuéllar, on proteste contre chaque décision arbitrale, on insulte à tout va. D’ailleurs, les stades sont les endroits au monde où la créativité est la plus brillante à l’heure de médire autruit. Ainsi, on apprend que Mantovani est un fils de coui***, une p*** de cabaret. En réalité, on sait tous que Mantovani est quelqu’un de très recommandable aussi bien dans la vie que sur un terrain de balompié, lui qui en ce midi capte de sa tête anciennement bleue tous les ballons aériens qu’il rencontre, performance d’autant plus remarquable qu’après un choc de tête, il s’est fait poser des agrafes avant de repartir au combat.

Quand ce n’est pas le défenseur argentin qui en prend pour son grade, c’est Leganés tout entier qui est sous le feu des invectives. Les ultras du Lega, qui concurrencent en nombre ceux de Getafe pourtant à domicile, ont eu la mauvaise idée de scander le nom de leur club bien haut et bien fort. Résultat, la grada se déchaîne en cantiques véhéments. Mais… mais… les présidents se sont serrés la main pour dire qu’ils s’aimaient bien non ? Ah oui, la guerre, les gens qui se massacrent sans se connaître… Tout ça donnera une opportunité à Javier Tebas de sanctionner Getafe, et par la même occasion de se faire encore plus détester par le foot espagnol.

Un point, c’est un point

A l’exception d’un début de pugilat à l’issue fort peu intéressante, la seconde mi-temps s’achève, donnant lieu à un 0-0 des plus fades. Les entrées de Rémy et Gaku ont procuré une lueur d’espoir rapidement douchée par Mantovani Airlines. Aussi déçue que trempée, une cohorte silencieuse quitte le stade. Dans le métro, on refait le match. Les émotions se font substituer par la rationalité. Un tel résultat dans de telle conditions pour un tel match, c’est moche, certes. Cependant, ça fait un point de plus dans les valises. Il y a quelques années, le Premier Ministre espagnol, Mariano Rajoy était devenu la risée de beaucoup en déclarant : « Une assiette, c’est une assiette et un verre, c’est un verre ». Mais c’est qu’il n’avait pas tort. Un point, c’est un point. De cette façon, le maintien se rapproche. Et avec lui, la perspective de nouveaux derbys.

 

Elias Baillif
@Elias_B09

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