Levante – Pazzini a déjà sorti ses doigts

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En offrant à Levante le point du match nul face au Real après 12 minutes sur le pré, Giampaolo Pazzini a vécu des débuts parfait avec son nouveau club. Arrivé en toute fin de mercato, l’Italien débarque dans les habits du sauveur. Mais en a-t-il les épaules et surtout l’ambition ?

La saison de Levante semble interminable et pleine de souffrance. Après des débuts plus qu’encourageants (démonstration face à la Real, nul face à Valence et le Real), le second club de Valence est tombé dans une spirale négative qui n’en finit plus. Incapables de trouver un rythme offensif, les hommes de López Muñiz voient la zone rouge se rapprocher. Sans numéro 9 de référence sur toute la phase aller, les Granotas ont eu bien du mal à prendre un buteur cet hiver. Subissant les refus de Rémy et Guidetti, ils ont tout de même réussi à sortir Pazzini de sa torpeur italienne lors du deadline day. L’Italien n’arrive pas seul : Rochina revient en Liga après une expérience russe plutôt mauvaise et la surprise Sadiku complète le trio. Cependant, c’est Pazzini qui est la recrue phare de Levante. A-t-il les ressources pour sortir Levante de sa morosité offensive ? Eléments de réponse.

Crédits : nonventisimo.com

Compliqué de prendre des points sans marquer

Sans référent offensif, Levante se repose bien trop souvent sur les numéros de solistes de Morales et Ivi. Des joueurs d’une qualité certaine, mais pas des buteurs de l’âme et surtout des joueurs avec beaucoup de déchets dans leur jeu et connus pour leurs mauvais choix dans la zone de vérité. Incapable de trouver une routine offensive, de mettre en place des circuits préférentiels, Levante tâtonne et se prend très souvent les pieds dans le tapis. 5e pire attaque de Liga avec 20 buts en 22 matchs (0,9 buts marqués/match), les Granotas ne font que trop peu trembler les filets pour prétendre à quelque chose actuellement. Mais plus inquiétant : 8 de ses 20 buts ont été marqués avant la 6e journée et 5 ont été inscrits lors des 3 dernières journée. Entre la 5e et la 19 journée de Liga, Levante n’a trouvé le chemin des filets que 5 fois. Pour ne rien arranger, le promu n’a gagné qu’un seul match depuis la 5e journée et n’a pris, sur les 16 dernières journée, que 2 points de plus que le total de points qu’ils avaient pris après les 5 premières.

Actuellement Levante n’est pas dans la zone rouge simplement parce que les 3 de derrière n’avancent pas. Mais voilà : Las Palmas et Málaga se sont mis en fonctionnement survie et le Depor a nommé Seedorf pour se relancer. Levante devait réagir. Mais Pazzini est-il suffisant pour réveiller les troupes ?

Des expériences compliquées en Serie A

Pazzini débute en pro à 19 ans, à l’Atalanta. Il a un style particulier : il est de la race des renards de surface. Durant son passage mouvementé au Milan, il a été pris en affection par une partie des tifosi pour son jeu ressemblant à celui de la légende Pippo Inzaghi. Formé au poste d’arrière gauche, il est replacé très tôt avant-centre. Sentant parfaitement les coups, il aimante les ballons dans la boîte. Il se déplace magnifiquement bien sans ballon et n’aime pas participer au jeu de son équipe. Ce qu’il veut, c’est se faire oublier pour planter au moment où on l’attend le moins.

Crédtis : Goal.com

Avec sa centaine de buts en Série A, Pazzini fait partie des meilleurs buteurs en activité. Il fait partie aussi des 80 joueurs à avoir passé la barre des 100 buts en championnat. Avant de signer dans le club d’Oriolls, il n’était jamais sorti de la Botte mais il a pas mal bourlingué au pays. Après ses débuts à l’Atalanta, il est très vite remarqué par la Fio. Avec la Viola, il ne réussira jamais vraiment à s’imposer, Mutu, Gilardino ou encore Toni ayant les faveurs de Prandelli. Ce manque de temps de jeu le pousse à aller voir ailleurs. Le sort l’envoie à la Sampdoria où il vivra les meilleurs moments de sa carrière, notamment au côté de Fantantonio Cassano. Mais après 2 saisons et demi, il s’envolera pour l’Inter. Avec les Nerazzurri, les débuts sont prometteurs mais Pazzini finit par perdre sa place et rejoindra finalement l’ennemi rossonero. A l’AC Milan, là aussi, les débuts sont ambitieux et « Pazzo » (le fou) devient le chouchou du public. Mais une nouvelle fois encore, l’Italien finit pas perdre sa place et rallie l’Hellas Verone. Avec le club bleu et or il connaîtra la Serie B, la remontée et le placard.

« Je suis ici parce que je veux aider l’équipe. Je prends ça comme un défi, je n’ai jamais eu peur des défis et j’ai commencé un millier de fois depuis zéro en dépit d’avoir été à l’Inter à Milan ou en équipe nationale»

L’Italien est un joueur frisson, un joueur qui te fait ressentir des choses. Il sent le but, il vit pour cela. Ce n’est pas la plus fine des gâchettes mais c’est le type de joueur qui te garantit une dizaine de buts par saison. On pourrait le comparer à ce qu’est Cristhian Stuani à Girona. Comme tout numéro 9, Pazzini marche beaucoup à la confiance. Dès qu’un petit truc enraye l’engrenage, il perd tous ses moyens et n’est plus que l’ombre que lui-même. En difficulté quand il doit participer au jeu, s’il n’est plus décisif pour son équipe, il devient rapidement inutile.

Un joueur « clutch »

Terme importé des US et du basket, être « clutch » c’est être décisif dans les moments chauds d’un match et surtout à la fin quand le score est serré. Pour le calquer au football il faut adapter la définition. Dans le sport roi, être clutch signifie surtout être décisif pour son équipe, ouvrir le score, sortir l’arrêt ou le tacle qu’il faut quand le score est à 0-0 ou 1-0. Ce terme convient plutôt bien à Pazzini. Même s’il n’a pas vécu de grande épopée européenne, il a su être décisif quand il le fallait. Lors de sa saison en Serie B avec l’Hellas où il marque près de 23 buts, la moitié l’ont été pour ouvrir le score. Il sait donc répondre présent quand il faut. Mais on peut aussi remonter un peu plus loin. Lors de sa première saison à l’Inter par exemple, il a marqué le but de la victoire contre la Fio et pas mal de doublés qui ont compté.

Crédits : Goal.com

Lors de sa meilleure saison, celle à la Sampdoria qu’il portera avec Cassano en tour préliminaire de Ligue des Champions, il sera décisif une palanquée de fois. Durant cette saison 2009-2010, le club génois fut intraitable et son buteur fétiche aussi. Auteur de 19 buts en 37 matchs, il marque le but de la victoire contre l’Inter du Mou, celui lance l’épopée du club dirigé par Del Neri. Le Transalpin ne s’arrête pas là. Lors de cette même saison, il plante le but de la victoire contre l’AC Milan et un doublé qui prive la Roma de Scudetto. Même si cette saison semble remonter à une éternité, elle a fait la renommée de Pazzini en Italie.

Pas un grand joueur mais un joueur qui aura marqué les esprits

Giampaolo Pazzini est l’archétype de ce joueur de championnat, qui respire le football mais qui semble par moments être passé à côté d’une grande carrière. Ce joueur qui paraît ne pas avoir les épaules pour être un très grand joueur mais qui a assez de talent pour procurer des émotions. Toutes proportions gardées, il a des airs de Mickaël Pagis. Pazzini a vraiment marqué la Serie A. Cette notoriété ne s’est pas créée du jour au lendemain. Bien que très talentueux, Pazzo a aussi pas mal de faits d’armes et de petites histoires qui font de lui plus qu’un simple joueur de championnat.

« J’étais jeune et il y avait de grands champions devant moi dans le onze de départ de mon club. Donc pour moi, l’équipe des moins de 21 ans était une vitrine. Même maintenant, les gens posent des questions à ce sujet, parce qu’un Italien qui a marqué un triplé à Wembley, ce n’est pas quelque chose qui est arrivé depuis »

Il a par exemple marqué le premier but dans le nouveau Wembley avec les U21 italiens. Dans ce match il inscrit même un triplé. En réécrivant l’histoire on pourrait même dire qu’il en a planté 4 mais ce n’est pas le sujet. Cependant, être ovationné par tout un stade adverse, ce n’est pas donné à tout le monde. Lui l’a fait et pas n’importe où.

Pazzini est aussi un grand ami de Luca Toni, qu’il a côtoyé à la Fio et à l’Hellas Vérone. Sa célébration, le V avec les doigts qui pointent ses yeux (il y a une autre interprétation, ne faites pas les innocents!) est inspirée de la célébration du célèbre italien (le fou avec la main). Il est aussi un grand ami d’Antonio Cassano. Leurs carrières sont liées.C’est leur duo qui fera de la Samp’ de 2009-2010 l’équipe qui marquera les suiveurs de la Serie A. Ensuite, ils ont été échangés par l’Inter et l’AC Milan. Pour finir, ils se sont retrouvés à l’Hellas. Inséparables ou presque. Il a aussi été sur la jaquette italienne de Fifa 12 avec Philippe Mexès et Wayne Rooney. C’est pas la classe ça ?!

Déjà un chouchou à la Ciutat

Avec ce but qui offre le point du nul à Levante, Pazzini semble avoir réveillé quelque chose. Réveillé un club qu’on voyait sombrer. Personne ne sait si Levante réussira à se maintenir, si López Muñiz parviendra à inverser la tendance ou même si Pazzini aidera durablement le club pour sa première expérience hors d’Italie mais une chose s’est passée lors de cette 21e journée. Les Granotas l’ont bien compris et font tout pour surfer sur la tendance. Le club profite ce but égalisateur pour remobiliser une afición en berne. Le service communication a créé un kit à faire à la maison pour imiter la célébration de l’Italien. Il a aussi sorti une longue présentation du joueur et après son but contre le Real Madrid, le club a sobrement titré dans la langue de Dante : « Veni vedi vici ».

Il faut dire que Levante est une terre plutôt hospitalière pour les Italiens, même si les expériences ne sont pas toujours couronnées de succès. Par exemple, le coach italien Giani De Biasi (passé par Alavés cette saison) a entraîné le club d’Oriolls. On peut aussi cité Acquafresca, Cirrilo, Storari, Volta ou encore Rigano. Tommasi milieu de terrain transalpin passé par le club espagnol et actuellement président des joueurs italiens, a par exemple conseillé Pazzini avant de signer.

« J’ai parlé à plusieurs joueurs [à propos de Levante] et ils parlaient tous très bien de cette ville et de ce club, mais quand j’ai parlé avec Damiano Tommasi, c’était comme s’il parlait de son propre club »

Le club parfait pour se relancer ?

On ne va pas se mentir, Pazzini sort d’une saison très compliquée. Après avoir porté l’Hellas sur ses épaules en Serie B, le retour en Serie A a eté assez compliqué pour lui : 925 minutes en Serie A et un petit but alors qu’il avait refusé une offre juteuse de Chine pour continuer en Serie B avec le club jaune et bleu. Pazzini avait vraiment besoin de changement. Il semblerait qu’il ait choisi le club parfait pour se relancer. Pas spécialement connu pour sa cantera, son stade, ses qualités de post-formation ou sa gestion, Levante a un vrai talent : la capacité de sortir des attaquants de situations difficiles. Récemment, on peut citer Arouna Koné qui a signé dans le club espagnol en 2010 après des échecs à Seville et Hanovre. Avec les Granotas, l’Ivoirien a retrouvé des sensations, enchaîné les buts avant de s’envoler pour l’Angleterre avec réussite. Un retour a d’ailleurs été envisagé cet hiver. Deyverson et Obefami Martins ont aussi profité de leur passage à la Ciutat.

« Je ne viens pas ici en touriste »

Un compatriote de Pazzini a lui aussi profité des talents des Granotas pour se refaire une santé. Giuseppe Rossi, l’homme au physique aussi solide qu’Abou Diaby, s’est remis à l’endroit après 2 saisons blanches à la Fio et ce malgré la relégation. Pazzo arrive dans le bon club pour retrouver le chemin des filets. A lui de saisir la chance qui se présente.

« Je suis un attaquant qui aime être proche du but adverse. Je ne suis pas intéressé par le dribble, je veux juste marquer des buts »

Le Toscan a tout pour se fondre parfaitement dans le style que veut imprimer López Muñiz. Personne ne sait si c’est subi ou un vrai choix du coach mais Levante joue un foot de contre, avec des ailiers très rapides qui doivent créer les décalages et avec un Campaña en dépositaire du jeu. Bardhi, quand il est en forme, fait aussi un excellent meneur de jeu. Quoi qu’il en soit, Levante n’a pas besoin d’un 9 qui touche beaucoup le cuir et qui doit participer au jeu pour se sentir bien. Les Granotas ont besoin d’un tueur qui ramassera tous les ballons qui traîneront dans la surface pour les catapulter au fond des filets. Et ces qualités, Pazzini les a. De plus, il commence très souvent ces aventures tambours battant : avec la Samp’, c’est 5 buts sur ses 7 premiers matchs de Serie A ; avec l’Inter, c’est 3 buts lors de ses 2 premières apparitions ; avec le Milan, c’est un triplé lors de sa première titularisation en Serie A ; avec l’Hellas, c’est un but pour sa deuxième fois dans le XI.

Dans la mesure où le club de Valence a besoin d’un buteur décisif tout de suite, Roger Martí revenant à peine d’une longue blessure au genou, Giampaoli Pazzini semble être l’homme de la situation. La principale incertitude concerne son mental. Pazzo le reconnaît lui même : il a un petit déficit sur ce point là. L’Italien a aussi un peu de mal à être le leader offensif car il a besoin qu’un homme attire la lumière pour pouvoir être dans les meilleures conditions. Cependant « Le Crazy » comme on l’appelle en Italie a réussi à porter seul les Gialloblu de l’Hellas en Série B : enfin le déclic pour lui ?

L’international aux 4 sélections avec la Nazionale avec qui il a vécu la Coupe du Monde 2010 semble avoir assez de ressources pour réussir en Espagne. Sur le papier, tout est en place pour que ça « matche » entre l’Italien et le club espagnol. Comme dirait un célèbre homme de terrain français, « en tous cas, on le leur souhaite ».

Benjamin Bruchet
@BenjaminB_13

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