Getafe : Pepe Bordalás, triomphe romain

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En quelques mois, il a sauvé Getafe d’une descente en Segunda B et a placé les Azulones dans la première partie de tableau de la Liga. Pepe Bordalás (53 ans) dirige l’équipe qui fait le moins de passes en Europe et commet le plus faute en Liga. Pourtant, Getafe est l’une des équipes qui jouent le mieux cette saison.

Getafe fait certainement partie des équipes les moins appréciées de Liga. Terrain chaotique, stade à moitié vide, un jeu rugueux : les Azulones traînent derrière eux une sale réputation. Pourtant cette saison, sans renier l’ADN du club né en 1983, le Geta joue bien au ballon. Mieux, c’est une équipe qu’on prendrait presque en affection. L’homme à l’origine de cette étonnante mutation s’appelle Pepe Bordalás. Il y a 16 mois, il arrive en urgence dans la banlieue Sud de Madrid. Le club azulón est au bord du précipice et menace de dégringoler en Segunda B, une saison à peine après la descente en Segunda. Le président Ángel Torres ne s’y est pas trompé : Bordalás est l’homme de la situation.

Crédits : marca.com

Deux décennies dans les bas-fonds

La carrière de joueur et une large partie de celle d’entraîneur de Pepe Bordalás sont indissociables d’Alicante, sa ville natale, et de sa province. Formé à l’Herculés où il n’a jamais pu accéder à l’équipe première, l’attaquant a enchaîné les prêts dans une flopée de clubs du Sud de la Comunidad Valenciana et, jusqu’à 2012, soit 19 ans après ses débuts de Míster, celui que ses coéquipiers surnommait El Romano en raison de sa coupe de cheveux n’avait jamais officié loin de ses terres.

Sa carrière de coach démarre à 29 ans, à l’Alicante CF, d’abord avec la B puis avec l’équipe fanion, à l’époque en Tercera, lors de la saison 1994/1995. Par la suite, il a entraîné le Benidorm CD en Segunda B, Eldense en Tercera, Mutxavista qu’il fait monter en Primera Regional. Dès lors, Bordalás devient soit l’homme des montées ou des sauvetages. Lors de son 2e passage à Alicante, il comptabilise en 4 saisons une montée en Tercera, un play-off d’accession, une montée en Segunda B et une 6e place qui a permis au club disparu en 2014 de jouer la Copa del Rey. Il arrache le maintien en Segunda B avec le Novelda. Il devient champion de son groupe de Segunda B lors de son 3e mandat à Alicante, sans parvenir à monter en Segunda. Le rival Herculés le fait revenir au bercail pour se maintenir : Bordalás y parvient. A Alcoyano, il obtient la permanencia la première saison puis termine champion de son groupe de Segunda B mais manque la montée dans la división de plata pour un petit but.

A Elche, en Segunda, il initie le cycle vertueux des Franjiverdes en terminant 6e en 2009-10 puis en accédant à la finale des barrages d’accession la saison suivante. En 2012, pour sa première expérience hors de la province d’Alicante, Bordalás hisse Alcorcón en play-off. En 2014, il revient chez les Alfaferos pour une opération maintien réussie. Sa saison 2014-2015 paraît la plus « tranquille » avec une 11e place.

2 montées en Liga en 2 ans

Après plus de 20 ans d’exercice (il ne les fait pas avec son visage juvénile et ses lunettes cerclées), Pepe Bordalás rejoint un historique espagnol : le Deportivo Alavés. Le locataire de Mendizorroza navigue entre la Segunda et la Segunda B depuis 2006. 18e de Segunda en 2013-2014, 13e en 2014-15 : les Babazorros ne sont plus que l’ombre du club finaliste de la Coupe de l’UEFA 2001. Et le miracle Bordalás se réalise : Alavés retrouve la Liga, une décennie après l’avoir quitté. Cependant, le coach ne poursuit pas l’aventure. Pire : il commence 2016-2017 sans club.

Fin septembre 2016, Getafe l’appelle pour remplacer Juan Esnáider. Les Azulones sont dans la zone rouge. 9 mois plus tard, ils sont de retour en Liga après leur succès en finale de play-off contre Tenerife. Et cette fois-ci, il peut débuter en Liga, à 53 ans. En début de saison, il retrouve deux coaches qu’il a dirigé : Pepe Mel et Asier Garitano qui a aussi été son adjoint à Alicante. « A l’époque, c’était un entraîneur très semblable à celui qu’il est aujourd’hui, expliquait le Basque, entraîneur du rival Leganés, dans les colonnes d’El País. Il avait une énorme exigence, ne se conformait jamais avec la division dans laquelle il était. Il voulait jouer avec les meilleurs et arriver jusqu’aux meilleurs ».

Crédits : losotros18.com

Une minutie qui est allée, tout au long de son parcours dans les catégories inférieures, jusqu’à donner son avis sur les tenues portées sur et hors du terrain. Il faut dire que Bordalás a des grands-parents tailleurs… « Je ne tolère pas le manque de concentration », disait-il dans un portrait paru en janvier dernier dans El Mundo. Tout entre en ligne de compte pour obtenir les meilleurs résultats possibles : « Avant chaque entraînement, je pèse mes joueurs. Je vois dans leurs yeux s’ils se sont reposés. J’ai déjà donné des conseils sentimentaux. Les joueurs ont beaucoup de pression et les problèmes de chacun ».

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Cours toujours !

Membre d’une fratrie de 10, de famille ouvrière, et lui-même ancien employé dans les assurances, Bordalás ne dépareille pas à Getafe, cité-dortoir de la banlieue Sud de Madrid. Grand amateur de corrida (un de ses frères est bandillero), notamment des toreros Manzanares et José Tomás, l’Alicantino a fait (re)venir l’afición au Coliseum Alfonso Pérez grâce à un plan de jeu efficace, tout en verticalité : « J’aime être dans le camp adverse et me procurer des occasions, mais à quoi ça sert de faire 30 passes dans ton camp sans parvenir à avancer ?, s’interroge-t-il dans El Mundo. Je suis fan de Cruijff et de son Barça et souvent Koeman jouait long. On a confondu une grande possession avec le bon football ».

Son équipe casse les lignes, court beaucoup et tire peu (26 buts en 21 journées). Défensivement, sa charnière Cala-Djené est l’une des meilleures de Liga et Bergara, quoique blessé actuellement, est le stabilisateur au milieu en compagnie d’Arambarri. Getafe est l’une des équipes qui subit le moins de tirs adverses (21 buts encaissés en 21 journées, 3e meilleure défense). Et à ceux qui critiquent la rugosité des Azulones, chose déjà reprochée à Alcorcón et Alavés, Bordalás leur répond : « Être l’équipe qui fait le plus de fautes ne signifie pas que nous sommes violents ; en fait, nous recevons peu de cartons ». Ne laissant rien au hasard, y compris en ce qui concerne les « avantages » de la pelouse catastrophique du Coliseum (les joueurs du Barça s’en étaient plaints en début de saison), certains font un parallèle entre lui et El Cholo Simeone : « Nous comprenons le football de la même manière, abonde-t-il. Il faut être exigeant quotidiennement aux entraînements, être rigoureux et sérieux ».

Après avoir battu son ancien adjoint à Butarque lors du tout premier derbi de la banlieue Sud de Madrid en Liga, Pepe Bordalás retrouve Asier Garitano ce dimanche (12h). Le coach de Leganés, passé lui aussi par les petites divisions espagnoles, est admiratif du chemin parcouru par son aîné : « Je suis ravi qu’on se retrouve en Liga, après de nombreuses années en Segunda B et en Segunda, disait le Pepinero dans El País. Pour beaucoup de personnes, voir qu’un entraîneur parvient jusqu’à l’élite est une très bonne chose. Cela sert de motivation pour tous ceux qui veulent devenir coach ». En cas de victoire contre le rival historique, Getafe serait à seulement 2 points de la qualification pour la prochaine Ligue Europa. Le retour de l’EuroGeta dix ans après le fabuleux quart de finale contre le Bayern serait une sacrée récompense pour Bordalás. Et la preuve qu’il peut encore monter très haut.

François Miguel Boudet
@fmboudet

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