Les Saoudiens en Espagne épisode 1 : Vraie plus-value sportive ou simple outil de communication ?

A la surprise générale, une dizaine de joueurs saoudiens ont débarqué en Espagne cet hiver. Après avoir parlé de l’accord derrière tout ça, quel apport pour ses joueurs à court terme ? 

Nous l’écrivions ici il y a 10 jours : derrière ces arrivées soudaines, il y a un accord global entre la fédération saoudienne et la Ligue espagnole de football. Après avoir tenté de démêler ce sac de nœuds, ¡FuriaLiga! va parler de ce que peuvent apporter tous ses joueurs à court terme, vraie plus-value ou écran de fumée pour un plan de communication ?

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Des internationaux en Liga 

Maintenant que le mercato hivernal est fini et les effectifs figés pour le reste de la saison, il est possible de voir si les Saoudiens vont avoir leurs chances ou non. 9 joueurs du Royaume sont arrivés durant le mois de janvier : trois ont rejoint des canteras (Leganés, Villarreal, Sporting de Gijón,), le reste a intégré des équipes de Liga et de Segunda. Mais combien ont une vraie chance de jouer et d’enchaîner les matches ?

Pour ceux arrivés en Liga, leurs chances de jouer régulièrement sont assez conséquentes. Tout d’abord car ils ont un potentiel certain et qu’ils sont venus pour préparer la Coupe du Monde 2018 et pas pour découvrir les tribunes de la Ciutat de València ou de Butarque. De plus, les clubs dans lesquels ils ont été placés n’ont pas des effectifs pléthoriques et les places sur la feuille de match ne sont pas si inaccessibles que ça.

Fahad à Levante devrait avoir une concurrence compliquée à gérer. Les arrivés de Pazzini, de Sadiku ou encore de Rochina cet hiver sont venues remplir un secteur offensif certes pas vraiment emballant mais quand même déjà un peu garni. Bien que sur le papier il a assez de talent pour percer, la situation du club et ces recrues signées en toute fin de mercato peuvent obstruer son avenir. Cependant, il est capable de jouer aussi facilement à droite qu’à gauche offensivement. Il peut aussi évoluer en pointe, bien que ce ne soit pas son poste habituel. La vraie arme de Fahad est sa capacité à éliminer son adversaire en un contre un. Il est doté d’une qualité technique très importante. De plus, il est très vif et explosif, ce qui fait de lui un contre-attaquant d’une qualité plus qu’intéressante, surtout à Levante. Même si ce n’est pas un finisseur hors pair, il a des statistiques intéressantes devant les bois (123 matchs avec Al Ittihad pour 37 buts et 20 passes décisives).

Pour Salem Al Dossari la donne est un peu différente. Dans un secteur offensif orphelin de Cédric Bakambu parti cet hiver, il pourrait avoir du temps de jeu. Bien que ce ne soit pas le premier choix (Enes Ünal et Roger Martínez ont quelques longueurs d’avance), la polyvalence du Saoudien pourra rendre quelques services par la suite. C’est simple : il peut évoluer à tous les postes offensifs et au milieu de terrain bien que préférant le côté droit. Ses qualités sont sensiblement les mêmes que son comparse Fahad : rapidité d’exécution, facilité d’élimination et surtout une excellente vision du jeu. Le garçon a un peu près tout pour réussir en Liga. Cependant, il ne fait pas encore l’unanimité au pays car, à 26 ans, il a seulement quatre sélections en A. Par ailleurs, il n’a aussi que 162 matchs en pro, ce qui est peu pour un garçon de cet âge. Quelques blessures l’ont un peu handicapé mais malgré ça, ses stats sont honorables (quelques 28 buts et 23 passes en 162 matchs).

Le dernier à être arrivé en Liga cet été est Yahya El Sheri. Contrairement à ses coéquipiers, il préfère être dans le coeur du jeu plus que sur un coté. Véritable meneur de jeu, il est doté d’une vision de jeu au-dessus de la moyenne et il tire aussi extrêmement bien les coups de pieds arrêtés, une arme privilégiée par Asier Garitano. Comme ses collègues précédemment cités, il est incroyablement polyvalent puisque lui aussi est capable de jouer sur le côté droit et le côté gauche. Par ailleurs, il est le seul à avoir déjà vécu un transfert et c’est le joueur le plus expérimenté du contingent saoudien : Yahya a déjà joué plus de 240 matchs en pro et a une quarantaine de sélections. Dans la banlieue sud de Madrid, il va connaitre un club encore à taille humaine. Il devrait avoir sa chance mais le titulaire qu’est Gabriel Pirès sera dur à déloger.

Globalement, les profils des 3 garçons sont sensiblement identiques : des joueurs offensifs, petits et mobiles. Ils sont dans la force de l’âge et semblent avoir fait le tour de la question au pays. Ce prêt est donc une aubaine pour eux. Sans le deal entre leur fédération et la Liga espagnole, on ne les aurait jamais vu dans un championnat aussi relevé. De plus, ils ont tout de joueurs frissons et plutôt spectaculaires. Une bonne chose notamment pour Levante qui manque un peu de folie offensive. Rien ne dit qu’on les verra tout de suite, ni même qu’on les verra un jour en Liga, mais ils peuvent réellement avoir de quoi faire leurs nids.

Des paris en Segunda

Beaucoup d’informations sont disponible sur les 3 joueurs arrivés en Liga. Clairement, ce sont eux les locomotives du projet, ceux qui ont la plus grosse cote au pays et qui doivent être les pierres angulaires de l’Arabie Saoudite au Mondial. Pour les 4 arrivés en Segunda, le brouillard est plus important. Plus jeunes et avec moins de références, on est clairement sur des paris, des joueurs qui sont surtout là pour s’entraîner avec un groupe pro et s’aguerrir.

Celui sur lequel on a le moins d’information est Ali Al Nemer. Il arrive d’Al Shabab, il est milieu de terrain, compte 2 sélection et a 26 ans. Sortie de cela, le flouest total autour du joueur. Son coach le trouve “très impatient, impliqué et surtout adapté au jeu de Numancia”. C’est déjà ça.

Les deux autres recrues ont un CV un peu plus rempli. Bien que moins référencés que leurs collègues arrivés en Liga les deux ont moins d’une centaine de matches en pro. Al-Mousa qui est arrivé à Valladolid n’a pas vraiment de poste fixe : il a surtout joué 6 et milieu sur un côté. Il n’a jamais été sélectionné chez les A. Son comparse Al-Sulaiheem qui arrive au Rayo Vallecano en a 2 et un peu plus de matches en pro. Lui aussi a été baladé entre côté gauche du milieu et cœur du jeu. Al-Sulaiheem est aussi plus jeune que Al-Mousa. Le premier a 23 ans le deuxième 26.

La suite pour ces joueurs semblent s’écrire plus en pointillés que ceux signés en Liga. Sans véritables références, pas titulaires inamovibles dans leur pays, ils n’ont pas l’air de cracks en puissance. Dès lors, il leur sera compliqué de les voir déloger les titulaires ou même  de se faire de la place sur un banc. Néanmoins, ils peuvent réellement progresser en côtoyant au quotidien des joueurs d’une très grande qualité. Cela peut les aider à franchir un palier qu’ils n’auraient peut-être jamais passé au pays et donc faire progresser leur sélection, ce qui est le but de ce deal.

Pas encore d’apparition en pro mais déjà une forte activité sur les réseaux

La plupart des joueurs sont arrivés cette semaine dans leurs clubs respectifs, mais les formations n’ont pas hésité à déjà beaucoup parler de leurs nouveaux poulains. On ne sait pas encore si ces mouvements seront des réussites sur le plan sportif mais ils sont déjà des réussites sur le plan de la communication. C’est simple : chaque tweet mentionnant un des Saoudiens ou juste une photo est relayé en masse sur les réseaux.

 

Pas un jour sans que Levante ne pose une photo de Fahad par exemple. C’est le club le plus actif pour l’instant pour mettre en valeur sa nouvelle recrue. Villarreal a poussé le plan communication encore plus loin avec la création d’un compte Twitter en arabe. Les autres clubs ne devraient plus tarder à en faire de même. On voir fleurir aussi des tweets en arabe pour continuer de gagner en visibilité de ce côté du globe. Pour l’instant, l’effet “joueur saoudien” est réellement perceptible : quand un tweet classique d’un des clubs ne fait que 50 RT, dès qu’un joueur saoudien est mentionné, on arrive très facilement à 3 ou 4000 RT.

Ces joueurs ne sont pas encore une aubaine sportive mais sont déjà très clairement des réussites sur le plan des réseaux sociaux pour les clubs concernés. Cela permet à des clubs moins médiatisés, et donc moins connu à l’export, de se faire un nom dans un pays qui est friand de Liga. Sur le papier, les joueurs semblent avoir ce qu’il faut pour être sur le terrain dans pas si longtemps. Rendez-vous dans 1 mois pour le premier bilan sportif de cette expérience.

Bruchet Benjamin
@BenjaminB_13

 

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