Pourquoi Guardiola ouvre la porte à Aymeric

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Le transfert d’Aymeric Laporte vers Manchester City fait beaucoup parler. Chez ¡Furia Liga!, on tente de décrypter pourquoi Pep Guardiola lui-même a fait le forcing pour s’offrir le zaguero de l’Athletic.

Plusieurs fois déjà, les Citizens sont venus toquer à la porte (pas fait exprès là, promis) de l’Athletic pour tenter de repartir avec Aymeric Laporte dans leurs valises. Et à chaque fois, même lorsque les Anglais étaient prêts à payer la clause libératoire du joueur, ce dernier ne semblait pas particulièrement pressé de quitter son cocon. « L’Athletic est presque tout pour moi. Je l’ai fait (refuser des propositions, NDLR) pour montrer ma reconnaissance. Ils ont besoin de moi quelques années encore. Je suis content de pouvoir les aider à chaque match. Je suis encore jeune et j’ai une marge de progression. On verra à l’avenir », confiait-il à RMC Sport en octobre 2016, après avoir refusé une approche des Mancuniens. A l’époque, le Français était à la croisée des mondes, vivant encore ses premières expériences en tant que professionnel, mais avec des performances légitimant clairement son statut de taulier de la défense des Leones et son statut de joueur quasi-référence à son poste outre-Manche. Mais depuis, la situation n’a pas forcément évolué dans le bon sens pour lui, au contraire…

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Des qualités indéniables, mais une certaine régression…

En novembre 2012, il débute avec l’équipe première de la main de Marcelo Bielsa, en Europa League face  à l’Hapoel Kiryat… La suite est plus au moins connue de tous : une ascension fulgurante qui le catapulte rapidement comme le patron de la défense de son équipe, des contrats signés pratiquement tous les ans pour éloigner les grosses écuries qui survolaient Lezama à la recherche du prochain grand défenseur central européen, et des débats interminables sur sa présence – ou son absence en l’occurrence – des groupes de l’Equipe de France. Sa lecture du jeu, ses qualités balle au pied et une certaine sécurité dans les duels et le jeu aérien masquaient certaines lacunes encore compréhensibles et pardonnables compte tenu de son jeune âge, devant logiquement s’effacer avec le temps. 222 matchs après ce début sur la scène européenne, force est de constater qu’elles n’ont pas disparu. Bien au contraire, on peut affirmer sans sourciller que le Laporte de 2014 est par exemple meilleur que celui de 2017. Particulièrement bon aux côtés de Gurpegui ou d’Etxeita, défenseurs loin d’être des cracks, soyons honnêtes, c’est principalement lors de la saison 2016/2017 qu’on a commencé à se poser certaines questions.

L’explosion de Yeray Alvarez l’a mis en évidence, et ce dernier, bien qu’un peu plus âgé que Laporte l’était au moment de ses débuts, a tout simplement connu la même explosion que le Français. Particulièrement complet, doué dans sa surface comme lorsqu’il faut en sortir, tout aussi bon balle au pied et dans l’anticipation, le Basque a rapidement éclipsé le natif d’Agen, qui donnait souvent la sensation d’être perdu sur le terrain. C’est peut-être l’agressivité et l’assurance incroyable que transmettaient Yeray qui ont fait la différence. Taulier de la défense à seulement 21 ans, Laporte a vite été relégué au rang de deuxième roue du carrosse. Souvent largué notamment lorsqu’il faut couvrir des grands espaces, moins rugueux dans le duel et ayant perdu cette sécurité, Laporte a baissé d’un cran… Rebelote cette saison, mais cette fois, Yeray ayant eu de sérieux problèmes de santé (cancer des testicules heureusement guéri), c’est Unai Núñez qui a été lancé dans le grand bain, avec une réussite quasiment similaire, et faisant lui aussi office de patron devant le Français. Certains disent même qu’une fois Yeray totalement remis, le Tricolore risquait de goûter au banc

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Un profil de défenseur de gros club ?

Forcément, on peut se demander pourquoi un tel déclin. Peut-on conclure que Laporte brille uniquement lorsqu’il est à côté de défenseurs plutôt médiocres ? Clairement pas. Si Yeray et Unai lui sont passés devant, c’est aussi à cause du profil de chacun. Laporte n’est pas vraiment un ouvrier du football, on peut dire que c’est typiquement le genre de défenseur pour un gros club, jouant un peu dans un fauteuil et faisant souvent plus appel à ses qualités balle au pied qu’à ses qualités défensives à proprement parler. On peut d’ailleurs dire qu’il s’est un peu embourgeoisé par rapport à ses premières années, où il n’hésitait pas à aller au contact et au choc. Ses acolytes de l’axe de la charnière se sont souvent chargés du « sale boulot », pendant que le Français était à l’affût pour récupérer les ballons et relancer, ce qu’il n’a cependant pas toujours bien fait. Il est par exemple bien plus proche d’un Gerard Piqué que d’un Diego Godín, pour citer deux cas bien connus. Est-ce un moins bon défenseur pour autant ? Non plus. Il faut d’ailleurs s’intéresser au jeu de l’Athletic pour comprendre – en partie – cette baisse de niveau. Contrairement aux idées reçues, le jeu du club basque n’est pas forcément basé sur la possession de balle ou le toque. Depuis le départ de Bielsa, on a souvent privilégié une ossature solide, un jeu passant beaucoup par les côtés avant de terminer par un centre sur Aritz Aduriz ou Raúl García, on n’hésitait pas à laisser le ballon à l’adversaire et c’est sur les quelques phases offensives qu’on se projetait à plusieurs vers l’avant, laissant beaucoup d’espaces derrière.

Donc, forcément, des situations de contre-attaque et de supériorité numérique régulières pour les attaquants adverses (qu’il aura aussi à City), mais surtout beaucoup de possession pour l’adversaire et donc multitude d’assauts dans sa surface. Il faut aussi souligner que pendant ses premières années, Laporte avait un Iturraspe très costaud devant lui, ce qu’il n’a plus retrouvé dernièrement. Son profil semble quoi qu’il en soit Guardiola-compatible. Toujours est-il qu’il devra monter d’un cran, puisqu’il sera encore plus exposé qu’à l’Athletic sur les situations d’attaque de l’adversaire. N’ayant pas la prétention de connaître à merveille le profil de chacun des défenseurs citizens, le Français devrait tout de même pouvoir former un duo assez complémentaire avec Nicolas Otamendi par exemple, étant globalement plus doué balle au pied que l’Argentin. La question est désormais de savoir si le Catalan, dans un contexte plutôt favorable compte tenu que le titre en PL est déjà assuré, pourra permettre à Laporte de combler le retard accumulé et d’atteindre le niveau qui devrait déjà être le sien.

@maxfrs

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