Il a mis le feu, appelez-le Samu !

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Humilié à l’aller (3-0), Villarreal peut prendre sa revanche face à la Real Sociedad, ce soir à 20h45. Pour se faire, il pourra compter sur un Samu Castillejo (23 ans) qui a épaté la galerie la semaine dernière en sortant un match XXL face à Levante. Feu de paille ou véritable retour de flammes ?

Il y avait un peu d’ironie dans le compliment, symbole d’un regard pas toujours rationnel sur le joueur. Intenable contre Levante, l’ailier Samu Castillejo a sorti un récital offensif auquel son public -et les observateurs- n’étaient pas habitués. Si le garçon est connu pour son registre de provocateur avec une qualité technique relativement aboutie, il l’est aussi par ses performances sinusoïdales, une science du jeu très imparfaite et une fâcheuse tendance à mal conclure ce qu’il entreprend. En somme, Castillejo donne toujours l’impression de pouvoir sans jamais réussir, de séduire sans conclure.

Recruté 15 millions d’euros en provenance de Malaga en 2015, le gaucher affiche, sur le strict plan chiffré, un bilan déficient avec 6 buts et 9 offrandes en près de 70 apparitions sous le maillot jaune. S’il est évident que l’aspect comptable ne dit pas tout (il a été blessé un mois cette saison) et ne peut prendre en compte l’évolution d’un garçon encore jeune, les performances de Castillejo n’empruntent pas la voix de la progression. Majoritairement posté à droite de l’attaque du sous-marin, il reste un joueur à la faculté d’élimination appréciable mais pas indispensable. Excepté ses numéros de soliste, le joueur n’a pas de plan B, affichant un déchet encore trop important dans le relais, la prise de décision et la justesse dans le dernier geste.

En solo ?

À sa décharge, et ce depuis son arrivée, il n’a pas trouvé de mentor pour façonner son football brut. Surtout, Villarreal n’a pas dégagé une ligne directrice forte en matière de plan de jeu, passant d’un rigide 4-4-2 de Fran Escribà au losange incertain mais plus performant de Javi Calleja. Dans cette deuxième option, Castillejo est venue se la jouer milieu d’intérieur. L’expérience fut assez douloureuse pour lui, mais pas inutile à analyser ni vide de sens, sur le long terme. Incapable de se situer durablement entre les lignes et d’avoir la lucidité nécessaire loin du but, le gaucher a pâti de la comparaison avec ses compagnons au profil certes moins explosif mais davantage taillé pour le poste. Même le jeune Dani Raba (21 ans) est parfois passé devant lui dans la hiérarchie des milieux offensifs.

Dans sa redistribution des cartes, Javi Calleja n’a pourtant banni personne, comme le prouve le retour d’un élément comme Cheryshev. Surtout, l’ancien joueur de Villarreal peut compter sur la combativité d’un Castillejo qui est souvent irréprochable dans l’investissement, le travail de harcèlement, et qui n’a jamais eu un mot plus haut que l’autre face aux micros. Il a fallu attendre la blessure de Ruben Semedo face à Barcelone (0-2) pour voir Castillejo réintégrer durablement le 11 de Calleja puisqu’il a enchaîné avec 6 titularisations sur 7 matches dans la foulée. Repassée à un 4-4-2 plus modulable qui lui est préférable, la formation de Villarreal a remporté 6 victoires -dont deux à Madrid et face au Valence CF-, ne concédant qu’un partage des points contre le Deportivo et une défaite en Copa sur la pelouse de Leganés. Et dans ce redressement, Castillejo n’a pas été qu’un spectateur aux premières loges.

 

Courageux et remarquable dans l’implication défensive au Bernabeu, Castillejo a donc montré sa facette bankable le week-end suivant contre Levante, conjuguant dribbles chaloupés, sens du spectacle et justesse. Signe que le destin ne s’est pas totalement éclairci, il a touché deux fois les montants adverses. On dit que la régularité se soigne dans le recul, dans la faculté qu’a un joueur à analyser sa situation, ses carences, et à accepter la frustration. Celle des supporters était grande vis à vis des performances de Castillejo, mais la versatilité d’un public trouve résonance dans l’effort et les victoires du jugé. Castillejo ne doit plus lutter, il doit vaincre. Rendre à la Real Sociedad la monnaie de sa pièce peut-être un pierre de plus pour la reconstruction de l’espoir. Dans tous les sens du terme.

 

Bruno De La Cruz

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