Iván de la Peña, petit Buddha et grands regrets

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Crédit : http://colgadosporelfutbol.com

Je n’avais que 9 ans lorsque mes potes du quartier s’extasiaient sur les exploits de la nouvelle perle brésilienne d’alors. Il faut bien avouer que Ronaldo de Lima, qui avait rejoint le FC.Barcelone en 1996, crevait l’écran avec 34 buts claqués pour sa seule et unique saison en Catalogne. Moi, encore puceau footballistique, c’était un autre crâne chauve qui retenait mon attention.

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Un petit gabarit (1m71), moche comme pas possible, maigre à en mourir, mais qui se démarqué déjà et régalait techniquement. Iván De la Peña n’avait que 19 ans et pourtant un certain Johan Cruyff le lançait dans le grand bain en 1995. Des débuts remarqués puisqu’il participera dans la foulée au Championnat d’Europe des moins de 21-ans, s’inclinant en finale contre l’Italie de Panucci, Nesta et Morfeo, en ratant son essai (5-4 tab). Malgré cette déception, les bonnes prestations permettent au jeune Iván d’intégrer la sélection olympique espagnole à l’occasion des Jeux d’Atlanta en compagnie de Mendieta, Dani, Aranzabal et surtout Raul, un ami proche. Participant à chaque match, son parcours prendra fin en quart de finale contre l’Argentine d’Almeyda, Ortega et Crespo, auteur d’un doublé (4-0). L’arrivée au F.C Barcelone de l’anglais Bobby Robson lui permettra de confirmer ses belles promesses, glanant une place de titulaire après la trêve avec 30 matchs joués et 7 buts. Avec Figo, Luis Enrique et donc Ronaldo, il s’impose face au PSG de Le Guen en finale des Vainqueurs de Coupes (1-0). Cette saison là le FC. Barcelone ramasse aussi une Copa et la Supercopa d’Espagne. En 97/98, Louis Van Gaal prendra la place de Robson, qui bascule au poste de directeur technique, et le natif de Santander jouera moins, étant victime du turn-over de l’hollandais qui voit le brésilien Giovanni prendre peu à peu sa place. Cela n’empêchera pas le club catalan de réaliser le triplé Liga-Copa-Supercopa. Mais sa place en club comme en sélection de jeunes est fragilisée, Van Gaal et Javier Clemente l’accusant de ne pas assez travailler défensivement et d’être parfois individualiste.

La descente aux enfers de Little Buddah…

Crédit : Gentside.com
Avant David Astorga qui toucha Dieu Maradona en 2009, Madar avait osé en faire de même avec Iván

Pour autant, Little Buddha reste un très grand espoir européen, et au marché d’hiver 98/99, il est cédé pour près de 15 millions à la Lazio de Sven-Goran Eriksson, qui l’accueille comme un véritable crack. Régulièrement titulaire, Iván sera coupé en plein élan par une grave blessure au genou. Loin derrière la concurrence d’un effectif qui comptait des talents comme Mancini, Dejan Stankovic ou Pavel Nedved, Iván est prêté à l’Olympique de Marseille en début de saison 99/00, pour tenter de retrouver son niveau sous la houlette de Rolland Courbis. L’Espagnol, flanqué du n°10 dans le dos, ne sera pas verni, contractant une nouvelle blessure importante face à Sturm Graz, en LDC. Résultat, le meneur de poche ne portera le maillot qu’une douzaine de fois. Néanmoins, et en dépit des regrets vu son talent, le garçon aura contribué aux succès contre Manchester United ou au Parc, inscrivant une superbe but d’une demie-volée spectaculaire face aux Girondins de Bordeaux.

Iván rentrera directement en Catalogne, et certains espèrent une association orgasmique avec Rivaldo, le gracieux meneur de l’époque. Il ne disputera là aussi que 12 matchs, sans parvenir à briller dans une période instable, où le fameux triplé du brésilien contre Valence permettra aux Blaugranas d’arracher une qualif’ en C1. Après une saison 01/02 quasi vierge pour son retour en Italie, la Lazio s’en sépare définitivement en le lâchant à l’Espanyol. Un choix qui paraissait curieux mais qui se révélera finalement payant. Le club luttant pour le maintien, Iván de la Peña va jouir de la confiance absolue de Javier Clemente, ce même entraîneur qu’on a qualifié de réticent aux qualités du joueur, pour s’épanouir et participer activement au maintien des Pericos. De nouveau sollicité l’été suivant par des écuries de meilleur standing (Real Madrid, Atlético), il ne trouvera aucun accord, ses prétendants n’étant pas prêts à faire des efforts sur un joueur certes talentueux, mais terriblement fragile et impétueux. L’Espanyol ne parvient pas non plus à s’entendre avec son agent, et Iván s’entraîne alors tout seul, dans son coin.

 

En ce début de saison 2003/040, le club est englué dans les profondeurs du classement, et l’entraîneur français Luis Fernandez réussit à convaincre le meneur de jeu de (re)signer. Son association avec le buteur Raul Tamudo fera des étincelles, décrochant un maintien lors de l’ultime journée face au Real Murcie. L’histoire retiendra d’ailleurs le surnom du tandem, le « Duo Sacapuntos » en référence aux nombreux points qu’ils donnent à leur équipe. Lors de la saison 04/05, l’Espanyol surprend tout son monde via un jeu brillant et un collectif solide (Hugo Ibarra, Amavisca, Pochettino, Dani, Maxi Rodriguez). L’équipe décrochera une place en Coupe UEFA, en grande partie grâce à son petit meneur de jeu. Le sélectionneur Luis Aragonés le récompensera de toutes ses bonnes prestations, en le convoquant pour la 1ere fois, à 29 ans, en seleccion contre Saint-Marin à Almeria. Un maillot qu’il honorera à 4 reprises par la suite. L’année suivant sera moins rose pour l’Espanyol, ses adversaires sont bien conscients qu’il suffit de réduire l’influence d’Iván pour affaiblir considérablement les Catalans. De plus, le joueur se fâche avec Miguel Angel Lotina, son nouvel entraîneur, et est orphelin de Tamudo, souvent blessé. Larguée en Liga et rapidement sortie en UEFA, l’équipe parviendra contre toute attente à remporter la Copa 4-1 contre Zaragoza, pourtant grand favori après avoir sorti Barcelone et le Real Madrid. Le crâne d’Iván illumine le match, touchant la barre sur coup-franc et servant Corominas pour le 3ème but. Insuffisant cependant pour être appelé pour le Mondial 2006…

La saison 05/06 digérée, Ernesto Valverde prend place sur le banc et mènera l’équipe jusqu’en finale de la Coupe UEFA (1er de son groupe devant l’Ajax, éliminant Livorno, Haifa, Benfica et le Werder), mais les Pericos s’inclineront lors de la séance des tirs au but face au Séville de Dani Alves (2-2). Une séance à laquelle Iván ne prendra pas part, étant sorti avant la fin du temps réglementaire. A 30 ans, sa saison est sublime, ponctuée de 9 passes décisives, d’un but magnifique contre Haifa, d’actions de grande classe à foison, et surtout d’une partie extraordinaire contre le Barça lors de l’avant dernière journée (2-2, un but offert à Tamudo), privant ainsi les culés d’un sacre national au profit du Real Madrid. Iván a la dent dure contre son ex, et ce n’est pas fini.

 

Le dernier baroud d’honneur…

Son dernier fait d’arme se fera en 2008/2009, où malgré la valse des entraîneurs (Tintin, Mané et Pochettino) il viendra crucifier une nouvelle fois le FC Barcelone de Xavi et Messi en inscrivant un doublé. De la tête sur un service de Nênê (oui, l’ancien de Paris), et d’un superbe lob, lui qui n’avait plus scoré depuis 4 ans ! En juin il prolonge de 2 ans son contrat, mais ne rejouera que très peu ensuite, cumulant plus de 300  jours jours d’indisponibilité à cause de problèmes musculaires récurrents. Il décide de dire stop en 2011.

Formidable meneur de jeu aux inspirations divines, De la Peña fait partie de ces profils aux aptitudes physiques des plus réduites mais qui s’appuient sur une qualité technique parfaite et voient le jeu cinq secondes avant les autres. Excellent passeur, intelligent et très juste dans ses choix, Iván était aussi un habile frappeur de coup-franc. Sa trajectoire laisse d’énormes regrets au pays, la faute à un corps de verre et un caractère bien trempé. Sa carrière demeure malgré tout très correcte, avec un palmarès des plus honorables, mais le bas blesse quand on compare son chemin avec celui de son vieux pote Raul. J.Cruyff estimait qu’il ne pouvait être un grand joueur « sans savoir jouer des deux pieds », alors que M. Laudrup était fasciné « par sa magie et son intelligence ». Mais ce sont bien les propos d’Angel Cappa, un proche de Valdano, qui permettent de mesurer le gâchis d’un tel talent : « Il est le plus prometteur et talentueux des joueurs européens depuis Van Basten ou Gullit » La carrière en moins.

Merci pour tout Iván.

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