Málaga, ou la dernière chance d’Alberto Bueno

Fraîchement arrivé en Andalousie pour renforcer un secteur offensif en grosse difficulté, Alberto Bueno a là une occasion en or pour montrer l’étendue de son talent du haut de ses 29 ans. La dernière ?

La Fábrica a vu défiler des centaines et des centaines de talents. Certains ont pu développer tout leur potentiel et devenir des joueurs de très haut niveau, à l’image de Dani Carvajal, Álvaro Morata ou Juan Mata, alors que d’autres ont complètement disparu des radars et n’ont jamais franchi le palier nécessaire. Mais beaucoup sont également restés à mi-chemin, ayant réussi à atteindre le monde pro et jouer régulièrement en première division, sans pour autant s’accomplir totalement. On pense par exemple à Esteban Granero, qui après son départ du Real Madrid a revêtu sans peine ni gloire les tuniques de QPR, de la Real Sociedad ou de l’Espanyol. Et Alberto Bueno est clairement l’un des principaux exemples de cette catégorie de joueurs qui ont peut-être été vus trop beau, ou qui n’ont peut-être pas été mis dans les meilleurs conditions pour briller. Arrivé à Málaga cet hiver, il sera l’un des grands espoirs des Boquerones pour croire à un maintien qui semble de plus en plus difficile.

Sa carrière démarre avec quelques apparitions, en Coupe notamment, avec l’équipe première des Merengues en 2008. A l’été 2009, il s’engage avec Valladolid, où il ne joue pas énormément, et est ainsi prêté à Derby County, en D2 anglaise, pour l’exercice 2010/2011. Après une saison correcte chez nos amis britanniques, il revient à Valladolid, en deuxième division. Il enchaînera deux saisons de belle facture, s’imposant comme titulaire, avant de rejoindre la Liga et le Rayo Vallecano en 2013. C’est là qu’il explosera complètement et vivra ceux qui sont jusqu’ici les meilleurs moments de sa carrière. Sous les ordres de Paco Jémez, il réalise deux saisons exceptionnelles, en soutien de Larrivey, puis de son ancien coéquipier de Valladolid Manucho, et retrouve ses qualités de buteurs qu’on avait pu entrevoir au Real Madrid Castilla, avec 27 réalisations en deux saisons de Liga. Certaines voix s’élevaient pour le voir en sélection et Vicente Del Bosque l’avait même supervisé à plusieurs reprises. “Je pense que j’ai fait ce qu’il fallait pour être dans la liste, être sélectionné et montrer mes qualités. Peut-être que ma saison au Rayo n’a pas autant de répercussion que si ça avait été dans un autre club, mais je pense que justement elle a une valeur double”, confiait le principal intéressé à El Confidencial en juin 2015C’était la fois où il a été le plus proche d’enfiler la tunique rouge, puisque son départ à Porto s’est mal passé… Très peu utilisé à Porto par Julen Lopetegui, il reviendra à deux reprises en Liga, en prêt, à Granada et Leganés. Des passages anecdotiques, puisqu’on a jamais revu le Bueno du Rayo…

Le coach (Paco Jémez) m’a dit ‘j’ai confiance en toi, en ton foot, et ici tu as ta place même si je ne te garantis pas que tu vas jouer’. Il m’a semblé très franc et il m’a fait comprendre que si je faisais ce qu’il me demandait j’allais avoir ma place dans le onze. A partir de là, il m’a convaincu, en m’exigeant beaucoup de choses, sachant m’encourager ou me féliciter quand je le méritais, ou me tirer les oreilles dans les moments moyens pour redresser la situation.

Que peut apporter Bueno à Malaga ?

Autant dire que c’est le Bueno du Rayo et non celui de Porto, de Granada ou de Leganés dont a besoin Malaga. A savoir un joueur très polyvalent, capable de jouer en soutien d’un autre numéro 9, de tomber sur un côté ou même de jouer tout seul en pointe. Une palette plutôt complète, et ça tombe bien, les Boquerones ont besoin d’un buteur, mais aussi de joueur(s) capable(s) de lâcher cette dernière place. A l’aise balle au pied, dans la dernière passe, c’est clairement le type de joueur qui peut décider d’un match sur un coup d’éclair. A Málaga, seul Juanpi a ce profil de joueur différentiel, et cette saison il n’est que trop peu entré dans les plans de Míchel, remplacé sur le banc par José González. “J’ai de l’envie et je suis motivé, je peux porter beaucoup d’envie et de la qualité sur les minutes que je vais jouer. Ce sont six mois, mais j’espère être ici plus longtemps”, expliquait l’attaquant lors de sa présentation, conscient qu’il doit donner un nouveau souffle à sa carrière stagnante.

Et dans la pratique, concrètement, qu’est-ce que ça devrait donner ? Comme cité plus haut, González vient de débarquer sur le banc, mais il a déjà dévoilé la ligne directrice de son projet de jeu. Le 4-4-2 sera de mise, comme il l’a confirmé lors de sa conférence de présentation. Bueno sera donc, s’il est titulaire, sera aligné au côté d’un autre buteur. En soutien ou en référence ? Tout dépendra du profil de son accompagnant. Si Malaga venait à recruter un joueur de surface, ou si le nouveau tacticien décide de miser sur Borja Bastón, il aura le rôle de l’attaquant moins porté vers le but, décrochant pour laisser des espaces à ce véritable numéro 9 et tentant de le mettre dans les meilleures conditions. C’est comme ça qu’il a brillé au Rayo, parvenant finalement à marquer autant voire plus que le joueur de surface. Avec un joueur comme Sandro, les deux pourraient intervertir leur rôle en cours de match.

Malheureusement, les méthodes du nouveau coach sont assez loin de ce qu’avait connu le joueur formé au Real Madrid au Rayo. On va avant tout miser sur la rigueur défensive et l’ordre, puis appliquer un jeu direct quitte à envoyer des longs ballons vers les joueurs offensifs. Pas forcément l’idéal pour un joueur tellement doué balle au pied et sans qualité physique hors du commun qui pourraient lui permettre de prendre par exemple la défense de vitesse. Autre donnée qui ne va pas forcément en sa faveur : le manque de joueurs de qualité dans l’effectif. Si le Rayo n’avait bien évidemment rien d’une équipe all-star, Bueno avait eu la chance de tomber au même moment que d’autres joueurs très en forme comme l’étaient Iago Falqué et Larrivey dans un premier temps, et Gaël Kakuta ou Leo Baptistão lors de la saison suivante. Du côté de Málaga, c’est le désert, et seul Juanpi ou Ontiveros, s’ils retrouvent leur niveau, pourront venir lui prêter main forte. Le panorama n’est donc pas forcément porteur d’espoir, mais si on retrouve le Bueno de Vallecas, Málaga peut espérer quelque chose.

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